Aujourd’hui,
le calme a repris ses droits dans mon petit village, tel un invité
de marque que l'on n'espérait plus. Dans ce silence retrouvé, les
oiseaux, ivres de joie, s’en donnent à cœur joie ; on dirait
qu’ils savourent enfin le privilège d’être écoutés. Phil, de
son côté, poursuit avec une persévérance de médaillé olympique
sa quête du bronzage parfait, ambitionnant une nuance ébène aux
reflets congolais, tout en tournant les pages de son thriller dont le
papier crisse sous ses doigts chauffés par l’astre.
Pour
ma part, je boude les UV, craignant avec malice que ma carapace ne
finisse par se détacher sous une telle ardeur ! Je préfère la
traque des mots, ces petits rebelles que je tente d’apprivoiser
pour former des phrases, puis des paragraphes, bâtissant ainsi mon
article quotidien ou polissant, jour après jour, ce roman qui
m’habite. Quand l’inspiration joue les timides, je me retire dans
ma bulle. Je glisse mes écouteurs et laisse les notes cristallines
d’un piano s’égrener dans mon esprit. Cette musique suave, telle
une pluie fine sur une terre assoiffée, fait refleurir
instantanément mon imaginaire. À mes côtés, un verre de thé à
la menthe laisse échapper une volute de vapeur émeraude. Son parfum
vif vient taquiner mes narines, se mêlant à l'odeur boisée de mon
carnet. Chaque gorgée, brûlante et ambrée, est une petite
célébration de l'hospitalité marocaine qui ponctue mes réflexions.
C’est l’élixir parfait pour accompagner la naissance de mes
paragraphes : il réveille l'esprit tout en ancrant le corps
dans cette douceur de vivre. Entre une note de piano et une effluve
de menthe fraîche, l'écriture n'est plus un travail, mais un pur
délice sensoriel.
Le
spectacle est aussi dans le jardin, où la danse des tortues se
poursuit inlassablement, escortées par des lièvres toujours aussi
remuants. J’aime m’abîmer dans la contemplation des oliviers au
feuillage argenté dont les reflets dansent sur le turquoise de la
piscine. Là, les éclats de rire des enfants en vacances et le
clapotis joyeux de l’eau composent la bande-son de cet après-midi
de farniente.
Pourtant,
mon esprit voyage déjà un peu plus loin. Je scrute les grimoires
numériques pour vérifier les heures d'ouverture d'un monument
secret… Une future escale dont je garde jalousement le nom pour
mieux vous en offrir la primeur et l'enchantement.
***
«Écrire, c’est une
façon de parler sans être interrompu.»
Pierre-Jules Renard, dit
Jules Renard (1864 -1910), écrivain et auteur dramatique français
***
Vous aimez jouer ?
Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez
la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant
de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !
Je suis le doyen.
***
Je préfère la traque des mots
Dans un coin, à l'abri des regards, j'écris en dégustant une crêpe et un thé marocains
Face à la piscine, je suis inspirée
Tu devrais faire attention aux UV !
Ce mot me plaît, je vais le placer dans une phrase
À demain, pour de nouvelles
aventures et découvertes !
Et
bien voilà, hier, la prophétie de la grenouille s’est accomplie !
Elle a fièrement gravi les échelons de son échelle de soie tandis
que le ciel, tel un majordome méticuleux, pliait sa lourde
couverture gris de fer pour la remiser au fond d'une armoire oubliée.
À sa place, un azur insolent a repris ses droits. Mais avec la
chaleur retrouvée, les mouches reviennent à la charge,
tourbillonnant dans un bourdonnement agaçant pour venir me taquiner
le bout du nez. Il va me falloir reprendre les armes et faire siffler
ma fidèle tapette rouge sang, notre fameux «fusil», dans un «clac»
libérateur qui rompt l'air tiède.
Ce matin, le ballet des tortues bat son plein. Certaines, pressées de dévorer l’asphalte aux aurores, oublient toute courtoisie : elles laissent leurs carcasses d’acier ronronner bruyamment, exhalant des volutes de fumée bleuâtre au parfum âcre et lourd de gasoil. Dans un vacarme de portières claquées et de ferraille, elles retirent leurs sabots de stabilisation, font leurs vidanges dans un glouglou sonore et sulfureux, puis lancent des adieux tonitruants.
