mardi 28 avril 2026

Entre Fureur et Sérénité

Que la journée d'hier avait été éprouvante ! L'atmosphère, d'une lourdeur presque solide, semblait écraser ma carapace sous une chaleur accablante. Puis, enfin, l’orage a éclaté. La pluie, mêlée de grêle, s'est abattue dans un fracas libérateur sur mon toit, faisant enfin dégringoler le mercure. Je me suis surprise à savourer ce spectacle depuis ma fenêtre : les gouttes d'eau frappant le bitume immaculé de la station et les éclairs déchirant le ciel, tel un feu d'artifice sauvage orchestré par la nature.

Le réveil à la station-service n'a pourtant rien de la douceur ouatée de nos matinées à Marrakech. Ici, l’aurore ne s'annonce pas par le chant des oiseaux, mais par le souffle rauque des moteurs qui s'ébrouent dans un fracas métallique. Ma carapace a vibré toute la nuit au rythme des convois, ponctuée par le «Bip Bip» sonore et obstiné des camions en pleine manœuvre. Sous ma fenêtre, un chien de garde entamait de temps à autre une conversation animée avec un confrère lointain. J’avais beau lui murmurer un «chut !» qu’il semblait comprendre sur l’instant, le naturel revenait au galop une demi-heure plus tard…

À travers les vitres encore fraîches, les conversations s'élevaient, portées par des voix d'hommes aux visages burinés. Ces échanges en arabe, aux sonorités à la fois rugueuses et chantantes, dessinaient autour de nous une mystérieuse frontière invisible. Je n'en saisissais pas les mots, mais je percevais l'énergie du départ et la hâte de ceux qui, comme nous, ont l'asphalte pour seul horizon. L’odeur âpre du diesel se mêlait alors à celle, bien plus réconfortante, de notre premier déjeuner pris à la hâte dans ce tumulte organisé. Sous un ciel déjà curieux, le ballet des autos reprenait ses droits, symphonie mécanique où chaque coup de klaxon sonnait comme un salut. Phil, déjà aux aguets, guettait mon regard sur le GPS : le mystère de notre prochaine étape s'apprête enfin à se dévoiler.

Installée confortablement, mon carnet vert sur les genoux et le crayon à la main, je regardais les paysages défiler comme un film dont je serais l'unique spectatrice. Et pourtant, je ne suis pas avare puisque je vais partager ce film. Dans le secret de ce carnet, mes mots tissent un refuge de silence, une parenthèse de papier qui semble ignorer le vacarme de l'asphalte et le grondement du moteur.

Des montagnes aux sommets en dents de scie, pareils au dos d'un animal préhistorique, laissaient échapper des lambeaux de nuages entre leurs crêtes. Plus bas, des monts verdoyants, doux comme le dos d'un mouton, se découpaient en parcelles géométriques. À nos pieds, les prairies s’illuminaient du rouge des coquelicots s'ouvrant dans la lueur de l'aube.

Le spectacle était d'une splendeur exceptionnelle : des carrés de céréales s'emboîtaient comme un puzzle, séparés par des murets de pierres sèches qui me rappelaient irrésistiblement le film «Les Évadés» avec Morgan Freeman. Au milieu des arganiers, des chèvres et des moutons s'accrochaient avec audace au flanc de la montagne. Dans le ciel, des rapaces planaient royalement, tandis que des centaines de papillons multicolores semblaient nous précéder, nous montrant le chemin.

Soudain, depuis le belvédère de ma carapace, j'ai vu surgir un immense miroir d'eau : un barrage au bleu profond, immobile, capturant la lumière diffuse pour tracer une ligne d'horizon d'une sérénité absolue entre les reliefs. Puis, au détour d'un virage, le Maroc s'est effacé pour laisser place à une vision de savane. Trônant sur une butte de terre rouge sang, une silhouette majestueuse a surgi. Avec son tronc noueux, j'ai eu l'illusion saisissante qu'un baobab venait d'éclore en plein cœur de l'Atlas.

