dimanche 19 avril 2026

Malika et le Rideau de Velours

Après une journée passée sous le joug d'un soleil de plomb, l'heure de la métamorphose a enfin sonné. Pomponnés avec un soin jaloux, Phil et moi avons délaissé notre fidèle demeure pour grimper dans la carapace d'un couple d'amis. Le jour déclinait, mais la chaleur, tenace, restait suffocante, collant à la peau comme un souvenir d’après-midi. Fenêtres grandes ouvertes pour quémander un souffle d’air, je regardais défiler Marrakech la rouge, désormais parée de sa robe de nuit.

Sur les boulevards, les spots encastrés au sol transformaient la chaussée en un tapis de lumière, soulignant le défilé impressionnant de mes congénères d'acier. Je savourais, pensive, la danse immobile des palmiers qui semblaient cueillir les premières étoiles au cœur de la palmeraie. Entre deux hauts murs, secrets et jaloux, dissimulant des résidences dont on ne devinait que le luxe silencieux, un chemin de béton s’est ouvert sous nos roues. C’était une sente improbable, s’étirant à n’en plus finir, au point que je me demandais quel palais de fête pouvait bien se cacher dans un tel recoin de solitude.

Puis, le parking est apparu, tel un écrin au cœur de la nuit noire. C'est là, entre deux palmiers montant la garde comme des sentinelles hiératiques, qu’une apparition m’a saisie. Surgie d'un autre temps, une icône de noir et de blanc nous attendait. Exposée sur un support circulaire rappelant un astre nocturne, cette photographie nous projetait instantanément dans l'âge d'or de la haute couture.

Cette femme au chapeau incliné avec une audace folle, à la taille cintrée avec une précision d'orfèvre, incarnait à elle seule cet esprit «chic et mystérieux» que je vous murmurais hier. Sous la caresse des projecteurs, le grain du papier semblait dialoguer avec l'écorce rugueuse des arbres et l'odeur chaude de la terre arrosée. Ce n'était plus une simple photo, c'était un présage, un avant-goût de la magie qui s'apprêtait à nous emporter.

Sur le parking, des gardiens aux gestes précis nous ont désigné le refuge où notre carapace attendrait sagement notre retour. Puis, d'autres sentinelles de la nuit nous ont ouvert les portes avec une déférence telle que, l’espace d’un instant, j’ai cru que les projecteurs n’éclairaient que nous. Un ultime rideau s’est levé, et là, je suis restée coite, le souffle coupé par cette débauche d'élégance.

Le décor était un écrin de velours et de lumière : des fauteuils crapauds, vêtus d'un tissu crème aussi doux qu'une caresse, entouraient des tables rondes drapées de nappes d’un noir profond. Sous les lustres, le cristal des verres étincelait comme des diamants de rosée, tandis que l’argenterie des couverts jetait des éclats vifs. Tout autour de nous, c’était la valse silencieuse des serveurs, ombres élégantes vêtues de jais, dont les chemises sombres se confondaient avec le mystère de la salle.

Nous nous sommes installés en ligne, tels des spectateurs privilégiés, face à une scène encore timide. Un chanteur y égrenait une mélodie de blues, sa voix suave flottant dans l'air comme une écharpe de soie, devant un immense rideau pourpre qui gardait jalousement ses secrets.

À gauche, le bar scintillait de mille feux. Des étagères de verre, suspendues comme par enchantement, pliaient sous le poids de flacons ambrés et de bouteilles aux reflets de pierres précieuses. Derrière ce comptoir de lumière, un barman orchestrait une partition rythmée : le cliquetis joyeux et cristallin des glaçons dans le métal du shaker composait une percussion rafraîchissante, un prélude glacé qui s’accordait étrangement bien aux notes chaudes du blues.

Un serveur, dont la courtoisie n'avait d'égale que la blancheur de son sourire, nous a déposé les cartes, promesses de délices à venir. Tandis que mes congénères étudiaient leurs choix avec une gravité de diplomates, je me laissais tenter par un chou braisé aux effluves boisés, suivi de linguines aux calamars, pour finir sur la note acidulée d'un tiramisu à la fraise.

Quelle ne fut pas ma surprise, et mon discret amusement, lorsqu'on déposa devant moi une interminable avenue de spaghettis à la sauce tomate, où quelques rondelles de calamars semblaient s'être égarées comme des naufragés sur une mer de pourpre ! Je ne m'attendais certes pas à une telle débauche de pâtes dans ce temple du spectacle, mais qu'importe ! Dans cette ambiance électrique, l'appétit se nourrissait autant de notes que de sauce. Les serveurs, tels des anges gardiens du bien-être, veillaient sur nos verres avec une attention de chaque instant.

Sur scène, le rideau n'était plus qu'un souvenir. Les chanteurs, véritables alchimistes de l'air, chauffaient la salle à blanc. Un couple de danseurs, lestes et souples comme des lianes, dessinait une chorégraphie habitée, leurs corps racontant des histoires de passion et de feu. Les langues se mélangeaient dans un tourbillon international : les sonorités rocailleuses de l'espagnol épousaient la poésie du marocain, tandis que l'anglais et notre cher français scellaient cette Babel mélodique. Il y avait souvent une musique entraînante algérienne, je reconnaissais sans peine les chansons de Faudel.

