mercredi 6 mai 2026

Cap à l'Ouest

Le signal était donné. Tout était calé, chaque assiette était à sa place, prisonnière de son silence, prête pour les secousses du ruban noir. Phil avait accompli son rituel de mécanicien : eaux usées évacuées, plein d’eau fraîche terminé, et niveaux vérifiés sous le regard attentif du moteur qui n'attendait qu'un signe pour s'ébrouer. Sur mes genoux, la carte était déployée comme un parchemin de liberté, tandis que le GPS illuminait déjà notre premier cap.

Dans mon rétroviseur, je sème mes adieux comme on effeuille une marguerite : je laisse la cigogne à la majesté de son nid, le chien roux à son devoir de sentinelle immobile, et le pinson à ses minuscules royaumes de pelouse. J’abandonne la vache de la gérante à sa déambulation nonchalamment royale entre les cerisiers et l'âne à la paix de sa pâture. Je laisse aussi les «petits indiens» à la poussière de leur campement et les fillettes à l'éclat solaire de leurs bouquets sauvages. Chacun retrouve sa couleur et son cri dans le silence qui se referme derrière nous.

À 7h20, le moteur a enfin rompu le charme de l'altitude. Pas de brouillard pour cette envolée, mais un soleil déjà souverain qui jouait à cache-cache avec les reliefs. Au détour d'un lacet, mon regard plongeait vers le creux des vallées où les rayons se fracassaient sur les toits d'un petit village endormi, les transformant en éclats de miroirs étincelants. Nous avons franchi les barrières de neige, ces grandes sentinelles rayées de rouge et de blanc qui se dressaient de part et d'autre de la chaussée, pointant leurs bras vers l'azur comme pour nous donner leur «feu vert».

Peu à peu, les sapins ont cédé la place à des vergers d'oliviers aux troncs noueux. Le paysage s'est ouvert en une fresque magistrale. Sous un ciel d'un bleu imperturbable, les collines se sont habillées d'un patchwork de cultures, alternant l'émeraude des céréales et l'or pâle des foins déjà coupés. Dans ce décor de labeur, des hommes et des femmes, silhouettes courbées vers la terre nourricière, s'activaient déjà dans les champs. Sur les bas-côtés, nous croisions d'incroyables charrettes débordant d'herbe fraîche, de véritables meules ambulantes tirées par des chevaux ou des ânes courageux, dont on devinait à peine le museau sous leur charge odorante. Au bord de la route, comme pour fêter notre retour vers la plaine, des buissons de lauriers-roses explosaient en une joyeuse rumeur de pétales. Leur parfum sucré se mêlait à l'odeur de la terre chauffée, tandis que les premiers palmiers dressaient leurs panaches contre l'azur, nous confirmant que la morsure de l'Atlas était désormais loin derrière nous.

Dans cette mer de couleurs bigarrées, je me serais presque crue transportée dans la poésie ordonnée du Jardin des Plantes de Nantes. Mon carnet vert serré entre les genoux, le crayon en alerte, je griffonnais à la hâte ces mots qui naissaient avant qu’ils ne s'évaporent. Au détour d'un virage, nous avons dû ralentir pour laisser place à un troupeau de moutons, défilé de dos laineux sur le bitume, avant qu'une silhouette métallique ne vienne rayer ce tableau : le train de l'ONCF fendant les fleurs sauvages dans un sifflement feutré.

La traversée de Meknès fut une brève parenthèse urbaine, une danse entre les klaxons et la foule, avant que les placards de ma carapace ne retrouvent leur opulence. Mais le retour vers le grand large se mérite : la route, meurtrie par le temps, nous a offert un parcours d'obstacles. Phil, en pilote de précision, a dû slalomer entre des nids-de-poule profonds comme des cratères, sous un ciel qui s'était soudainement couvert d'un immense «chapeau» nuageux.

Et enfin, l'air s'est fait plus lourd, plus chargé de sel. Nous y sommes. Pourquoi Larache ? Pour le souvenir d'un soir de l'an dernier, où j'avais vu la flottille de pêche s'élancer vers l'horizon. Une file indienne de lumières vacillantes sur l'eau noire, un collier de perles lumineuses partant défier la mer.

En cet instant, le «chapeau» de nuages s'est envolé. Devant moi, l’Océan s'étale sous un ciel sans couture, d’une pureté absolue. La mer est calme, immense miroir d'huile qui semble retenir son souffle. Dans le silence iodé du port, je cultive mon impatience. Je guette le premier tressaillement de l’eau, le premier éclat de lanterne. Patience, patience… ce soir, les perles lumineuses danseront à nouveau, et demain, mon crayon en racontera la magie.