Mais la montagne a vite repris ses droits, imposant sa stature massive contre l'azur. Ses flancs, véritables mosaïques agricoles, offraient des nuances de vert tendre alternant avec le brun des terres fraîches. Dans un creux de relief, une bâtisse en construction aux briques ocre semblait chercher refuge dans un creux bienveillant du terrain. Entourée de quelques arbres sentinelles et de poteaux électriques dessinant de fines lignes verticales dans ce paysage de courbes, elle incarnait parfaitement cette vie montagnarde, à la fois isolée et résiliente.

Au détour d'un carrefour, Marrakech semble déjà bien loin et pourtant, le tumulte nous rattrape sous une forme singulière. C'est ici que se joue le spectacle permanent des contrastes marocains : un véritable anachronisme roulant. Ma carapace, prudente, s'est glissée dans le sillage d'un imposant camion-citerne chargé de carburant, tandis qu'à notre gauche, une automobile moderne trépigne d'impatience. Mais le regard est irrésistiblement attiré par cette silhouette immuable : une femme, drapée dans ses tissus colorés, chevauchant avec une dignité tranquille son âne chargé de besaces. Dans cette valse des transports, le temps semble se dilater. C’est la poésie brute du voyage : voir la modernité dépasser la tradition sans jamais réussir à l'effacer tout à fait.

Enfin, le ruban d'asphalte semblait se libérer, propre et dégagé, grimpant avec une sorte d'allégresse vers l'horizon. C'est alors que l'immersion forestière nous a saisis : fini l'ocre obsédant de la plaine, nous étions désormais enveloppés par une forêt profonde de pins et de cèdres offrant une fraîcheur exquise. Le regard s'évadait ensuite vers l’ondulation infinie des collines, vagues de terre pétrifiées où la conquête du vert était en marche. À l'arrière-plan, les reliefs se faisaient plus abrupts, révélant des crêtes rocheuses et dentelées annonçant la montagne sauvage. Au-dessus de ce théâtre minéral, le ciel offrait une sensation d'espace et de liberté absolue.

Le spectacle atteignait son apogée avec l'apparition d'une crête escarpée, véritable «Dent du Géant» jaillissant de la terre. Autour de cette mâchoire de pierre, les collines pommelées imposaient leur puissance minérale, révélant les griffures du temps. Pourtant, la douceur des reliefs reprenait ses droits dès que les pentes s'assouplissaient : dans un creux de vallée, un pic s’élevait comme une pyramide naturelle, surveillant le ballet immuable d'un troupeau de moutons sous l'œil vigilant d'un berger fondu dans la pente.

Dans ce paysage brut, le décor, tel un écrin de verdure, se déployait avec une générosité éclatante. De part et d'autre de la chaussée, les vallons tapissés d'un vert tendre étaient parsemés de touches d'or et de l'éclat passionné des coquelicots, créant une mosaïque de textures dont je ne pouvais détacher les yeux. La route, posée en belvédère, offrait une vue plongeante sur une harmonie rurale parfaite.

Sur ce ruban d'asphalte d'un gris bleuté impeccable, véritable invitation au voyage qui ondule avant de s'enfoncer vers les cimes, nous avons croisé un drôle de compagnon de route : un car de ligne dont le capot moteur, largement entrouvert à l'arrière, battait la mesure tel un grand éventail dérisoire. C’était là une ruse de chauffeur bien connue pour apaiser la fièvre de la mécanique malmenée par l'ascension. Dans ce ballet de carapaces d'acier, chacun cherchait son souffle : pendant que ce géant de métal ouvrait sa gueule pour aspirer l'air vif des montagnes, ma propre carapace se délectait en silence de cette brise retrouvée, grimpant sans faiblir vers les nouveaux paradis qui se dessinent déjà à l'horizon. Dans la clarté de cet azur, la vivacité des couleurs nous murmurait la promesse tenue d'un air plus vif, loin, bien loin de la chape de plomb de Marrakech.