Au milieu de ce tumulte, les alarmes stridentes des véhicules, activées par inadvertance, se mettent à hurler en saccades, déchirant l'air de leurs cris électroniques. Entre la radio éructant des tubes oubliés, le bip-bip incessant de ces alertes importunes et la voix monocorde du GPS, le chaos est total, alors même que le chant sacré du Muezzin s’élève, profond et mélodieux, pour appeler les fidèles dans une odeur de poussière chauffée.
Nous,
lorsque nous quittons un lieu, nous cultivons l’art de la
discrétion. Nos glaces ont déjà retrouvé leur transparence de
cristal, débarrassées de leurs voiles sombres. Les préparatifs se
sont faits dans un murmure : sabots rangés, adieux glissés dès
la veille, nous quittons la scène sans un éclat de voix, tels des
ombres glissant sur le sable.
À
peine les emplacements ont-ils le temps de refroidir que le manège
recommence. De nouvelles tortues débarquent, le nez au vent. On y
voit souvent des lièvres impatients agrippés au volant, tandis que
leurs compagnes tortues, boussole en main, scrutent les points
cardinaux. Elles cherchent l’endroit parfait : celui qui offre
l'ombre émeraude des palmiers contre les rayons mordants du soleil,
à l'abri des regards indiscrets, mais avec l’œil aux aguets pour
capter le signal invisible du wifi ou la proximité des sanitaires.
Enfin,
une fois les bruyants évaporés dans un nuage de poussière ocre, le
calme revient se poser comme une plume de colombe, un instant si
suspendu que les oiseaux eux-mêmes osent à peine murmurer leur
chant. Sur une branche d'olivier, un Bulbul des jardins, ce petit
compagnon au chant si mélodieux, m'observe de son œil vif. Il
semble apprécier ce silence retrouvé autant que moi, lissant ses
plumes sombres avec une élégance discrète avant de s'envoler d'un
battement d'ailes feutré.
Le
silence n'est plus troublé que par le souffle léger du vent qui
fait bruisser les palmes. L'air se sature alors d'une ivresse de
senteurs : le parfum mielleux du chèvrefeuille s'entrelace à
la fragrance poudrée des mimosas en fleurs. Les bougainvilliers
déploient leurs cascades fuchsia tandis que les rosiers exhalent une
note veloutée et noble. On perçoit même l'odeur fine et argentée
des oliviers qui bordent le campement. Je peux enfin retrouver le
parfum boisé de mon crayon et le grain de mon carnet pour y coucher
mes notes, ou me plonger dans mon bouquin, l'esprit enfin libre.
***
«Dans chaque jardin,
il y a une voix qui murmure.»
Proverbe marocain
***
Vous aimez jouer ?
Alors retrouvons-nous demain, samedi 11 avril, pour un nouveau quiz. Il y aura
13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme
d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous
souhaitez, elles ne sont pas limitées !
***
Le balaie des tortues
C'est quoi tous ces bruits matinaux ?
Puisque je suis éveillée, je vais lire
À demain, pour de nouvelles
aventures et découvertes !
Maintenant
que l’intérieur de ma carapace est rangé au millimètre et que sa
robe de métal étincelle de nouveau, nous voici officiellement
passés en mode «lézard». Enfin, presque... car le ciel, dans un
caprice inattendu, a décidé de tirer sur lui une épaisse
couverture de flanelle grise, nous privant des rayons d’or et
faisant bouder le thermomètre.
Le
mercure, timide, n’affiche plus que vingt petits degrés à
l’abri. Phil, fidèle à lui-même, brave la fraîcheur sans
changer de tenue. Quant à moi, la frileuse de service, j’ai
sagement troqué mon short aux couleurs pétantes pour un leggings
plus protecteur. On nous glisse pourtant à l’oreille de nous
méfier : les UV, tapis derrière les nuages, restent féroces.
Mais la «grenouille» locale se veut rassurante : la chaleur
devrait faire son grand retour dès que l’orage de demain aura fini
de gronder.
Dans
mon petit village éphémère, c’est la valse des carapaces. Un
ballet incessant où certaines tortues lèvent l’ancre vers de
nouveaux horizons tandis que d’autres accostent, cherchant leur
place sous les oliviers.