***

«On ne découvre pas de nouvelles terres sans consentir à perdre de vue, pendant très longtemps, tout rivage.»

André Gide (1869 – 1951), écrivain français

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Et si on jouait ?

Voici un nouveau quiz, il y a 10 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.

  1. Avant ma création, seule l’eau immobile permettait de me remplacer.
  2. Mes tout premiers ancêtres, vers 6000 av. J.-C., étaient faits d’obsidienne, une pierre issue des volcans.
  3. À l'époque de la Rome antique, on me fabriquait spécifiquement pour réfléchir les objets, mais j'étais souvent en métal poli.
  4. Bien que j'existe en verre depuis le Ier siècle, ma qualité est restée médiocre pendant très longtemps.
  5. À la Renaissance, les maîtres verriers de cette île vénitienne ont gardé ma recette secrète pendant un siècle.
  6. Pour me rendre efficace autrefois, on utilisait un amalgame d'étain et de mercure derrière une vitre.
  7. En 1835, Justus Von Liebig a inventé le nitrate d'argent, ce qui a permis de me produire en grande quantité.

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Voici un pêle-mêle de mes clichés















Nous voici depuis Azrou à Larache

Et bien vois-tu, nous sommes arrivés ensemble...

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

mardi 5 mai 2026

Le Rideau de Brume et l'Appel du Large

Si j'avais dû peindre une carte météorologique ce matin, j'y aurais étalé un bleu marine profond sur toute la région d'Azrou, tant la morsure du froid était vive. Le mercure, dans une ultime révérence à l'altitude, est descendu jusqu'à 8 petits degrés. Puis, comme si une tribu invisible était tapie dans les replis de la montagne, une brume épaisse s'est installée. Un brouillard à couper au couteau, un coton silencieux qui a englouti les cerisiers et les sommets dans un mystère impénétrable.

Mais le miracle s'est produit : le soleil, en maître de cérémonie, a fini par percer ces murailles de vapeur pour les évacuer vers les cimes. Tandis que nous nous affairions autour de ma carapace, la brume a commencé son ascension lente le long des pentes. On voyait les lambeaux de nuages s'effilocher contre les crêtes sombres, révélant par petites touches le relief de la montagne qui semblait s'éveiller d'un long sommeil. Sous ce voile qui s'étirait vers l'azur, le vert de la prairie au pied des vergers vibrait d'une intensité nouvelle, presque électrique.

En levant les yeux, j'ai vu le ciel se métamorphoser en une toile de maître. La lourde couverture grise a laissé place à un azur limpide, strié de fins nuages blancs qui se dessinaient en de longues traînées régulières, pareilles à l'écume des vagues sur une plage infinie. Pour terminer ce spectacle, les derniers lambeaux de brume se sont accrochés à la cime des arbres, tandis qu'au-dessus d'eux, le firmament se pavanait. Ces nuages pommelés, tels des milliers de petites plumes blanches balayées par un vent d'altitude, dessinaient une mer inversée. C’était le dernier baiser de l’Atlas, une fresque de lumière et de pureté pour nous dire «bonne route».

C’est le signal. Le moment est venu de tout ranger, de tout plier. La parabole a déjà retrouvé sa place, sagement collée à la paroi de ma carapace, le téléviseur a regagné son nid, tandis que les chaises, les tables et la nappe soigneusement roulée disparaissent dans mes entrailles. Ma maison redevient un navire.

Pourtant, dans les allées de mon petit village, l'agitation redouble. De nouveaux «petits indiens» sont arrivés hier soir, et leur troupe court désormais en tous sens. Dans ce ballet bigarré, je ne sais plus qui sont les indiens ou les cow-boys ; je vois seulement des éclats de rire et des silhouettes agiles. Les plus âgés, fiers guerriers de sept ou huit ans, mènent la danse, tandis que les plus petits, deux ans à peine et déjà bien décidés à ne pas laisser leur place, trottinent avec courage dans des chaussures bien trop grandes, sans doute empruntées aux aînés.

Au milieu de ce tumulte, des petites filles aux cheveux noirs comme l’ébène, attachés haut et terminés par de longues tresses volant au gré du vent et de leurs courses folles, apportent une note de grâce. Elles poursuivent les papillons, s'accroupissant avec une patience infinie pour les examiner sans jamais oser les effleurer. Elles cueillent des bouquets de fleurs sauvages, taches d'or dans leurs petites mains, tout en prenant bien soin de ne pas empiéter sur le territoire des «indiens», faute de quoi des hurlements de guerre viendraient aussitôt déchirer l'air. Ce tumulte joyeux est le dernier son de ma montagne.