Ce chapitre est long, je le concède, mais comment aurais-je pu garder pour moi de tels paysages sans les partager ? Une photo témoigne d'une vue, mais seule l'écriture peut traduire mon ressenti profond. Demain sera une journée de repos bien méritée. Mon cœur, lui, s'évade déjà vers les pirouettes des singes magots qui peuplent les cèdres alentour. Pourront-ils deviner, sous ma carapace, la joie d'une tortue qui a enfin trouvé son jardin de fraîcheur ? L'asphalte fut une épreuve, mais Azrou est notre récompense.

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«Ne demande pas à Dieu la route qui mène au ciel : il risque de t'indiquer la plus difficile...»

Stanisław Jerzy Lec, (1909 - 1966), poète et écrivain polonais

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Vous aimez jouer ? Alors retrouvons-nous le 30 avril pour un nouveau quiz, il y a aura 10 indices. Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.

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Voici mes photos que j'ai déjà décrites :
















Nous voici à Azrou


As-tu vu ? Nous sommes partis ensemble et arrivons en même temps !

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

lundi 27 avril 2026

L'Éveil des Cimes : Entre Vertige et Désillusions

Ce matin, dès l'aube, Marrakech n'était déjà plus qu'une silhouette ocre s'estompant avec nostalgie dans le rétroviseur. Nous avons quitté notre petit village, laissant derrière nous nos précieux gardiens de l'ombre et la chaleur des amis, avant que le soleil ne reprenne son assise de plomb. C’était une fuite nécessaire, un adieu à la fournaise pour offrir enfin à ma carapace le baiser frais et salvateur de l’air matinal.

Alors que les notes vibrantes de «L'avenir» suivies de celles, si opportunes, de «Voyageur» résonnaient dans l’habitacle comme un hymne à la liberté, nous avons dévoré les premiers kilomètres d’asphalte. Le cap était mis vers le Nord-Est, et avec lui, la promesse de découvertes inédites.

Juste avant d'affronter les contreforts montagneux, j'ai aperçu, suspendues dans la brume laiteuse, des montgolfières. Telles des bulles de silence, elles semblaient nous narguer. «Quelle chance !», me suis-je dit. Il me faudra pourtant patienter jusqu'à l'an prochain pour goûter à cette ivresse d'altitude ; après tout, chaque dizaine franchie est un présent qui s'apprécie au sol avant de s'envoler.

Le paysage s’offrait alors dans une splendeur exceptionnelle : un puzzle pharaonique de céréales aux teintes changeantes, bordé de champs de fleurs sauvages, des éclats violets, des touches d'or et le rouge sang des coquelicots. Un chef-d'œuvre éphémère, non signé, offert gratuitement au plaisir des yeux, que j'emporte avec moi comme un trésor dérobé au temps.

Mais la poésie a ses limites, souvent fixées par l'état de la chaussée. En voulant saluer le lac d’Aït El Bakoure, nous avons découvert une route capricieuse, truffée d'aspérités et de bosses. Par endroits, le ruban de bitume se faisait si étroit qu'il ne restait qu'une seule voie pour deux destins. Malgré mes prières, un titan des routes est apparu en sens inverse. Il a fallu jouer les équilibristes, frôlant le bas-côté dans une lenteur de métronome. Quelle ne fut pas notre surprise en atteignant le «camping» promis : une aire de terre battue, pelée, jonchée de scories, sans la moindre ombre salvatrice et avec une électricité fuyant à quarante mètres de là. Un bien grand mot pour un bien triste lieu !

Dans un quiproquo de direction, nous avons gravi la montagne pour mieux la dévaler, entamant malgré nous une circonvolution forcée autour du lac. Si la vue était imprenable, mon chauffeur, lui, était devenu insaisissable dans sa rouspétance ! Nous avons dévoré les lacets, enchaînant les courbes sur une piste que ma carapace aurait volontiers troquée contre un châssis de 4x4.