Juste devant nous, une jeunesse marocaine rayonnante de bonheur donnait le ton. Ils dansaient, les mains levées vers la scène, se dandinant avec une joie si communicative qu'elle semblait faire vibrer la nappe noire de notre table. La contagion fut telle que Phil et moi, délaissant un instant notre réserve de voyageurs, nous sommes accordés une danse sur un rythme entraînant. Dans cet instant, le Lièvre et la Tortue n'avaient plus d'âge, portés par le battement de cœur de Marrakech.

Au sein de la troupe, une figure haute en couleur s'est imposée à nos sourires : une femme d’un certain âge, toujours chapeautée, qui se dandinait avec une énergie contagieuse de la scène à la fosse, s'invitant même parmi les convives pour taquiner ces messieurs. Elle était le sel de la soirée, un tourbillon de malice qui faisait vibrer la salle.

Pourtant, mon regard s’égarait ailleurs, irrésistiblement attiré par une autre artiste dont la présence me bouleversait. Petite, la peau d'un noir d'ébène et les cheveux frisés tirés en arrière, elle portait deux délicates boules de chaque côté de son visage avenant pour dompter sa belle tignasse. En l'observant, un souvenir vieux de plusieurs décennies a surgi de ma mémoire : elle était l’image même de «Malika», ma poupée Bella que tant de petites filles chérissaient à mon époque.

L’émotion m'a submergée en me rappelant qu’à dix ans seulement, j’avais déjà pris la plume pour écrire l'histoire de trois femmes solidaires, une Française, une Américaine et une Africaine que j'avais nommée, justement, Malika. Voir cette chanteuse sur scène, rayonnante dans sa robe à paillettes blanches, puis réapparaissant dans un fourreau noir tout aussi scintillant, c’était voir mon personnage d’enfant prendre vie sous les projecteurs de Marrakech.

Je l’écoutais avec une ferveur particulière, les mains battant la mesure et les pieds s’agitant sous la nappe noire, tout en guettant avec impatience le lever du grand rideau pourpre. Les habitués m’avaient conté monts et merveilles : jadis, ce rideau s'ouvrait sur un orchestre majestueux, un pianiste faisant bondir les marteaux sur les cordes, tandis qu’un guitariste et un trompettiste faisaient vibrer les marches d’un escalier de lumière.

Hélas, le rideau est resté obstinément baissé, muet comme une paupière close. Le monde d’après Covid a ses blessures invisibles et ses finances en berne ; la magie des cuivres et du piano a dû s'effacer devant la froide efficacité d'une sono. Malgré ce silence des instruments, l'âme de Malika et le talent des voix ont suffi à combler ce vide, transformant cette soirée en un magnifique chapitre de mon carnet vert.

En guise de final, puisque le rideau ne pouvait retomber, c'est le drapeau marocain qui s'est déployé au-dessus de nous. Il a survolé les convives tel un baldaquin protecteur, nous enveloppant de sa chaleur rouge et de son étoile verte, tandis qu'une pluie scintillante de confettis s'abattait sur la scène, transformant l'air en un brasier de paillettes.

La fête a fini par s'étirer jusqu'aux confins de la nuit, laissant derrière elle un parfum de fête, de rires et de nostalgie. En quittant cet écrin de velours, nous avons retrouvé la fraîcheur salvatrice de la nuit de la palmeraie. Le trajet retour dans la carapace de nos amis fut une transition silencieuse, chacun bercé par les échos des voix et les reflets des paillettes.

Nous avons regagné notre petit village sur la pointe des pieds, étouffant le moindre craquement de gravier pour ne pas réveiller les lièvres et les tortues plongés dans leur sommeil. Sous le dôme étoilé de Marrakech, retrouver ma carapace a eu la saveur d’un vieux manteau familier, protecteur et chaleureux. Phil, arborant toujours ce sourire radieux né de notre danse partagée, a verrouillé notre sanctuaire avec une solennité tranquille. Ce soir-là, la Nouvelle-Zélande de mon roman pouvait bien attendre ; ma propre histoire s’écrivait en technicolor, bien trop vibrante d’émotions pour être délaissée au profit d’une fiction.

J’ai déposé mon carnet vert sur la table, la plume enfin apaisée. Je me suis endormie bercée par ce sentiment délicieux : les rêves de la petite fille de dix ans avaient enfin trouvé leur scène.

Aujourd'hui, j'ai repris la plume pour ancrer sur le papier les échos de cette merveilleuse soirée passée avec nos amis. Le soleil brille, la menthe infuse, et je sais que demain sera un autre jour de lenteur et d'émerveillement.

***

«L'enfance est le sol sur lequel nous marcherons toute notre vie.»

Lya Luft (1938–2021), écrivaine, poétesse et traductrice brésilienne

***

Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.
  4. Je suis un réservoir vivant.
  5. Ma silhouette est en forme de «bouteille».
  6. Mes fleurs blanches ne s'ouvrent qu'à la tombée de la nuit pour être pollinisées par des chauves-souris.
  7. Je sers de lieu de justice et de réunion pour le village.
  8. Mon fruit est comestible et très nutritif est populairement appelé le «pain de singe».
  9. Aujourd'hui, certaines de mes espèces déclinent à cause de la consanguinité et du changement climatique.

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Surgie d'un autre temps, une icône de noir et de blanc nous attendait.
Exposée sur un support circulaire rappelant un astre nocturne,
cette photographie nous projetait instantanément dans l'âge d'or de la haute couture.