Sur le rebord du tableau de bord, la carte routière, bien que pliée, reste ouverte sur une seule région, comme une invitation au voyage. Le GPS, fidèle boussole moderne, est déjà programmé. Dès demain matin, nous mettrons le cap sur Meknès pour un ravitaillement nécessaire dans une grande surface, avant de poursuivre notre dérive. Quant à notre destination finale... je vous laisse encore un peu à vos cartes et à vos boussoles pour deviner l'endroit où nous irons. Ce n'est pas un secret, c'est juste pour vous mettre en haleine. Toutefois, vous savez déjà que l'Océan, avec son O immense et salé, me manque et guide désormais chacun de nos tours de roue.

Demain, dès que l'horloge marquera sept coups, le moteur viendra rompre le charme de l'Atlas. Pendant que Phil fera vibrer le cœur de notre logis, je serai déjà à mon poste, le GPS en éveil et la carte dépliée sur mes genoux comme un parchemin sacré. Nous quitterons Azrou alors que la montagne hésite encore entre la brume et l'azur, emportant avec nous le parfum des cèdres pour aller, kilomètre après kilomètre, à la rencontre du sel de l'Océan.

Mais pour l'heure, je m'accorde un dernier voyage immobile. J'installe près de moi mon carnet vert, mon crayon bien affûté et ma gomme fidèle. Je replonge dans mon roman, impatiente de retrouver ces terres lointaines de 1863, au cœur du conflit qui déchire Maoris et Pakehas en Nouvelle-Zélande. Entre l'histoire de ce peuple fier et l'ombre de mes cèdres, ma journée s'achève dans la plus belle des solitudes.

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«Il n'y a pas de brouillard qui ne finisse par se lever pour laisser place à un nouvel horizon.»

Anonyme

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Et si on jouait ?

Voici un nouveau quiz, il y a 10 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.

  1. Avant ma création, seule l’eau immobile permettait de me remplacer.
  2. Mes tout premiers ancêtres, vers 6000 av. J.-C., étaient faits d’obsidienne, une pierre issue des volcans.
  3. À l'époque de la Rome antique, on me fabriquait spécifiquement pour réfléchir les objets, mais j'étais souvent en métal poli.
  4. Bien que j'existe en verre depuis le Ier siècle, ma qualité est restée médiocre pendant très longtemps.
  5. À la Renaissance, les maîtres verriers de cette île vénitienne ont gardé ma recette secrète pendant un siècle.
  6. Pour me rendre efficace autrefois, on utilisait un amalgame d'étain et de mercure derrière une vitre.

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Un brouillard à couper au couteau

 Le soleil perce ces murailles de vapeur pour les évacuer vers les cimes


En levant les yeux, j'ai vu le ciel se métamorphoser en une toile de maître
un azur limpide, strié de fins nuages blancs

Rappelle toi que j'ai le GPS et la carte routière...

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

lundi 4 mai 2026

L'Appel du Grand Large

Les voiles blanches de ma lessive d'hier, après avoir dansé sous les rayons d'or et le souffle des cimes, ont enfin rejoint les tiroirs de ma carapace, impeccablement repassées et parfumées de grand air. Une ultime corvée, quelques pièces lavées à la main, claque encore joyeusement au vent souverain qui descend des sommets, comme un dernier signal d'adieu. Sous mon toit de métal, l'ordre règne : l'inventaire des placards est achevé depuis hier et ma liste de courses, telle une feuille de route gourmande, n'attend plus que son exécution.

Je quitte ces hauteurs le cœur lourd mais comblé. J’emporte avec moi le souvenir vibrant des singes magots, ces exilés au regard d'ambre à qui nous avons tendu un peu de vie dans un flacon de cristal. Un geste dérisoire, je le sais, mais si chaque voyageur acceptait de devenir, l'espace d'un instant, un porteur d'eau... J’emporte aussi les parfums de l’étable où les chèvres, au milieu du foin blond, nous ont confié leur précieux fromage, ainsi que l'or ambré de l'apiculteur, ce miel de caroubier et d'oranger qui embaume déjà mes placards.

Et que l'on se rassure : la tortue est saine et sauve ! Malgré l'agitation des derniers jours, je n'ai point été attaquée par la farouche troupe de «petits indiens» qui battaient la campagne. Bien qu'ils aient investi les allées, armés de leurs bâtons de guerre, aucune flèche imaginaire n'a percé ma coquille. Je sors donc indemne de ce village d'altitude, prête pour de nouvelles conquêtes.

J’ai aimé ce Maroc vert, ces montagnes qui respirent et ce silence qui soigne. Pourtant, ma nature de tortue me titille ; ma carapace commence à peser sur place. Il me faut l'avouer : l’Océan, avec un O aussi vaste que l'horizon, me manque cruellement. J'ai soif d'iode, de sel et de ce bleu délavé qui se confond avec le ciel.