D’en haut, la perspective changeait de dimension : le monde semblait appartenir aux géants. Les villages, nichés au creux des vallées, apparaissaient minuscules comme des figurines de Playmobil, tandis que la route serpentait tel un fil de soie fragile, suspendu au-dessus du vide abyssal. L'air, plus vif, apportait avec lui l'odeur brute de la roche et de la terre remuée, contrastant avec le grondement sourd de notre moteur qui peinait dans l'ascension.

À Béni Mellal, nos souvenirs de la Gendarmerie Royale et de son parking accueillant ont été balayés par des barrières infranchissables. La ville nous a alors entraînés dans son labyrinthe. Mon lièvre au volant, multipliait les virages à droite et à gauche sous une chaleur redevenue souveraine. Un sauveur providentiel nous a finalement escortés jusqu'à un parc, pour nous apprendre que le repos y était interdit après minuit.

Dépités, mais l'esprit encore plein des images resplendissantes du lac et des parcelles cultivées, nous avons repris le ruban de l'asphalte en direction de Khénifra. C’est finalement sur le bitume anonyme d'une station-service que ma carapace a trouvé son repos pour la nuit. Le luxe est parfois simplement de s'arrêter, loin des précipices, pour laisser les images du jour décanter dans le silence de la nuit.

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«Voyager, c’est s’attendre à l'imprévu et l'accueillir comme un invité de passage.»

Anonyme

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Vous aimez jouer ? Alors retrouvons-nous le 30 avril pour un nouveau quiz, il y a aura 10 indices. Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.

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Mes clichés pèle-mêle : 










Béni Mellal vue d'en haut





Dans la brume du matin

Nous sommes à Kasba Tadla

Il n'était pas content, mais surtout fatigué...


Que les paysages sont magnifiques...

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

dimanche 26 avril 2026

Entre Ciel et Terre : L'Odyssée Marrakchie

Avant de clore définitivement nos bagages, il me faut vous conter notre odyssée d’hier soir. Lovés dans la carapace de nos amis, bercés par les effluves mêlés de nos parfums, sillage élégant où le musc du Lièvre rencontrait les notes fleuries de nos hôtes, nous avons plongé tête baissée dans ce que j'appellerais «l'enfer des boulevards» de Marrakech.

Devant nous, la nuit s'illuminait d'un ruban de lumières rouges, procession de feux arrière défilant en un mouvement perpétuel. Mais c'est dans le sens inverse que la folie pure s’est révélée. Une marée de véhicules s'agglutinait avant chaque rond-point, là où les parterres de fleurs éclatantes semblaient ironiquement paisibles face au chaos. Au milieu de ce tumulte, des policiers, impeccables dans leurs uniformes sombres tranchant sur la blancheur de leurs chemises, s'agitaient pour réguler le trafic, tels des petits poussins courageux égarés dans une basse-cour en plein délire !

La raison de ce séisme urbain ? Le grand stade s'apprêtait à vibrer pour un duel de titans entre Marrakech et Casablanca. Entre les klaxons stridents, nous observions, ébahis, nos congénères entassés comme des sardines dans des bennes ou chevauchant des mobylettes à quatre ou cinq, voire plus, défiant toutes les lois de l'équilibre. Pourtant, sur les terre-pleins verdoyants, le calme régnait : des familles entières, fuyant la chaleur de leurs foyers sans climatisation, dînaient sereinement sur des couvertures à la belle étoile, indifférents au vacarme des moteurs.

Arrivés au cœur de Guéliz, notre chauffeur s'est engouffré dans les entrailles d'un parking souterrain. La descente en colimaçon, digne d'un manège de fête foraine, nous a arraché des rires d'enfants ! Nous visions les sommets : le Sky Bar de «La Renaissance», perché au 7ème étage. Si l'accueil fut décevant, la vue, elle, était absolument impériale.