Nous,
nous avons décrété que l’occupation principale serait de ne
«rien faire». Phil s’évade entre les pages d’un livre, tandis
que j'avale avec avidité des romans historiques. Je me laisse porter
par le souffle des siècles passés, une source d'inspiration qui
vient souvent nourrir ma propre plume tandis que je peaufine mes
écrits, installée dans le parfum poudré des mimosas en fleurs.
Pourtant,
ce «rien faire» est un bien grand mot : mon chauffeur, pris
d’un zèle admirable, a vidé et récuré la soute de fond en
comble. De mon côté, j’ai orchestré une grande lessive bigarrée
qui, désormais, frissonne et claque sous la brise légère. Elle
diffuse autour de moi ce parfum frais de «propre» et de savon
d'autrefois, une fragrance familière qui se mêle délicieusement
aux effluves sucrés des mimosas. Telle une rangée de drapeaux
colorés, mon linge célèbre en silence cette propreté retrouvée.
Dans
ce cocon, le son se fait discret. On imagine le bruissement soyeux du
vent dans les palmes des dattiers et le petit cliquetis des feuilles
sèches qui s’entrechoquent. Au loin, le chant d'un oiseau caché
dans l'ombre d'un olivier répond au bourdonnement sourd des insectes
butineurs, irrésistiblement attirés par les corolles colorées.
C’est un silence habité, une parenthèse enchantée, bien loin du
fracas métallique des moteurs du Tichka.
Vous aimez jouer ?
Alors retrouvons-nous samedi 11 avril pour un nouveau quiz. Il y aura
13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme
d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous
souhaitez, elles ne sont pas limitées !
***
Entendez-vous les oiseaux ?
Sous les mimosas
C'est un calme absolu
Nouvelles lectures pour chacun
Tu exagères, il ne fait pas froid quand même !
Je cherche des mots pour l'article de demain
À demain, pour de nouvelles
aventures et découvertes !
Nous
voici enfin posés à Marrakech, cette Ville Rouge qui nous accueille
comme de vieux amis. L’air y est déjà différent : il vibre
du cliquetis des calèches et embaume ce mélange enivrant de jasmin,
de poussière chaude et de menthe fraîche.
Nous
retrouvons nos repères avec gourmandise : nous allons visiter
d'autres lieux que nous connaissons déjà comme le bleu hypnotique
du Jardin Majorelle, le silence feutré du musée du Patrimoine... En
outre, nous retournerons sur l’incontournable place Jemaa el-Fna.
C’est un opéra à ciel ouvert où les tambours des Gnaouas
répondent aux flûtes des charmeurs de serpents, tandis que l’odeur
des grillades s’élève dans le ciel bleu azur. Entre les acrobates
et les tatoueurs au henné, le spectacle est total.
Trois
mois sont passés comme un souffle, et puisque nos visas jouent les
prolongations pour trois mois encore, nous savourons ce luxe :
le temps. Mais avant de reprendre la piste, une pause s'impose pour
entretenir notre «multinationale sur roues».
Pour
ceux qui craindraient que l’ennui nous guette, voici un aperçu des
hautes fonctions au sein de notre conseil d’administration :
Phil
est notre «Directeur Technique & Esthétique» : Il passe
ses journées à faire un gommage à la carrosserie pour qu'elle
brille sous le soleil, pendant qu'il peaufine son propre bronzage.
C’est aussi lui le Ministre des Fluides, chargé du dossier très
glamour des vidanges, entre deux chapitres de son bouquin. Un vrai
job de ministre, quoi ! Mais Phil est aussi un humanitaire du
bitume : l'autre jour, il n'a pas pu s'empêcher de voler au
secours d'une conductrice dont le bahut restait piteusement coincé
sous les branches d'un mimosa. Ni une, ni deux, il a pris les clés
pour décoincer le géant des sables avec une assurance de vieux
baroudeur.
De
mon côté, je suis «PDG de l’Intérieur et Ministre de la
Communication». Je m’acharne à l'intérieur pour que la cuisine
ne ressemble pas à un champ de bataille après un séisme, je
harcèle ma famille au téléphone pour prouver qu'on est encore
vivants, et je joue les copilotes de luxe en donnant des ordres au
GPS. Ma vraie mission ? Dompter les mots pour mes articles, car
l'écriture est ma drogue douce.
Notre
conseil d'administration ? On le tient au-dessus d'une carte du
Maroc, tentant désespérément d'en décrypter les tracés avant de
se perdre pour de bon avec l'air très inspiré de deux explorateurs
qui cherchent une oasis... ou juste le prochain endroit où on ne
restera pas ensablés !