Demain sera consacré au rituel du rangement, ce moment où chaque objet retrouve sa place pour affronter les secousses de la route. Mercredi, dès l'aube, nous lèverons l'ancre vers une destination mystérieuse... Je vous laisse à vos pronostics et à vos cartes, car si votre regard suit la ligne de mon envie, vous pourriez bien deviner où le vent nous porte.

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«Partir, c'est s'offrir un nouveau regard sur le monde et un nouveau souffle pour son âme.»

Anonyme

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Et si on jouait ?

Voici un nouveau quiz, il y a 10 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.

  1. Avant ma création, seule l’eau immobile permettait de me remplacer.
  2. Mes tout premiers ancêtres, vers 6000 av. J.-C., étaient faits d’obsidienne, une pierre issue des volcans.
  3. À l'époque de la Rome antique, on me fabriquait spécifiquement pour réfléchir les objets, mais j'étais souvent en métal poli.
  4. Bien que j'existe en verre depuis le Ier siècle, ma qualité est restée médiocre pendant très longtemps.
  5. À la Renaissance, les maîtres verriers de cette île vénitienne ont gardé ma recette secrète pendant un siècle.

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Ma carapace est toute propre

Tu étudies les guides du Maroc ?

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

dimanche 3 mai 2026

Ménage de Printemps et Mélancolie du Départ

Dans notre petit village perché, le temps semble avoir trouvé son point d'équilibre. Il n’y fait ni trop chaud, ni trop froid ; un doux 22 degrés règne en maître sous un soleil caressant, offrant une trêve bienvenue après la fournaise de Marrakech. Ce repos, nous l'avons savouré jusqu'à la lie, laissant le calme des montagnes infuser nos esprits fatigués. Mais pour une tortue et son lièvre, le repos n'est jamais synonyme d'inaction.

Ma carapace, malmenée par les vents du désert, réclamait justice. Nous avons entrepris un véritable rituel de purification pour chasser ce sable voyageur qui s'était glissé jusque dans les moindres recoins. Sous l'effet du savon et de l'huile de coude, le tableau de bord a retrouvé l'éclat de ses premiers jours, reflétant à nouveau la lumière limpide de l'Atlas. Les cuirs et les tissus des sièges, imprégnés de l'odeur du propre, semblent respirer à nouveau. Placards vidés, inventaire méticuleux du frigidaire et du congélateur… tout a été passé au crible.

Pourtant, au milieu de cette organisation sans faille, un manque commence à se faire sentir. Les paniers crient famine et la fraîcheur des vergers voisins ne suffit plus à combler nos envies de diversité : il nous manque ces fruits croquants, ces légumes gorgés de soleil et ces petites bricoles introuvables sur nos hauteurs solitaires. Ce besoin de ravitaillement est le signal indéniable que l'immobilité a fait son temps. Je sens poindre en moi cette hâte familière, cette soif de découvrir ce qui se cache derrière le prochain lacet. L'asphalte nous appelle, noir et prometteur.

Mais le voyage sait aussi se faire patient face aux passions. Demain, la route attendra : Phil a rendez-vous avec l'ovale. La parabole, dressée vers l'azur et parfaitement orientée, capturera l'effervescence de deux matchs de rugby qu'il ne saurait manquer : le Leinster face à Toulon, puis Montpellier défiant les Dragons. Nous attendrons donc mardi pour que la frénésie du rangement s'empare de nous, avant de lever l'ancre le lendemain. Encore quelques instants de répit sous les cimes, le temps d'une dernière mêlée télévisée, avant que le moteur ne vienne enfin rompre la symphonie du silence.

Ce matin, à neuf heures, le décor était pourtant bien différent du calme habituel. Habillée, mon petit déjeuner englouti et ma «carapace» étincelante, j'ai pourtant hésité à sortir de ma coquille. La brume, s'élevant des flancs de la montagne comme une haleine légère, révélait une agitation inattendue : une troupe de «petits indiens» avait investi les allées de mon village ! Armés de bâtons, il ne leur manquait que des plumes imaginaires dans les cheveux pour parfaire l'illusion. Un peu plus loin, les cris de joie annonçaient un tournoi de Wimbledon improvisé ; congés obligent, la jeunesse marocaine célébrait le grand air.