En nous penchant au-dessus de la balustrade, nous avons été saisis par la perspective du grand boulevard qui s'étirait à nos pieds. L'horizon s'ouvrait sur une mer de toits ocre, ponctuée par la silhouette graphique d'un agave solitaire et les touches mauves des jacarandas en fleurs. Sous cette lumière rasante, les façades s'enflammaient d'un orangé incandescent, transformant la ville en un puzzle de terre cuite baigné d'or. Cette plongée vertigineuse me faisait irrésistiblement penser à la Place de l'Étoile vue du haut de l'Arc de Triomphe : un panorama à 360° où Marrakech semblait nous appartenir, juste avant que la réalité du service ne nous rattrape. Dans ce décor sans nappe, au service fantomatique, il fallut quémander chaque verre, tandis qu'un cendrier débordant de mégots nous servait de centre de table. Le comique de situation atteignit son comble lorsqu'un second serveur nous présenta une carte... pour nous annoncer que rien n'était disponible. Rien de rien.

Dépités mais hilares, nous avons repris notre manège souterrain pour ressortir au «Tire-Bouchon». Quel contraste ! Dès le seuil, la haute façade de verre, rythmée par de fines boiseries, nous a enveloppés de sa lumière ambrée. Les globes de cristal suspendus au plafond semblaient flotter dans l'entrée comme autant de petites lunes d'intérieur. C’est là qu'un portier à la peau sombre et au costume impeccable nous a accueillis. Son sourire, d'une blancheur éclatante, rivalisait avec celle des nappes qui nous attendaient à l'intérieur.

Le ballet des serveurs en noir était un régal de précision. Le premier enchantement vint avec l'entrée : mon avocat aux crevettes, une composition graphique où quatre pièces rosées semblaient danser sur un lit d'avocat onctueux, décoré d'arabesques de balsamique. Puis, l'apothéose arriva avec le plat principal : un filet de bar nacré, dont la peau dorée disparaissait sous une sauce onctueuse et parfumée. Il reposait à côté d'une mousseline de légumes d'une finesse absolue, escorté par un bouquet de légumes du marché, colorés et croquants. Un quartier de citron, tel un éclat de soleil, n'attendait que d'être pressé pour réveiller les saveurs marines. Entre l'œuf poché parfait de mes amis et le foie de veau persillé, ou le filet de bœuf de Phil, les mets étaient aussi succulents que les assiettes étaient copieusement dressées.

La soirée fut une apothéose d'amitié, savourée précieusement avant nos retrouvailles l'an prochain. Mais Marrakech nous réservait un dernier acte, plus sombre et électrique. Pour le retour, le défilé des véhicules avait changé de camp et la tension était montée d'un cran. Sous les éclats blancs des lampes incrustées dans la chaussée, les supporter hurlaient leur joie avec une ferveur paradoxale, car le score final était resté figé sur un nul, zéro à zéro. Ici et là, l'envers du décor nous rattrapait brutalement : les gyrophares des ambulances lacéraient l’air de leurs éclats saccadés, tandis que des policiers s'affairaient autour de tôles froissées et de mobylettes à terre. La ville, dans toute sa fureur, sa violence et sa splendeur, nous criait son dernier adieu.

Ce matin, l’heure n’est plus aux paillettes mais au pragmatisme du départ. Ma carapace se prépare à reprendre la route. Nous rangeons méthodiquement le salon de jardin et enroulons la banne protectrice. Phil, armé d'un seau et d'un balai, a courageusement gravi son échelle pour atteindre le toit ; il en efface le voile de sable déposé par le désert, rendant aux vitres leur horizon limpide. Quant au tapis qui a si bien accueilli nos pas, il est désormais roulé et solidement arrimé sur le porte-vélo, prêt à nous suivre dans nos nouvelles aventures.

J'effectue une dernière vérification dans les coffres pour m'assurer que tout est bien calé : le silence des objets immobiles est le signe du départ imminent. Pour clore cette escale en douceur, les fourneaux resteront éteints. Ce soir, nous nous attablerons une ultime fois au restaurant de notre petit village, savourant la quiétude du lieu avant le grand saut. Nous irons saluer une dernière fois la paillote, dont les lumières changeantes colorent la nuit, et nous imprégner du calme enfin retrouvé de la piscine, miroir immobile sous les étoiles. Phil et moi nous penchons maintenant sur la carte routière du Maroc et le GPS. Le tracé est précis, la direction est prise, mais je garde encore jalousement le secret de notre prochaine escale... à découvrir dans le prochain chapitre.