***
«Un bon voyageur n'a
pas de plans établis et n'a pas l'intention d'arriver.»
Lao-Tseu (604 av. J.-C.
Ou 601 av. J.-C – vers 531 av. J.-C. Ou 479 av. J.-C), philosophe
***
Vous aimez jouer ?
Alors retrouvons-nous samedi 11 avril pour un nouveau quiz. Il y aura
13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme
d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous
souhaitez, elles ne sont pas limitées !
***
Dans le tourbillon de mes
récits, j'avais omis de glisser les cartes de nos étapes à Aït
Ben Haddou, l’oasis de Fint ou Ouarzazate. Voici de quoi rétablir
l'itinéraire de notre voyage jusqu'à Marrakech, où nous savourons
enfin notre repos...
Aït Ben Addou
L'Oasis de Fint
Ouarzazate
Marrakech
Nettoie bien tout ce sable...
Ce travail...
Pour
accompagner ce grand nettoyage de printemps dans la Ville Rouge, je
ne résiste pas à l’envie de lancer un vieux disque d’Yves
Montand. "C'est si bon"... d’être ici, de prendre son
temps, et de laisser la poussière de la route s'envoler au rythme
d’un refrain éternel.
À demain, pour de nouvelles
aventures et découvertes !
Le
week-end de Pâques s'est achevé doucement. Dans les maisons,
l'agneau Pascal a réuni les tribus autour de tablées joyeuses.
Pendant ce temps, les jardins ont résonné des rires des enfants,
lancés dans une course effrénée, paniers en main, pour débusquer
les trésors en chocolat semés par les cloches. Quel bonheur de voir
les yeux pétiller et les mines barbouillées de cacao sous le regard
complice des parents, architectes secrets de ces instants magiques !
Mais pour nous, hier, la plus belle des chasses au trésor se
trouvait ailleurs : sur le ruban d'asphalte qui nous appelait
vers l'horizon.
Le jour s’est levé dans une
atmosphère irréelle : un ciel ensablé d’un jaune pâle et
lourd où le soleil peinait à percer. Nous avons quitté Aït Ben
Haddou pour nous attaquer aux géants de pierre du Haut Atlas. Très
vite, la route est devenue un défi permanent, un serpent d’asphalte
aux lacets interminables qui montent et descendent, plongeant dans
des virages dangereux où le regard bascule inévitablement vers
l’abîme.
Tout là-bas, de l’autre
côté de la falaise, dans un creux vertigineux, j’apercevais une
ligne fine et sinueuse qui serpentait au fond du canyon :
c’était là que nous allions, un passage étroit entre deux
mondes. Pour adoucir la tension des sommets, nous nous laissions
bercer par des chansons, leurs mélodies s'entrelaçant au rythme des
virages.
Soudain, le vent s’est
engouffré dans les couloirs entre deux montagnes. Une tempête de
poussière brutale est venue envahir le pare-brise de ma «carapace»,
effaçant le paysage en un instant. Dans ce chaos ocre, seul le
ronronnement rassurant du moteur, ponctué par quelques accords de
guitare s'échappant des haut-parleurs, et la main sûre de mon
chauffeur bien attentionné maintenaient le cap.
Puis, la poussière s'est
dissipée pour révéler un spectacle géologique d'une violence
sublime. Les pans de montagnes sont apparus striés de toutes les
couleurs : le rouge brique des oxydes de fer, le vert olive des
schistes, le jaune soufre et le marron profond des coulées
volcaniques. C’est une leçon de géographie à ciel ouvert, où
des rochers entiers, arrachés par les pluies diluviennes et les
neiges de l’hiver, gisent sur les bas-côtés comme des débris de
bataille. Nous avons dû les contourner en empruntant l'ancienne
route, chaotique et éprouvante, avant de retrouver enfin le ruban de
la Nationale 9.
Plus haut encore, vers le col
du Tizi n’Tichka à 2.260 mètres, la roche change de visage. La
neige s'accroche encore aux sommets pointus, descendant le long des
arêtes tranchantes comme une parure de dentelle glacée sur un corps
de pierre.