Au milieu de cette effervescence enfantine, certains de ces petits explorateurs m’ont interpellée, s’enquérant de destinations lointaines alors que nous foulions déjà le sol de leur propre royaume. À leur curiosité, je réponds par le trait et le dessin. Je joins à mon carnet le fil d’Ariane de notre odyssée actuelle : un premier sillage de Tanger-Med à Sidi Ifni, une remontée vers les ocres de Ouarzazate, puis un détour sinueux par l’Oasis de Fint et le Ksar d’Aït Ben Haddou avant de rejoindre l’agitation de Marrakech et notre ascension finale vers le calme d'Azrou.

Certains me diront : «Vous n'avez pas été dans le Sud-Est cette année ?». Je leur répondrai que l'on ne peut aller partout sans approfondir l'environnement, sans partager véritablement avec les autochtones. On ne peut tout voir sans risquer de ne rien vivre. Et puis, nous y sommes déjà allés les années précédentes. Pour témoigner de ces chemins déjà parcourus, je joins ici les clichés de nos anciennes traces sur la carte routière.

Ces lignes bleues dessinent le souvenir d'un Maroc plus sauvage encore : la boucle du Draa, les Gorges du Todra à Tinghir, le silence minéral de Tata ou la majesté de Tafraoute. Chaque tracé est une rencontre, chaque point sur la carte est une émotion que je garde précieusement sous mon toit de métal. Revoir ces parcours, c'est comme feuilleter un vieil album de famille : un voyage s'écrit au présent, mais il se nourrit toujours de ses racines.

Assise sur le seuil, humant l'odeur du thé qui s'échappe de la carapace mêlée au parfum pur de la montagne, je contemple ce tracé. Il est le témoin de notre liberté, le fil d'Ariane de notre retour vers l'essentiel.

Le silence est revenu, seulement troublé par les échos lointains du stade télévisé de Phil. Pour moi, l'heure est à l'évasion immobile. Entre deux lignes tracées sur mon carnet vert, je m'apprête à franchir les mers pour rejoindre les brumes du Pacifique. Assise au soleil, la peau caressée par l'air vif de nos 1.300 mètres, je m'immerge dans le second tome de mon roman. Quel luxe étrange et merveilleux : respirer le parfum des cèdres de l'Atlas tout en foulant, par l'esprit, les terres lointaines de Nouvelle-Zélande. Ma carapace est mon navire, mon livre est ma boussole, et cet après-midi n'est qu'une longue et douce dérive vers l'ailleurs.

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«Le voyage est un retour vers l'essentiel.»

Proverbe tibétain.

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Et si on jouait ?

Voici un nouveau quiz, il y a 10 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.

  1. Avant ma création, seule l’eau immobile permettait de me remplacer.
  2. Mes tout premiers ancêtres, vers 6000 av. J.-C., étaient faits d’obsidienne, une pierre issue des volcans.
  3. À l'époque de la Rome antique, on me fabriquait spécifiquement pour réfléchir les objets, mais j'étais souvent en métal poli.
  4. Bien que j'existe en verre depuis le Ier siècle, ma qualité est restée médiocre pendant très longtemps.

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Cette année :

De Tanger-Med à Sidi-Ifni

De Sidi-Ifni à Ouarzazate

De Ouarzazate à Marrakech en passant par 
l'Oasis de Fint et Aït Ben Addou

De Marrakech à Azrou, là où nous sommes

Et, les années précédente :






Il faut toujours que je regarde les panneaux de signalisation,
le GPS et la carte routière

Je sais : tu conduis toujours bien !

Regarder un cheval galoper en liberté, c'est voir son propre cœur s'échapper pour aller là où aucun chemin n'est tracé.

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

samedi 2 mai 2026

La Symphonie du Silence

Je savoure mon réveil dans un silence presque sacré. Autour de ma carapace, d’autres tortues et quelques lièvres de passage ont élu domicile, mais une règle invisible semble régir notre voisinage : chacun ici cultive la tranquillité comme on cultive un jardin secret. Perchés à 1.300 mètres d’altitude, nous sommes tous blottis sous les cerisiers dont les fruits, encore timides et d'un vert tendre, attendent sagement les baisers du soleil de juillet pour se muer en perles de rubis. Sous cette fraîcheur matinale de l’Atlas, l'agitation du monde semble appartenir à une autre vie.

Mes voisins les plus proches sont aussi les plus discrets. Il y a d'abord mon fidèle pinson d'Afrique, petit aristocrate au manteau gris-bleu et au plastron de brique, qui sautille sur l'herbe perlée de rosée sans un bruit. Au-dessus de nous, la cigogne, élégante silhouette de noir et de blanc, déploie ses ailes avec une grâce feutrée avant de regagner son nid. Même l’âne, installé dans la prairie voisine, et la vache de la gérante, qui se promène nonchalamment entre les cerisiers de notre petit village, semblent avoir troqué leurs appels sonores pour une contemplation paisible, l'odeur du foin frais et de la terre humide suffisant à leur bonheur.