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«Le voyage, c’est d’aller de soi en soi en passant par les autres.»

Proverbe Touareg

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Vous aimez jouer ? Alors retrouvons-nous le 30 avril pour un nouveau quiz, il y a aura 10 indices. Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.

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Le Sky Bar de «La Renaissance», perché au 7ème étage

En nous penchant au-dessus de la balustrade,
nous avons été saisis par la perspective du grand boulevard
qui s'étirait à nos pieds

Cette plongée vertigineuse me faisait irrésistiblement
penser à la Place de l'Étoile vue du haut de l'Arc de Triomphe

«Tire-Bouchon». Quel contraste !

...mon avocat aux crevettes...

Un filet de bar nacré...

Nouvelle lecture pour Phil

Nous allons faire la route ensemble !

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

samedi 25 avril 2026

L’Ultime Chant de Marrakech

C’est le dernier week-end sous l’ombre bienveillante des jardins de Marrakech. Derrière nous, une parenthèse enchantée où le temps a suspendu son vol, même si, je l’avoue, le thermomètre a parfois joué les apprentis sorciers. J’ai bien cru, lors de certains après-midi incandescents, que ma carapace finirait par fondre tel un caramel oublié au soleil ! Phil, mon lièvre de compagnon, a eu plus de chance : il lui suffisait de se terrer dans quelque recoin ombragé pour échapper à la morsure du jour. Désormais bronzé comme un Dieu antique, il abandonne non sans un pincement au cœur son fauteuil d'arbitre sur le terrain de pétanque, laissant les boules s'entrechoquer sans son verdict.

Je vous ai conté, au fil des jours, ce petit théâtre de la vie : l’odeur de la terre assoiffée qui exalte le parfum des fleurs après l'arrosage, la vapeur fumante d'un thé à la menthe dont les feuilles fraîches dansent dans le verre, et ce gazouillis incessant des oiseaux qui semble ponctuer le clapotis régulier de la piscine. Je garde en mémoire nos incursions dans le labyrinthe de la Médina, la splendeur du Musée de Marrakech ou encore les trésors du Musée du Patrimoine, témoins d'une histoire millénaire. Je revois aussi la cohue indescriptible du centre-ville, ce carrefour vibrant où la population mondiale semble s'être donné rendez-vous, se croisant et se bousculant dans un tourbillon de couleurs et de langues. Au milieu de ce tumulte humain, la valse des voitures dessinait une chorégraphie de carapaces d'acier où l'art de la conduite devenait une gymnastique de haute voltige. Mais je ne voudrais pas risquer l'ennui en vous proposant un medley trop long de nos aventures passées.

Nous emportons avec nous le souvenir précieux de nos «gardiens de l’invisible», ces ombres attentives qui veillent sur le repos des voyageurs. Un immense merci à toute l’équipe de notre petit village ; nous nous apprêtons à quitter un havre pour en rejoindre un autre, un peu plus loin, un peu plus frais. Mais ne nous cherchez pas de demeure fixe : cette fois, c’est l’itinérance qui nous appelle.

Nous abandonnons derrière nous le tapis d’or des mimosas, dont le parfum poudré embaume encore nos adieux. Nous laissons à regret les couleurs flamboyantes des bougainvilliers, la noblesse des rosiers et la silhouette immuable des palmiers et des oliviers qui ont bercé nos journées. Bientôt, le rose tendre des lauriers s'effacera pour laisser place au ruban noir et austère de l’asphalte. Quant à notre destination… je la garde encore précieusement à l’abri de ma coquille. Un peu de mystère est, après tout, le meilleur des bagages pour vous emmener, dès lundi, à la conquête de nouveaux paradis.

Mais avant de clore ce chapitre, une ultime veillée nous attend, comme un bouquet final à notre séjour. L'heure est déjà aux préparatifs. Phil a opté pour une élégance décontractée : un polo d'un blanc immaculé qui soulignera son teint hâlé, rehaussé par les détails subtils d'un col bleu marine. Sur son cœur, une petite ancre brodée semblera déjà lever l'ancre pour lundi, un symbole presque prophétique au-dessus de son jean classique.