L’air s’est rafraîchi,
portant l’odeur minérale de la pierre humide et le parfum lointain
des feux de bois des villages perchés. Entre les moteurs qui
grondent dans l’effort, le sifflement du vent et nos refrains
préférés, cette route vers Marrakech est une traversée où chaque
virage est une promesse et chaque sommet une conquête.
Nous allons maintenant nous
reposer ici, à Marrakech, pour quelques jours ou quelques semaines.
Le temps de nettoyer et de remettre de l’ordre dans ma «carapace»,
mais surtout de préparer avec impatience les prochaines visites que
je m'apprête à découvrir.
***
«Ce n'est pas la
montagne que nous conquérons, mais nous-mêmes.»
Sir Edmund Hillary
(1919 – 2008), alpiniste et explorateur néo-zélandais
***
Vous aimez jouer ?
Alors retrouvons-nous vendredi 10 avril pour un nouveau quiz. Il y aura
13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous
pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont
pas limitées !
***
Un spectacle géologique d'une violence sublime.
La neige s'accroche encore aux sommets pointus, descendant le long des arêtes tranchantes comme une parure de dentelle glacée sur un corps de pierre
Je suis au sommet !
Fais attention aux ravins !
À demain, pour de nouvelles
aventures et découvertes !
Nous
avons fini par réintégrer ma «carapace», lessivés et transformés
en véritables sculptures de poussière. Hier, après avoir bravé
l’oued et goûté à la fraîcheur de l’oasis de Fint, Aït Ben
Haddou ne devait être qu’une escale pour le lendemain. Mais
voilà : l’élan du voyageur est imprévisible, et notre
curiosité a pris le volant.
À
peine arrivés, le choc ! On se serait crus aux portes du Pilat ou
des Baux-de-Provence. Le parking, saturé de cars et de voitures,
ressemblait à une tour de Babel mécanique : entre les moteurs
qui ronflent, les portières qui claquent et les sifflets des guides,
l'air vibrait. Les langues s’y croisaient dans un brouhaha
indéchiffrable, tandis que s'élevaient les slogans des marchands :
«C’est gratuit jusqu’à la caisse !», «Pour le plaisir
des yeux !»… Leurs sourires sont aussi bien affûtés que
leurs répliques.
Nous
avons descendu l’allée de sable noir, une pente douce où l’on
slalome entre les échoppes et la foule. Le froissement des tissus
que l'on frôle et le cliquetis des breloques accompagnent nos pas
alors que nous évitons les sacs à dos. C’est un festival pour les
sens : l’odeur du cuir tanné se mêle au parfum discret des
tapis de laine, tandis que les poteries et les bijoux étincellent
sous un soleil de plomb. Puis vient le pont sur l’oued, où le vent
s'amuse à vouloir voler mon chapeau que je retiens d'une main ;
de l'autre, je m'accroche à mon appareil-photo. De l’autre côté,
le chemin de pierre et de poussière reprend en montant. Sous mes
semelles, des graviers crissent et roulent, tandis que le sentier
continue de serpenter entre des étals aux couleurs si vives qu'elles
semblent sorties d’un film de Technicolor.
Il
faut dire que l’endroit connaît la chanson. Cette forteresse de
pisé, érigée au XIXe siècle par un chef de clan pour surveiller
les tribus, est devenue la star des réalisateurs. De Lawrence
d’Arabie à Gladiator, la Kasbah a vu défiler plus de héros que
de berbères ! C’est un décor de cinéma à ciel ouvert,
classé à l’UNESCO, où chaque mur murmure une anecdote de plus de
80 tournages.
Pourtant,
nous n’avons pas tenté l’ascension finale. Avec nos jambes
transformées en coton hydrophile, le sommet nous paraissait aussi
inaccessible que l'Everest. De loin, les touristes perchés là-haut
ressemblaient à des lilliputiens égarés sur un château de sable
géant. Nous nous sommes contentés de la vue imprenable sur l’oasis,
là où l’ombre des murs en pisé danse dans les reflets de l’eau.
De
retour, le sable craquant sous nos vêtements et la poussière nous
servant de seconde peau, la douche, délicieusement glaciale, fut une
épiphanie, prélude à un sommeil de plomb.
Ouarzazate,
ses studios et son musée du cinéma attendront : nous les
connaissons déjà trop bien. La route nous a fait signe dès l’aube
ce matin… mais cette nouvelle page, je ne la tournerai avec vous
que demain.