Quant au chien de garde au pelage roux, sentinelle de ce havre de paix, il a compris que sa mission ce matin n'est pas d'alerter, mais de préserver. Le voici d'ailleurs, allongé avec une élégance rustique sur le sol de terre et de graviers, là où le soleil commence à chauffer la pierre. Sa robe, un dégradé de fauve et d'ocre, semble avoir été empruntée aux collines environnantes. Il veille, immobile comme une statue de terre cuite, les oreilles attentives au moindre bruissement de la prairie, près à éconduire les «chiens jaunes» qui oseraient profaner le portail. Une fois mon pinson salué et le petit-déjeuner savouré, je me suis adonnée au plaisir simple des tâches domestiques. Ma lessive, étendue sous la voûte des cerisiers, devient une parure de voiles propres claquant doucement dans la brise. Sous les rayons d'un soleil généreux, chaque fibre s'imprègne de l'odeur du grand air et du parfum des cèdres, transformant ce geste quotidien en une célébration de la vie nomade.

En attendant que le vent et la lumière fassent leur œuvre, je m'accorde encore deux ou trois jours de ce luxe nécessaire à cette altitude privilégiée. Puis, tout naturellement, l'appel de l'asphalte et la curiosité du chemin reprendront leur place. Ma carapace quittera alors l'ombre des cerisiers pour poursuivre son odyssée, emportant dans ses bagages le silence des cimes et la douceur de cet intermède suspendu. Mais pour l'heure, mon seul horizon est celui de la page blanche.

Mon atelier est d'une simplicité royale : un transat à l'armature vert amande posé sur le tapis d'herbe grasse. Sur mes genoux, mon carnet vert repose, ouvert sur le monde, flanqué de son fidèle compagnon, mon crayon de bois à la mine affûtée. Ma gomme, petite sentinelle blanche, est là elle aussi, prête à effacer les hésitations. Lovée dans mon transat, je laisse mon regard dériver entre le vert des branches et le bleu du ciel, guettant le passage d'une ombre ou le frémissement d'une feuille pour nourrir mes écrits. Sous la voûte protectrice des vergers, la tortue se fait poète, et chaque mot tracé devient une perle de temps que je dérobe à l'oubli.

L'atmosphère est mon premier mot, le socle de mon tableau. Avant même que la mine de mon crayon ne caresse le grain du papier, je m'imprègne des senteurs d'humus et de résine qui flottent dans l'air. Je décris ce que je vois avec la précision d'un peintre, mais ma toile n'est jamais figée. Elle s'anime au gré du balancement lent de la vache sous les vergers ou des déplacements feutrés de mes voisins. Le ballet matinal est charmant : il y a ceux qui se dirigent vers les bidons bleus du tri écologique et ceux qui filent vers les sanitaires, un précieux rouleau de papier sous le bras avec cette décontraction naturelle qui me fait sourire. Puis, il y a le défilé des bassines, débordant de vaisselle, qui reviennent des bacs, étincelantes et dégoulinantes.

Sous la pointe de mon graphite, c’est d’abord le vert de la montagne qui s’invite, pluriel et changeant. Au premier plan, de grandes fleurs d'un jaune solaire semblent bousculer la sagesse des vieux murets de pierres sèches. Derrière ce rideau d'or, le vert explose : les cerisiers au feuillage généreux forment une garde d'honneur, tandis qu'au loin, la montagne s'habille de l'étoffe sombre des forêts de cèdres. Je devine la terre ocre poindre sous une herbe rase, comme une peau chauffée par le jour, et une petite maison au toit de tuiles, minuscule sentinelle de pierre nichée entre les vergers et la forêt sauvage. Ce vert, c’est le sang de l’Atlas, une promesse de fraîcheur que je fais couler entre les lignes de mon carnet vert pour qu’elle ne s’assèche jamais. Plus qu'un paysage, ce tableau est un récit en mouvement, une œuvre qui respire au rythme de la montagne ; une œuvre que je signe et que je partage aujourd'hui.

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«Peindre, ce n'est pas copier la nature, c'est saisir une impression.»

Paul Cézanne (1839 – 1906), peintre français provençal

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Et si on jouait ?

Voici un nouveau quiz, il y a 10 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.

  1. Avant ma création, seule l’eau immobile permettait de me remplacer.
  2. Mes tout premiers ancêtres, vers 6000 av. J.-C., étaient faits d’obsidienne, une pierre issue des volcans.
  3. À l'époque de la Rome antique, on me fabriquait spécifiquement pour réfléchir les objets, mais j'étais souvent en métal poli.