Un chou braisé aux effluves boisés

une interminable avenue de spaghettis à la sauce tomate,
où quelques rondelles de calamars semblaient s'être égarées
Un tiramisu à la fraise

Serait-elle sortie de mon livre ?

Le drapeau marocain qui s'est déployé au-dessus de nous.

M'accordez-vous cette danse Madame ?


À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

samedi 18 avril 2026

Escadrilles Nocturnes et Manœuvres d'Élite

Hier soir, la chaleur refusait de desserrer son étreinte, transformant ma carapace en une étuve immobile. Fenêtres grandes ouvertes et moustiquaires abaissées, je pensais avoir scellé mon sanctuaire. Mais à peine la lumière fut-elle allumée pour me permettre de repartir en Nouvelle-Zélande, que je fus prise d'assaut par une escadrille de moustiques et de moucherons intrépides. Ces envahisseurs miniatures ont réussi l’exploit de s’insinuer entre les mailles pourtant si fines de mes filets. Vite, j'ai activé la lampe bleue, mais celle-ci n'a produit qu'un effet de discothèque sur ces insectes marocains, visiblement d'un tempérament festif. Quant à mon huile de citronnelle, dont je m'étais badigeonnée avec ferveur, elle semblait leur servir d'apéritif plutôt que de rempart. Fâchée et vaincue par ces bestioles immunisées contre tout, j'ai dû renoncer à mon roman et sombrer dans l'obscurité, les yeux entrouverts et les oreilles aux aguets, guettant le moindre bzzz menaçant.

Ce matin, l'inspection scrupuleuse devant le miroir fut un soulagement : pas une piqûre, pas une trahison cutanée. Mon corps est resté intact, préservé d'une boursouflure qui aurait ruiné mon allure pour la soirée mémorable qui s'annonce !

Aux aurores, le village s'est réveillé dans un vacarme de métal. C'était le branle-bas de combat : un groupe de trop grosses carapaces tentaient de reprendre la route, déchirant le silence par le grincement sec des débrayages et les rugissements d’accélérateurs superflus. Ces mastodontes recrachaient d'épaisses volutes de fumée noire, de lourds nuages qui venaient souiller l'azur naissant et troubler l'atmosphère sereine de notre petit village. L'odeur âcre du diesel s'invitait sans gêne, s'agrippant aux narines et masquant un instant le parfum des fleurs. Phil regardait sans prétention ces vaisseaux en perdition manœuvrer avec peine dans ce brouillard de pots d'échappement. Entre deux marches arrière et trois coups de volant désespérés pour éviter les palmiers, les bougainvilliers fuchsia et les parterres de rosiers, il fallait surtout réussir le contournement héroïque de l’obstacle suprême : la célèbre baignoire à toutous !

Rappelez-vous ce que j'écrivais le 31 janvier : «...Ici, la ligne droite est un concept oublié. Il s’agit de frôler sans jamais écorcher les carrosseries étincelantes des congénères et, surtout, de réussir le contournement héroïque de l’obstacle suprême : la baignoire à toutous ! Cette pièce d'eau improbable, où flottent parfois des effluves de shampoing canin, exige toute la concentration d'un lièvre. Hélas, certains n'ont pas le pied marin, ni le sens du virage... et c'est la catastrophe !»

Phil, qui a passé sa vie à dompter de gigantesques bahuts, gardait un silence amusé. Là où deux manœuvres précises auraient suffi à son œil d'expert, il laissait les autres s'épuiser en vrombissements inutiles, certain que son fier vaisseau, guidé par son pilotage d'élite, glisserait toujours entre les pièges sans jamais égratigner ma carapace.

En cette fin de matinée, le calme est revenu. Mon carnet vert, ce précieux cadeau d'Alice, ouvert devant moi, je savoure la vapeur parfumée et sucrée de mon thé à la menthe. Je n'écrirai pas cet après-midi ; je prendrai mon livre pour rejoindre mon endroit favori, à l'ombre d'un bougainvillier dont les fleurs rouges tombent sur mon écran comme des confettis. Trois ou quatre papillons aux ailes bigarrées voltigent autour de moi ; je relève parfois la tête pour savourer leur danse. La liberté d'un jour se partage...

Ma lecture sera brève, car mon esprit est déjà tourné vers ce soir. Je vous fais la promesse de reprendre la plume demain pour vous faire partager cet éclat de plaisir qui nous attend.

D'ici là, je laisse le soleil de Marrakech dorer les pages de mon carnet vert, tandis que la tortue et le lièvre s'apprêtent, en silence, à troquer son ombre pour la lumière des projecteurs.

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«La lenteur est la condition même de l'émerveillement.»

Sylvain Tesson, écrivain et essayiste français.

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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.
  4. Je suis un réservoir vivant.
  5. Ma silhouette est en forme de «bouteille».
  6. Mes fleurs blanches ne s'ouvrent qu'à la tombée de la nuit pour être pollinisées par des chauves-souris.
  7. Je sers de lieu de justice et de réunion pour le village.
  8. Mon fruit est comestible et très nutritif est populairement appelé le «pain de singe».

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Photo du Net, je n'ai pas pu m'approcher
les propriétaires étaient tous là...
J'attends l'heure pour aller à la fête...

Ouah, ces drôles de manœuvres...