***
«Voyager, c’est
naître et mourir à chaque instant.»
Victor Hugo (1802 -
1885), poète, dramaturge, romancier et dessinateur français associé
au romantisme.
***
Vous aimez jouer ?
Alors retrouvons-nous samedi 11 avril pour un nouveau quiz.
***
Sur le sable poussiéreux, nous avançons
Serait-ce la fin du chemin ? Grâce à Ahmed, mon traducteur privé : "Le Ksar Aït Ben Addou vous souhaite la bienvenue. L'accès aux champs est interdit. Veuillez respecter la propreté du Ksar et de ses environs."
Sa majesté
Je profite que la foule soit agglutinée devant une boutique pour zoomer quelques passages
Il n'est vraiment pas sauvage, serait-ce sa cantine ?
Au dessus de l'oued, où le vent a voulu voler mon chapeau
Les marchands nous attendent aussi de l'autre côté
Des sacs, des tapis, des bijoux...
Je comprends pourquoi les cinéastes ont choisi cet endroit
Oh, mais ton sac me paraît lourd !
Attention, derrière nous, un peuple nous suit
Nos chaussures seront vraiment sales
Je veux bien une omelette berbère !
Ah oui, il va falloir crapahuter !
Cette poussière... Je vais être propre après
Gladiator :
Lawrence d'Arabie :
À demain, pour de nouvelles
aventures et découvertes !
Nous
étions passés plusieurs fois à côté, ignorants de ce secret de
terre et de palmes. Aux portes de Ouarzazate, là où la route de
Zagora s’étire comme un ruban de bitume surchauffé, le silence
n’est pas un vide, c’est une présence. La chaleur, dès
l’aurore, était déjà une bête mordante qui nous léchait le
visage, malgré notre départ aux heures bleues du matin.
Puis,
au détour d’une faille minérale, le miracle se produit. Au fond
d’une vallée creusée entre d’imposantes montagnes aux nuances
d’ocre et de pourpre, un oued serpente comme un reptile d’argent.
Ses eaux, nées plus en amont dans les profondeurs du lac El-Manssour
Ed-Dahbi, apportent ici le miracle de la vie. Elles irriguent des
jardins suspendus d'où s'élancent, majestueux, des
palmiers-dattiers, des abricotiers au parfum sucré et des grenadiers
aux fruits éclatants. C’est le village de Fint, une oasis
bienfaitrice nichée dans un écrin de silence.
Aujourd’hui,
Fint ne ressemble plus tout à fait au jardin d'Éden des origines.
Le temps, les caprices du ciel et les départs des hommes ont sculpté
un nouveau visage à cette terre. Pourtant, derrière ses vieilles
ruines qui semblent somnoler, l'oasis palpite d’une histoire
inscrite dans la mémoire collective. C’est une fresque vivante,
racontée par la voix plurielle de ses habitants. Une histoire où
l’oralité tisse des ponts entre le réel, le légendaire et le
mythique, où les récits s'entremêlent comme les racines des arbres
pour dire au monde la survie de Fint.
Youssef,
est l'un des gardiens du temple. Sa voix, imprégnée d’une
nostalgie aux effluves de vieux cuir et de thé à la menthe,
ressuscite la vie tribale d’autrefois. Selon lui, la plupart des
familles ont afflué ici, fuyant la morsure de la sécheresse et les
épidémies du Sud-Est marocain. Ils ont trouvé dans ce lieu
enclavé, protégé par le roc de Tassegdelte, un asile rudimentaire
mais salvateur.
L'histoire
de l’oasis est aussi faite de mystères : on y murmure
l’existence passée d’une famille berbère à la peau blanche,
liée au saint Sidi M’hend Ou Moussa, qui aurait fini par quitter
ce paradis pour une raison bassement matérielle : une invasion
de moustiques aussi belliqueux qu’affamés. Comme quoi, même sous
la protection des saints, on ne peut ignorer le bourdonnement des ailes !
Le
récit se durcit lorsqu'on évoque l'époque du Protectorat. Sous
l’ombre portée des Caïds Glaoua, Fint connaissait la rigueur des
spoliations.
Ils
raflaient tout ce qui était à la portée de leur main», se
souvient-on : les bêtes, les burnous, et jusqu’aux poignards
d’argent gravés.