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Voici les clichés qui m'ont permis de peindre ce tableau vivant 






Nouvelle lecture pour chacun,
en ce qui me concerne je continue vers la Nouvelle Zélande
avec le second tome...

Je regarde et m'inspire...

Ton parasol ne sert pas à grand chose
pour te protéger du soleil....

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

vendredi 1 mai 2026

L'Ombre des Géants et la Soif des Égarés

Dans ce nouveau petit village, le silence a enfin déposé ses bagages. Le chien de garde local, flegmatique, ne s'abaisse plus aux joutes oratoires avec ses congénères ; il se contente d'un regard souverain pour éconduire les «chiens jaunes» qui oseraient profaner le portail. Quel baume pour l'esprit que ce calme retrouvé !

Chaque matin, ma carapace reçoit la visite d'un pinson d'Afrique, petit ambassadeur aux plumes chatoyantes. Juste au-dessus de nous, une cigogne fend l'azur, des brindilles plein le bec, pour rejoindre son nid juché sur la cheminée voisine. Je l'écoute craqueter, un son sec, presque mécanique, qui rythme mes réveils. Elle fait son lit comme je fais le mien, avec cette différence touchante qu'elle prépare le berceau d'une future lignée. Ici, entre les montagnes de l'Atlas, nous respirons. L'air a l'odeur du cèdre et du temps suspendu. Le mercure, après une timide révérence à 18 degrés, remonte aujourd'hui vers les 22, nous offrant une tiédeur exquise, bien loin de la morsure de Marrakech.

Mais ma curiosité est teintée d'une sensibilité à vif. Je ne peux ignorer le drame qui se joue sous les frondaisons séculaires.

Tout le monde connaît ces familles de Magots, ces cercopithécidés au regard si humain, devenus les mendiants d'une «route-poubelle» pour la seule distraction de passants inconscients. On a transformé leur sanctuaire en cirque, oubliant que la forêt de cèdres était leur demeure bien avant d'être notre terrain de jeu.

Le WWF est formel : ce n'est pas le singe qui détruit la forêt, c'est la soif et l'empreinte de l'homme. En quinze ans, la densité de cette cathédrale de verdure a fondu de 40 %. Le surpâturage a confisqué chaque source, chaque filet d'eau au profit des troupeaux «comestibles». L'homme sauve le mouton qu'il va manger, mais condamne le macaque qu'il prétend admirer.

Imaginez la déshydratation sous la canicule... Une torture invisible. Les badauds leur jettent des confiseries comme on jette des pièces à un amuseur, mais personne ne pense à leur offrir l'essentiel : l'eau. Au Maroc, pays de l'infinie bonté, la tolérance permet d'ignorer les panneaux d'interdiction, mais ici, cette liberté rime avec cruauté. On abreuve des millions de chèvres, mais on refuse un litre à ces primates en détresse. C'est le paradoxe amer de nos priorités : si le singe se mangeait, sans doute aurait-il son abreuvoir.

Moi, la tortue au cœur tendre, je me sens désarmée devant une cage, mais je suis révoltée devant cette soif orchestrée. Accompagnée de Phil, «mon Lièvre», nous avons décidé de pénétrer sur ce territoire qui ne nous appartient pas, munis chacun d'une bouteille d'eau en guise de rameau d'olivier. Nous n'y allions pas pour être amusés, mais pour respecter leur dignité bafouée.

Voici maintenant le récit de ma rencontre avec ces exilés de l'intérieur, dans la pénombre des cèdres.

Avant de confier nos destins au «carrosse de fer», il a fallu organiser notre logistique. Sur la petite table de notre campement, sous l'ombre légère des cerisiers, j'ai disposé nos munitions de paix. Deux grandes bouteilles d'un bleu limpide trônaient fièrement, flanquées de nos fameux récipients de fortune. Ces fonds de plastique transparent, découpés avec une précision de chirurgienne, semblaient attendre leur heure, tandis que des seaux de recyclage venaient compléter l'attirail. Tout était prêt, rempli à ras bord d'une eau pure qui scintillait sous le soleil. Ce n'était qu'un modeste trésor de plastique et de cristal, mais dans mon cœur de tortue, c'était tout l'or du monde.

Armés de ce chargement précieux, nous avons pris place dans une petite carapace de métal, plus communément appelée taxi. Pour ménager nos précieux dirhams et limiter notre empreinte de carbone, un autre couple s'est glissé dans l'habitacle. Nous étions quatre voyageurs, mais deux seulement portaient le fardeau sacré de l'eau. Une fois déposés sous la voûte majestueuse de la forêt, chaque binôme a pris son envol vers des sentiers divergents. Nous avions soixante minutes devant nous, soixante minutes pour accomplir notre mission avant que notre carrosse de fer ne vienne nous récupérer, ici même, au pied du Cèdre Gouraud.