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

vendredi 17 avril 2026

L’Artisan du Vert et le Secret du Lendemain

Aujourd’hui, le mercure a encore grimpé d’un cran. Dans notre petit village, c’est le défilé des petites tenues : les tortues arborent des robes légères aux couleurs printanières, tandis que les lièvres s'exposent torse nu. Phil, par exemple, a poussé le perfectionnement de son bronzage jusqu’à prendre une teinte pratiquement congolaise, là où d'autres, moins prudents, virent au rouge écrevisse sous les morsures du soleil. Moi, je reste sur mes gardes ; j'ai bien trop peur que ma carapace ne finisse par se désagréger sous ces rayons implacables !

Le chemin vers la piscine est une procession de serviettes sous le bras. Les enfants ouvrent la marche : deux frères, reconnaissables aux dessins géométriques identiques de leurs slips de bain vert et noir, serrent un ballon contre eux, tandis que d'autres s’arment de frites en mousse aux couleurs pastels, pour leur premier corps-à-corps avec l’eau. En traversant le village, j'enregistre tout : les éclats de voix, les paréos qui volent, les objets hétéroclites... une véritable Babel où les langues s'entremêlent.

Pour m'isoler de ce brouhaha international et des cris d'enfants, je rejoins mon sanctuaire : un coin d'ombre près du restaurant, abritée par un bougainvillier. À travers l'entrelacs des fleurs, j'aperçois un azur pur, enfin débarrassé des menaces d'orage de la veille. Aujourd'hui, j'ai troqué mon thé brûlant contre une bouteille d'eau fraîche, une alliée indispensable alors que l'air vibre de chaleur.

Pourtant, au milieu de cette «lenteur sacrée» que nous avons l’indécente chance de savourer, certains ne chôment pas. En chemin, mon regard a croisé celui d'un artisan du vert. À mon humble goût de tortue en robe légère, il me semblait bien trop habillé pour la besogne : enveloppé dans un pull en maille grise à larges rayures noires, il bravait la canicule avec une dignité tranquille, là où j'aurais déjà capitulé depuis longtemps.

Je l’ai interrompu entre deux «paf» sourds de sa pioche contre le sol aride pour lui voler un portrait. Il s'est figé, tel un seigneur de la terre. Sous sa casquette sombre, son visage sculpté par le grand air offrait un regard calme. Sa barbe poivre et sel, taillée avec une précision de courtisan, contrastait avec son pantalon de velours brun et ses chaussures de marche, tous deux marqués par les nobles poussières du labeur.

Le naturel a vite repris le dessus. Je l’ai observé, de nouveau courbé, maniant sa pioche avec une vigueur rythmée par le froissement des palmes sèches. Ses mains expertes labouraient le sol au pied d'un jeune palmier, dans un effort muet pour maintenir la vie. Le contraste était saisissant : au premier plan, la sueur et la terre brune ; en arrière-plan, l'explosion presque irréelle des bougainvilliers roses et orangés qui semblaient éclater de rire sous le soleil.

Près de son arrosoir bleu, l’homme sculptait le paysage sous l'œil lointain de ma carapace qui veillait sur mes secrets. Entre le chuintement de l'eau d'arrosage et le gazouillis des oiseaux, cette rencontre résonnait avec cette «note de fraternité» que Phil aime tant cultiver. Dans ce jardin où tout semble n'être que luxe et farniente, le geste de cet homme me rappelait que chaque éclat fuchsia est le fruit d'un dialogue acharné, et parfois épuisant, entre l'homme et le désert.

Cet après-midi, je reprends ma serviette et mon livre pour m'évader à nouveau. Tandis que mon corps reste sagement ancré à l'ombre d'un bougainvillier flamboyant, mon esprit, lui, s'envole vers les horizons lointains de la Nouvelle-Zélande d'un siècle ancien. Installée près des portes en chêne du restaurant, je savoure ce luxe minuscule : sentir la caresse fraîche d'un souffle de climatisation sur ma peau alors que, de l'autre côté des fleurs, Marrakech continue de brûler doucement sous l'or du soleil.

Pourtant, une autre forme d'impatience commence à frémir dans ma carapace. Entre deux pages, mes pensées s'échappent vers les vêtements que j'ai soigneusement préparés ce matin pour demain une soirée qui s'annonce mémorable. Phil sourit de ma prévoyance, et vous, vous ne doutez de rien. Je garde jalousement ce secret dans les plis de nos étoffes de fête, une promesse de paillettes et d'émotions que je ne vous ferai découvrir que dimanche. D'ici là, laissez-moi rêver encore un peu à l'ombre de mon jardin marocain.

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«Le secret de la joie est de savoir garder pour soi la promesse du lendemain.»

Anonyme

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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.
  4. Je suis un réservoir vivant.
  5. Ma silhouette est en forme de «bouteille».
  6. Mes fleurs blanches ne s'ouvrent qu'à la tombée de la nuit pour être pollinisées par des chauves-souris.
  7. Je sers de lieu de justice et de réunion pour le village.

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Je l’ai interrompu entre deux «paf» sourds de sa pioche
contre le sol aride pour lui voler un portrait. 

L’homme sculptait le paysage sous l'œil lointain 

Si tu aides le monsieur, tu devrais mettre 
une casquette sur la tête et des lunettes de soleil sur le nez...