Quant à moi, je me parerai d'un bleu infini, hommage royal au ciel marocain, avec un chemisier long au col officier raffiné. Il viendra sublimer une blancheur éclatante : ma jupe juponnée à volants, dont la dentelle délicate semblera avoir capturé la clarté du soleil. On imagine déjà cette fleur de coton onduler au rythme des mélodies d'Abeer Nehme, faisant ressortir l'éclat de ma «peau de bébé» retrouvée. C’est une tenue de «Reine de la Médina» pour cette dernière escale, un dernier éclat de rire partagé avant que nous ne pliions bagages, rangeant tapis, tables et chaises, demain, pour nous envoler vers de nouveaux horizons lundi... Je vous en conterai chaque détail dans mon prochain chapitre.

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«Le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité comme pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve.»

Guy de Maupassant (1850 – 1893), écrivain et journaliste littéraire français

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Vous aviez les 13 indices du quiz, avez-vous trouver la solution ? Je vous rappelle les indices :

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.
  4. Je suis un réservoir vivant.
  5. Ma silhouette est en forme de «bouteille».
  6. Mes fleurs blanches ne s'ouvrent qu'à la tombée de la nuit pour être pollinisées par des chauves-souris.
  7. Je sers de lieu de justice et de réunion pour le village.
  8. Mon fruit est comestible et très nutritif est populairement appelé le «pain de singe».
  9. Aujourd'hui, certaines de mes espèces déclinent à cause de la consanguinité et du changement climatique.
  10. Mes origines sont de Madagascar.
  11. Mon surnom malgache est «Reny ala».
  12. Mon nom scientifique est Adansonia.
  13. Je suis une source de vie.

Je ne suis pas un accent circonflexe ^, ni la cataracte, ni le soleil, ni le temps, ni l'univers, ni l’œil, ni la terre, ni la mer, ni le chêne, ni le tilleul, pas plus l'orme ou encore de la vanille.

Mais, je suis bien le baobab

Bravo Brigitte, Ahmed, Francine, Amédée, Blandine, Lysiane et toutes les personnes qui se reconnaîtront.

Surnommé «l’arbre à l’envers» pour ses branches qui, à la saison sèche, semblent implorer le ciel comme des racines nues, le baobab (Adansonia digitata) est un titan millénaire. Véritable géant de l'Afrique et de Madagascar, ce monument végétal peut traverser les siècles jusqu’à 1.200 ans. Son histoire s’ancre dans la terre profonde il y a plus de 20 millions d’années, bien que ses racines génétiques remontent, selon les dernières études, à une lignée née il y a 41 millions d'années sur l’Île Rouge.

Sa silhouette, massive et insolite, cache un secret de survie : un tronc spongieux et fibreux, véritable éponge vivante capable d’emprisonner jusqu’à 120.000 litres d’eau. Cette réserve prodigieuse (environ 650 litres par mètre cube de bois) lui permet de défier les brûlures de l'aridité. Revêtu d’une écorce lisse aux reflets bleutés, son tronc en forme de bouteille peut atteindre 25 mètres de haut et plus de 20 mètres de circonférence. À ses pieds, ses racines s’étirent comme de longs bras invisibles jusqu’à 50 mètres du tronc, puisant la moindre rosée à fleur de terre.

Baptisé Adansonia par le botaniste Michel Adanson au XVIIIe siècle, il tire son nom vernaculaire de l’arabe «bu hibab», le fruit aux mille graines. À la nuit tombée, il déploie de grandes fleurs blanches pendantes, dont le nectar attire les chauves-souris, ses fidèles pollinisateurs nocturnes. Il offre ensuite le «pain de singe», une capsule à la pulpe généreuse et nutritive, trésor de bienfaits pour les populations locales.