Mais au fait, pourquoi ce nom ? Ce colosse de bois porte l'ombre d'un homme : le colonel, devenu général, Henri Gouraud (1867-1946). Figure militaire française de la période coloniale, il fut l'un des acteurs de la «pacification» du Moyen-Atlas. Aujourd'hui, son nom survit à travers ce cèdre séculaire, monument naturel immuable qui semble avoir oublié les bruits de la guerre pour ne plus abriter que le silence des cimes et la soif des égarés.

À cet instant précis, mon cœur entamait une chamade endiablée. Si l'impatience me brûlait les doigts, un léger frisson d'angoisse me parcourait la carapace. Allais-je me retrouver face à des colosses de poils ? L'ombre des cèdres, avec son parfum de résine ancienne et d'humus frais, semblait peuplée de regards invisibles. Dans ce silence seulement troublé par le craquement des aiguilles sèches sous nos pas, j'avais le sentiment d'entrer dans un sanctuaire.

À peine avions-nous fait quelques pas sous la cathédrale de bois que le silence fut rompu. Là, au bord du sentier, les «égarés» nous attendaient. Mon angoisse s'est évaporée à l'instant même où j'ai croisé leur regard. Ils ne cherchaient pas le conflit, ils cherchaient la vie. Sans un bruit, une petite main aux doigts si proches des nôtres s'est avancée. Phil a alors tendu la bouteille.

L'image qui s'est gravée dans ma mémoire est celle d'une communion silencieuse. Dans la lumière crue qui perçait les hautes branches, un petit macaque s'est approché avec une dignité désarmante. Ses mains rousses ont saisi le goulot avec une adresse surprenante. J'ai entendu le «glouglou» de l'eau, ce chant de cristal qui descendait dans sa gorge assoiffée. Ses yeux, d'un ambre profond, semblaient ne plus voir que ce liquide salvateur. À cet instant, le contraste était saisissant entre le métal brillant de la gourmette de Phil et la fourrure sauvage du petit singe, deux mondes que seule une gorgée d'eau parvenait à réconcilier.

Soudain, l'un d'entre eux a marqué une pause. Il ne se contentait plus de boire ; il s'est redressé et a planté ses yeux dans les miens. Ses mains agrippaient la bouteille avec une fermeté jalouse, comme s'il craignait que ce miracle ne s'évapore. Son regard, bordé de paupières claires, n'exprimait aucune agressivité, seulement une curiosité intense. Il semblait me dire : «Je sais que c'est à vous, mais j'en ai tant besoin».

J'ai alors sorti mes récipients découpés. Le plastique, si dérisoire quelques minutes plus tôt, devenait sous mes yeux un calice. En versant l'eau, j'ai vu d'autres ombres se rapprocher sans bousculade, dans une urgence tranquille. L'odeur de la poussière chauffée par le soleil se mêlait à celle, plus sauvage, de leur pelage épais. Chaque goutte tombée sur le béton sec formait une petite tache sombre, vite oubliée face à l'avidité paisible des assoiffés. Ma main tremblait un peu sous le poids de cette responsabilité nouvelle : être celle qui témoigne de leur détresse. Pour une heure, nous n'étions plus des intrus, nous étions les gardiens d'une source éphémère.

Je suis repartie le cœur serré, portant en moi la soif de la forêt, mais l'esprit peuplé de scènes sublimes. Mes souvenirs s'entremêlent aux clichés de mon appareil, gravant à jamais dans ma mémoire de tortue cette rencontre où l'eau est devenue, l'espace d'un instant, le langage de l'âme.

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«On reconnaît le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite ses animaux.»

Mahatma Gandhi (1869 - 1948), avocat indien, un nationaliste, anti-colonialiste

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Et si on jouait ?

Voici un nouveau quiz, il y a 10 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.

  1. Avant ma création, seule l’eau immobile permettait de me remplacer.
  2. Mes tout premiers ancêtres, vers 6000 av. J.-C., étaient faits d’obsidienne, une pierre issue des volcans.

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Nous étions armés

C'est aussi un lieu d'attractions

Dans la forêt de Cèdres

Ils avaient tous soif !

C'est bien gentil, mais là tu en as renversé...

Viens....

Un corbeau veillait

Le cèdre géant

Si tendre

Curieux !

Sans commentaire

Une autre carapace

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La cigogne fait son nid

Vous êtes amis ?

Je n'avais pas oublié d'emporter de l'eau

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

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