Cet après-midi, je reprends ma serviette et mon livre pour m'évader ... de l'autre côté
des fleurs, Marrakech continue de brûler doucement sous l'or du soleil.

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

jeudi 16 avril 2026

Partage d'un soleil marocain

J’avais promis d’expédier un éclat de ce brasier à ma famille et mes amis français, mais ici, sous le soleil de Marrakech, l’astre ne se partage plus : il règne en souverain absolu. La chaleur est un plomb liquide qui écrase tout sur son passage ; même les mouches, en pleine déshydratation, ont capitulé. Phil, mon «Lièvre» attitré au teint désormais cuivré comme un vieux sou, semble avoir enfin compris la leçon. Coiffé de sa casquette et protégé par ses verres sombres, il se livre à une traque stratégique de l'ombre. Il déambule dans notre petit village, s'offrant des haltes de philosophe devant ma carapace, avant de repartir entamer de grands palabres avec d'autres congénères croisés en chemin. Bientôt, il rejoindra le terrain pour observer les joueurs, ou plutôt pour s'improviser arbitre, car chez lui, la passion du jeu est plus forte que la canicule.

L’air est une symphonie de contrastes. Entre deux gazouillis d'oiseaux en plein conciliabule dans les branches d'un poivrier, on perçoit le clac métallique des boules de pétanque qui s'entrechoquent et le tintement cristallin des verres déposés prestement par les serveurs sur les tables. C’est un mélange enivrant où l’odeur âcre du chlore se marie aux effluves sucrés d’un thé à la menthe fumant. Non loin de moi, une femme fait danser ses aiguilles dans une laine rose bonbon, une note de douceur insolente sous un ciel schizophrène, hésitant entre un bleu pur, et pourtant les Marrakchis disent que l'orage menace.

Le décor joue sa propre partition : si les mimosas ont perdu leurs pompons d’or, laissant derrière eux un souvenir poudré, les bougainvilliers compensent par leur exubérance flamboyante. La piscine, loin d'être ce miroir de nacre découvert à l'aube, frémit désormais sous les assauts des baigneurs et la valse des ballons bigarrés. Face à cette marée humaine qui a pris d'assaut transats et parasols de paille, j’ai sagement laissé l’appareil photo au fond du sac ; la tortue préfère la discrétion de sa retraite.

Quant à moi, nichée dans mon sanctuaire sous mon chapeau blanc et ma robe à rayures, j’ai colonisé un canapé en cuir vert, juste assez près des portes en chêne du bar pour voler un souffle de climatisation. J'y ai étalé ma grande serviette pour éviter que mes cuisses ne fassent corps avec le tissu. Nous savourons ces derniers instants de lenteur sacrée, car nous restons encore une petite quinzaine à Marrakech avant de reprendre la route pour découvrir, et vous faire découvrir, de nouveaux horizons.

Mais pour l'heure, le monde peut bien courir. Je referme mon carnet, je quitte ma carapace spirituelle et je m'immerge dans les pages des «Fleurs de feu» de Sarah Lark.

Je vous laisse ces quelques éclats de lumière, comme autant de promesses de chaleur déposées sur le papier. En ce milieu d'après-midi où les rayons brûlent encore avec une ferveur implacable, tandis que le lièvre poursuit ses palabres et que le village s'engourdit sous le poids de l'astre, je savoure cette paix fragile et précieuse. Marrakech nous offre encore ses plus belles couleurs pour quelques jours, avant que ma carapace ne reprenne sa route. D'ici là, je vous garde une place à l'ombre, quelque part entre la tiédeur d'un thé à la menthe et le parfum vibrant des bougainvilliers.

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«Le voyageur est celui qui prend le temps de ne rien faire pour mieux voir le monde.»

Jean-Christophe Rufin, médecin, diplomate et écrivain

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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.
  4. Je suis un réservoir vivant.
  5. Ma silhouette est en forme de «bouteille».
  6. Mes fleurs blanches ne s'ouvrent qu'à la tombée de la nuit pour être pollinisées par des chauves-souris.

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Où est l'ombre !


Par cette chaleur, il faut que je vérifie les boules et le cochonnet !

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

mercredi 15 avril 2026

Déposer son Sac, Ouvrir ses Ailes

Hier soir, l’épuisement pesait sur nos épaules comme une chape de plomb, après une journée passée à défier une chaleur écrasante. Sous ma carapace, j'aurais tant aimé vous peindre les contours de la Médersa Ben Youssef, ce joyau saadien de 1564. Imaginez ce foyer intellectuel, bastion des sciences pendant quatre siècles, où le zellige flamboyant, le cèdre sculpté et le plâtre ciselé s’unissent pour célébrer l'art arabo-andalou. Mais la cité rouge ne livre pas ses secrets si facilement : une foule compacte et bruyante m'a barré la route. J’ai dû battre en retraite, emportant avec moi la promesse d’un rendez-vous futur avec ce monument qui incarne, à lui seul, l'âme du Royaume.

J’aurais voulu vous perdre avec moi dans le labyrinthe des souks, là où les échoppes s’alignent comme les perles d'un collier infini. Dans ces allées bondées, progresser est un sport de haut niveau ! Il nous a fallu marcher en file indienne, moi jouant les éclaireuses, jetant sans cesse un regard par-dessus mon épaule pour m'assurer que Phil n'avait pas été happé par un tapis ou une lanterne magique. J’aurais aimé vous conter l’art du marchandage, cette joute oratoire de «bonne guerre» où le sourire est la meilleure des monnaies. Ma liste de cadeaux est désormais rayée, les trophées sont en sécurité… à moins qu’un dernier coup de cœur ne vienne tout bousculer !