La
corvée était alors le pain quotidien des garçons de douze ans,
enrôlés de force pour labourer les terres de leurs maîtres dans la
poussière d'or du soir.
Pour
nous, la découverte fut plus... acrobatique. Traverser l’oued en
équilibre sur des rochers, alors que l’eau cascade joyeusement,
exige une grâce que je n’ai pas. Je n’étais pas hardie, vous le
savez, et ma carrière d’équilibriste s'est arrêtée avant de
commencer. Heureusement, Youssef, notre guide, me tenait la main pour
franchir ces gouffres qui, sous le regard rieur de Phil, me
semblaient infranchissables.
En
contournant les parcelles de blé, de maïs, de seigle, de carottes,
de tomates et d'oignons plantées avec une économie sacrée, nous
étions enveloppés par une symphonie naturelle : le chant des
tourterelles se mêlait au croassement solennel des grenouilles et au
murmure des feuillages. Certes, le tableau est parfois terni par les
restes de pique-niques dominicaux traînant entre les roseaux, un
triste folklore moderne que les guides, assis à l'ombre fraîche,
pourraient effacer... ils le font, paraît-il.
Plus
loin, des lavandières courbées sur leurs panières battaient le
linge avec une force millénaire. Tremper, essorer, taper. Le bruit
sec du tissu sur la pierre résonnait dans la vallée comme un
battement de cœur. Ce n'était pas un décor de carte postale, mais
la vie, brute et vibrante.
Je
saisis alors pourquoi tant de cinéastes ont élu domicile dans ce
décor de rêve, cherchant à capturer dans l'œil de leurs caméras
un fragment de ce paradis terrestre.
Ainsi,
derrière le rideau vert de ses palmiers, Fint ne se livre pas au
premier venu. Elle se mérite. Elle nous laisse ce soir avec le poids
de ses silences et l'écho de ses anciennes luttes, avant que nous ne
reprenions la route vers une autre splendeur promise, emportant avec
nous l’odeur de la terre mouillée et la lumière dorée d’une
oasis qui refuse de s'éteindre.
***
«Ce qui embellit le
désert, c'est qu'il cache un puits quelque part...»
Antoine de
Saint-Exupéry (1900 - disparu en vol en 1944), écrivain, poète,
aviateur et reporter français - (Le Petit Prince)
***
Vous aviez les 7 indices
du nouveau quiz :
Je ne suis pas droit
Je suis constitué
de deux éléments
J'interroge
Je peux remplacer un
ou une inconnu(e)
Je peux insinuer un
doute
Je marque la fin
d'une phrase
Je suis un type
écrit
Avez-vous trouver la
solution ?
Je ne suis pas l'ombre,
ni un angle, le mot -pourquoi-, pas plus que l'horizon. Ce n'était pas
facile ! Et pourtant je suis bien le point d'interrogation ?
Bravo
Ahmed, Francine, Brigitte, Blandine, Lysiane et toutes les personnes
qui se reconnaîtront.
Le
point d'interrogation (?) est un signe de ponctuation composé de
deux éléments :
une courbe supérieure (déformation de la lettre «q» de quaestio)
un point inférieur, souvent considéré comme un « o » écrasé
Le
point d’interrogation, jadis appelé «point interrogant», a pour
fonction principale d’indiquer que l’on pose une question, en
constituant même parfois la seule indication. Il se place
généralement à la fin de la phrase, mais peut également, dans
certains cas, se trouver à l’intérieur.
Le
point d’interrogation existait déjà au XVIe siècle, époque à
laquelle furent rédigés les premiers textes sur la ponctuation de
la langue française. Bien qu’autrefois il fût souvent confondu
avec le point d’exclamation (!), ce signe et ses emplois sont
aujourd’hui bien connus. Quelles que soient la structure et la
longueur de la phrase ou du segment concernés, le point
d’interrogation signale la présence d’une question.
***
Au milieu du désert
Derrière des rochers silencieux
Se cache...
... une oasis
Je ne suis pas équilibriste !
Devrais-je ajouter une légende
Les palmiers-dattiers
Les cinéastes ont élu domicile dans ce décor de rêve
Un cadre pour mieux zoomer sur la mosquée
Au milieu coule une rivière
Ce n'est pas du folklore
Paradisiaque
Sous un soleil de plomb
L'eau est fraîche, tu m'aides à traverser ?
À demain, pour de nouvelles
aventures et découvertes !