Point de déception amère cependant, car le hasard, ce grand voyageur, nous a ouvert les portes du Musée de Marrakech. Là, les Marrakchis, jamais avares de confidences, nous ont raconté leur pays avec cette faconde généreuse qui les caractérise.

Puis, le calme est revenu régner sur mon petit village. Un silence presque absolu, seulement troublé par le gazouillis mélancolique de quelques oiseaux et les pétarades lointaines d'une ou deux motos isolées. J'ai regardé l'astre descendre vers l'horizon, l'imaginant sans peine plonger sa face d'or dans les eaux vertes et bleues de l'Océan. Le ciel a alors revêtu une robe rose poudrée, un tableau d'une splendeur à couper le souffle qui semblait nous murmurer que, malgré les rendez-vous manqués, la journée était une réussite.

Tandis que les échos de la cité rouge s'estompent doucement dans ma mémoire, je referme mon carnet sur ces visions de palais et de souks. La ville a livré son tumulte, et mon esprit, enfin apaisé, se tourne vers l'immédiat. Après tout, le voyage, c'est aussi savoir poser son sac pour laisser les émotions décanter, comme le sucre qui finit par s'abandonner au fond d'un verre de thé.

Aujourd'hui, j'annonce officiellement ma reddition : point de taxi jaune vrombissant, ni de foule impatiente pour me bousculer le moral. Je décide de rendre les armes devant l'appel irrésistible du farniente. Mon petit village m'ouvre ses bras, avec sa promesse de lenteur sacrée et ses parfums mêlés de mimosas poudreux et de bougainvilliers flamboyants. Pour une fois, ma boussole restera au repos et mon seul itinéraire sera de suivre, centimètre par centimètre, la course de mon ombre sur le gazon émeraude qui borde la piscine. Une ambition de tortue parfaitement assumée !

Le décor se prête d'ailleurs merveilleusement à cette immobilité. Un tronc d'arbre tourmenté traverse mon champ de vision, tel une invitation à m'immerger dans ce sanctuaire. On y découvre un espace de repos confidentiel, où des matelas de farniente aux coussins jaune safran semblent n'attendre que moi. À travers l'entrelacs des palmiers aux troncs rugueux, la piscine turquoise scintille, entourée de parasols en paille qui apportent une touche de rusticité élégante. Le cadre est baigné d'une lumière chaude et tamisée, filtrée par un feuillage généreux, tandis que les structures d'un rouge terre de Sienne rappellent que nous sommes bien au cœur de Marrakech.

Ce matin, le monde s'est éveillé dans un silence doré, une clarté si pure qu'elle semblait tapisser l'intérieur de ma carapace d'une feuille d'or. Point de clameurs, point de moteurs ; seul le murmure d'un jour qui prend son temps. Je me suis extraite de mes songes pour découvrir un village baigné dans une lumière de miel, où chaque grain de poussière dansait avec une lenteur de ballet.

L'air, encore frais mais déjà prometteur, portait les effluves poudrées et sucrées des mimosas. Bien qu'ils aient désormais perdu leurs pompons solaires, leur souvenir flottait encore dans l'air, tandis que le sol se tapissait d'une fine poussière jaune d'or. Dans ce calme absolu, le premier chant d'un oiseau a jailli, une note cristalline et isolée qui a semblé ricocher sur la surface turquoise et immobile de la piscine. C’est dans ce décor de nacre que j'ai savouré ma première gorgée de thé, laissant la chaleur de la boisson s'accorder au silence de l'aube. Aujourd'hui, le monde peut bien courir ; moi, j'ai choisi de m'accorder à la respiration secrète des oliviers au feuillage argenté.

Ce calme matinal est aussi le domaine réservé de Phil. Tandis que je m'abandonne à la contemplation, mon «Lièvre» endosse son costume de gardien de la paix villageoise. D'un pas mesuré, il s'en va flâner à travers les allées avec la curiosité méticuleuse d'un inspecteur en pleine enquête. Il arpente ce labyrinthe de carapaces encore assoupies, s'assurant que le silence est bien gardé.

Mais sa ronde ne serait pas complète sans un détour par les âmes discrètes qui font battre le cœur du village. Avant de regagner la chaleur de notre demeure, Phil s'en va saluer les agents de service qui, déjà, s’activent avec une ferveur matinale.

C’est une symphonie de l’aube : entre le cliquetis métallique des sécateurs qui sculptent les lauriers et le bruissement rythmé des balais sur les dalles fraîches, s'élève le chuintement cristallin de l'eau d'arrosage. Elle jaillit en pluie fine, rafraîchissant l'atmosphère et faisant briller le vert émeraude des feuillages. Au milieu de ce réveil végétal, Phil s'arrête pour échanger quelques mots avec le gardien de nuit. Dans ce passage de témoin silencieux sous la lumière naissante, un simple sourire honore le labeur de ces hommes de l'ombre. C'est sa manière à lui de sceller une note de fraternité dans la sérénité de notre jardin.

Ainsi s'installe la partition de notre journée, où le seul impératif est de ne rien faire. Tandis que le soleil monte dans l'azur, Phil, mon «Lièvre» infatigable, finit par troquer sa casquette d'inspecteur contre ses lunettes sombres. Le voilà qui s'abandonne à son tour, alternant entre le bruissement des pages de son policier et une quête méthodique du bronzage parfait la tête bien à l'abri sous l'ombre légère des mimosas.

Pour ma part, je reste nichée dans mon sanctuaire de nacre, savourant ce luxe inouï : avoir le temps pour seul compagnon. Entre une ligne d'écriture et une sieste improvisée, la journée s'étire dans une douceur immobile. Point de départ, point de hâte ; juste le plaisir de laisser le soleil dorer nos carapaces respectives dans la paix retrouvée de notre jardin.

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«Le temps qu'on prend pour soi est le seul qui nous appartienne vraiment.»

Proverbe oriental

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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.
  4. Je suis un réservoir vivant.
  5. Ma silhouette est en forme de «bouteille».

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Journée de farniente

J'ai déposé mon sac et rangé ma boussole

Qu'il est bien ce roman !

C'est bien les lunettes, mais... ta casquette où est-elle ?

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

mardi 14 avril 2026

Le grand bazar

Dès l'aurore, une carapace d'un jaune insolent, que l’on nomme ici «Taxi», nous attendait au seuil du village. Nous y avons pris place, trois tortues et trois lièvres serrés dans cette coquille couleur passereau. Nos compagnons de route, deux Autrichiens et deux Suisses, devisaient dans une langue aux sonorités de bois sec ; point de culottes de peau ni de chapeaux à plume, mais un voisin de banquette dont l’obturateur de l’appareil photo cliquetait sans trêve à chaque virage.

Nous avons alors plongé dans l'enfer joyeux de Marrakech. C’est un ballet infernal : des berlines luisantes, des mobylettes pétaradantes, des vélos funambules et des piétons intrépides s’entrecroisent dans un chaos qui semble chorégraphié. À ma gauche, j'apercevais le bout de roue d'une mobylette tentant une incursion audacieuse ; je retenais mon souffle, mais notre chauffeur, avec le flegme de ceux qui ont dompté le monde au volant, naviguait dans ce courant avec une précision d'orfèvre.

Déposés près de l’emblématique place Djemaa el-Fna, nous avons affronté une mer humaine sous un soleil incandescent. La place est un théâtre permanent : les vendeurs de jus de fruits, perchés sur leurs camions panoramiques, exposent des pyramides d’agrumes vibrantes de couleurs ; l'orange vif, le vert acide du kiwi et l'or de l'ananas. L'air est saturé de l'odeur sucrée des fruits pressés, mêlée au parfum âcre de la poussière et du cuir chaud. Plus loin, le porteur d'eau dans son habit traditionnel fait tinter ses cloches de cuivre dans un cliquetis métallique, tandis que les cireurs de chaussures interpellent Phil, dont les souliers semblent être une cible irrésistible.

J'avais gardé pour nous le secret de la Médersa Ben Youssef, ce joyau saadien de 1564. Mais arrivés au seuil de ce bastion du savoir, la déception fut de taille : une cohue indescriptible et des guides brandissant leurs drapeaux tels des étendards de guerre bloquaient l'accès. Devant ces centaines d'ombres pressées, nous avons préféré fuir ce tumulte.

À quelques pas de là, le Musée de Marrakech nous a ouvert ses portes de cèdre. Ancien palais de Mehdi Mnebhi, ce lieu est un havre de fraîcheur ouatée. Dès l'entrée, le patio nous a saisis par sa démesure : un lustre monumental en cuivre ciselé, de six mètres de diamètre, trône sous un plafond à caissons. Cette pièce maîtresse d'une tonne baigne le sol de marbre d'une lumière dorée, créant une atmosphère mystique. Tout autour, les salles exposent des tapis aux couleurs telluriques, des fibules d'argent et des poteries dont l'odeur terreuse rappelle les montagnes de l'Atlas.

Repus de beauté, nous avons cherché refuge au restaurant «Le Grand Bazar». Perché en terrasse, j'observais l'enfer d'en bas avec un sentiment de sécurité délicieux. Phil s’est régalé de crevettes Pilpil dont le parfum ailé et pimenté chatouillait mes narines, tandis que je savourais un Bowl de riz paré de mangue, d'ananas et de saumon ; un festival de fraîcheur acidulée. Les serveurs, élégants dans leurs gilets noirs, tournaient autour des tables avec des plateaux argentés étincelants.

Le retour fut une caresse pour les yeux. Face à la majestueuse Koutoubia, nous avons retrouvé notre taxi jaune. Le trajet nous a offert le spectacle des boulevards tapis de gazon fraîchement tondu, où les bougainvilliers pourpres, les palmiers, les cactus et les orangers dessinent une lisière de fleurs. En traversant la Palmeraie, l'air s'est fait plus léger.

De retour dans notre petit village, nos mimosas nous ont accueillis en beauté. Ils commencent à perdre leurs pompons, semant sur le sol une poudre jaune d'or qui, sous la brise, vole comme une neige de printemps. Fatigués mais le cœur rempli d'images, nous savourons le silence retrouvé de notre carapace.

Ainsi s'achève notre parenthèse rouge. Alors que le soleil décline, laissant derrière lui un ciel de nacre, nous retrouvons le calme de notre carapace. La Médersa est restée un secret pour cette fois, mais qu’importe : nous avons bu la lumière du palais Mnebhi et goûté à la ferveur de la place. Ce soir, sous la neige dorée des mimosas, je réalise que le plus beau des monuments n'est pas toujours celui que l'on visite, mais celui que l'on porte en soi : le souvenir d'une journée partagée, rythmée par les rires et les parfums d'Orient.

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«On ne possède rien d'autre que ce que l'on a dans le cœur.»

Proverbe marocain

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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.
  4. Je suis un réservoir vivant.

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Les calèches au milieu de la circulation

Le porteur d'eau dans son costume

Dans le musée de Marrakech je vous laisse regarder les photos :


Je ne pouvais pas laisser passer ça !








Regardez bien le lustre !













Place Djema El Fna






Nouvelles lecture pour chacun

Rentrons au calme

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

lundi 13 avril 2026

L’Escale des Mille Accents

Autour de ma carapace, le village s'est métamorphosé en un cosmopolite carrefour des nations. Si les «Ach !» vigoureux et les «Wunderbar !» enthousiastes de nos voisins germains dominent souvent l'air vibrant, ils se marient désormais au flegme distingué des Britanniques, aux paroles chantantes des Italiens et aux conversations incessantes des Espagnols, qui semblent ne jamais vouloir s'épuiser. Ces voix se mêlent aux accents malicieux de nos cousins suisses et belges, ainsi qu'aux sonorités chaudes et rythmées de la Darija, cet arabe dialectal marocain dont les «Salam» et les «Labass» ponctuent l'air d'une bienveillance fraternelle. C'est une véritable symphonie de cordes vocales étrangères, un bourdonnement de dialectes aux sonorités de bois et d'acier qui flottent dans l'atmosphère, me changeant parfois en une exploratrice égarée en terres lointaines.

Heureusement, dans l'intimité de ma «rue», quelques voix familières viennent dissiper ce brouillard linguistique. Quel ravissement d'entendre les notes chantantes de notre langue maternelle ! Ces tortues et ces lièvres français sont autant de phares rassurants dans cette mosaïque de cultures. Au-dessus de nos têtes, les mimosas déploient leurs pompons d'un jaune éclatant, de véritables petits soleils de soie qui exhalent un parfum poudré et sucré. Ils côtoient les oliviers centenaires au feuillage argenté qui scintille sous la brise, apportant une ombre salvatrice et une note herbacée à l'air ambiant. C'est dans ce décor de nacre et d'or que les oiseaux s'en donnent à cœur joie, leurs trilles cristallins composant la plus belle des musiques.

Parfois, un détail insolite attire mon regard : une petite poussette de baigneur, abandonnée au pied d'une carapace voisine. La poupée, sans doute, doit être blottie dans les bras d'une petite fille ; après tout, il faut bien cet équipage pour promener ce bébé de plastique à travers les allées !

Tout au long de la journée, le village devient un immense théâtre de saveurs. Dès que l'on flâne, les effluves sucrées du chocolat des Suisses viennent taquiner les narines, tandis qu'un peu plus loin, l'odeur puissante d'un fromage belge s'invite avec audace. Le crépitement des barbecues répond alors au chuintement des tajines. On respire ici la simplicité d'un œuf au plat, là le parfum fumé d'une viande saisie, ou encore l'exhalaison iodée des sardines.

Mais ce sont surtout les rituels de l'aube et du crépuscule qui marquent l'air : l'odeur ronde et torréfiée du café matinal qui s'échappe des cafetières italiennes, bientôt rejointe par la fragrance vive et rafraîchissante du thé à la menthe. Ce parfum sucré et herbacé, véritable signature de l'hospitalité qui nous entoure, s'élève en volutes légères au-dessus des carapaces, liant tous ces arômes dans une même harmonie gourmande.

Le campement est à son apogée : plus de deux cent soixante-dix carapaces abritent une légion de six cent quarante lièvres et tortues. Le village affiche complet dans un ballet incessant. Au cœur du camp, réservé au groupe, les voyageurs sont serrés comme des sardines ! De colossales carcasses d'acier, perchées sur de hauts pneumatiques, toisent de plus modestes montures. Leur passage soulève un voile de poussière ocre, une terre fine qui porte l'odeur sèche des pistes. En les regardant s'ébranler, je ne peux m'empêcher de songer au prix du plein de ces géants. Leurs réservoirs doivent engloutir des fortunes ! Je suis bien heureuse que ma modeste carapace soit moins gourmande.

Malgré ce tumulte, les gardiens de l'accueil conservent leur sourire imperturbable. Leur patience m'émerveille. Pendant ce temps, la grenouille météo grimpe avec audace : les oracles annoncent une semaine où le mercure frôlera les quarante degrés ! Mais cette fournaise ne saura entamer notre détermination. Nous irons visiter cet endroit que nous gardons jalousement secret, ce monument mystérieux dont je ne vous livrerai les détails qu'au moment de son plein enchantement.

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«Le voyage est la plus courte distance entre deux personnes.»

Anonyme

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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.

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Il y en a encore de beaucoup plus gros...

...mais...

...il y avait trop de monde autour...

...pour faire un cliché !

Les vélos doivent être bien fixés !

Je cuisine français !

Reviens dans ma carcasse, celle-ci n'est pas à nous !

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

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