Au-delà du végétal, le baobab est une âme. «Reny ala» (la mère de la forêt) pour les Malgaches, il est le pilier central du village africain : arbre à palabres, lieu de justice et de cohésion, il est vénéré comme un dieu protecteur, symbole d’une force immuable.

Pourtant, ce colosse est fragile. Si Madagascar est le berceau originel d'où les espèces ont migré vers l'Australie (A. gregorii) et l'Afrique (A. digitata), certaines souches comme A. suarezensis et A. grandidieri s'étiolent aujourd'hui. Menacées par le déclin génétique et les soubresauts du climat, ces sentinelles appellent désormais à notre protection pour ne pas s'effacer de l'horizon malgache.

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Vous aimez jouer ? Alors retrouvons-nous le 30 avril pour un nouveau quiz, il y a aura 10 indices.

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 Le lièvre délaisse ses boules de pétanque, la tortue sort de sa carapace...
Attention Marrakech, le duo de choc arrive !

Pour accompagner ce crépuscule, j'ai choisi les notes de "Lama Bada Yatathana" ("Quand elle s'est mise à onduler"). Interprété par la voix sublime d'Abeer Nehme, ce muwashshah andalou raconte la fascination éperdue d'un homme devant la grâce provocante d'une femme. Une mélodie millénaire qui semble ici faire écho à la splendeur éternelle de Marrakech. 

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

vendredi 24 avril 2026

Éclats d'Or et Peau de Soie

Hier soir, aux alentours de vingt heures trente, le ciel semblait hésiter entre la lourdeur du jour et la fraîcheur de la nuit. Un immense voile laiteux, d'un bleu pâle et vaporeux, recouvrait l'immensité, emprisonnant encore les derniers vestiges de la fournaise. Puis, soudain, le spectacle a commencé : à travers les déchirures d'une couverture cotonneuse, des rayons crépusculaires ont jailli en plusieurs points, tels des éclats d'or perçant la grisaille. Cette lumière incandescente, filtrée par les nuages, annonçait enfin la fin d'un long calvaire météorologique.

Car durant une interminable huitaine, le soleil s’était comporté comme un monarque tyrannique, transformant l’atmosphère de Marrakech en une chape de plomb. L’azur limpide de mes souvenirs avait capitulé, enseveli sous une couverture de sable saharien qui donnait au ciel des airs de parchemin poussiéreux. Ma pauvre carapace de tortue urbaine n’était plus qu’un four portatif ! Fort heureusement, le mercure a fini par daigner redescendre de son piédestal pour se stabiliser à un vingt-cinq degrés presque civilisé. Enfin, je pouvais respirer. Un répit de courte durée, hélas, car ma grenouille météo, cette petite prophétesse de malheur, coasse déjà que les jours à venir seront tout aussi harassants. C'est pourquoi, dès l'aube de la semaine prochaine, nous avons décidé de fuir cette fournaise. Nous reprendrons notre route vers le Nord, en quête de fraîcheur, impatients de débusquer de nouveaux paradis et de vous en conter les merveilles.

Sentant que ma «carrosserie» avait perdu de son lustre, j’ai décidé hier qu'un ravalement de façade s'imposait. Pour m'accompagner dans cette aventure, il me fallait mon alliée de toujours, cette amie dont la présence seule suffit à transformer une simple sortie en un moment de grâce. Ensemble, nous avons poussé la porte du hammam, ce sanctuaire de marbre où l’eau est reine. En franchissant le seuil, on plonge dans une institution séculaire, héritière des thermes romains et byzantins, que les conquérants arabes ont magnifiée dès le VIIe siècle pour en faire un lieu de purification du corps et de l'âme.

L’expérience fut tonique. Une tayaba aux poignets d’acier s’est emparée de mon sort. Armée de son gant de crin et d’un savon noir à l’odeur sombre et huileuse d’olive pressée, elle a entrepris de polir ma coquille avec une ferveur quasi archéologique. Entre deux jets d’eau qui s’écrasaient sur le marbre avec un fracas de cascade, je voyais passer des silhouettes vaporeuses, nimbées de brume, telles des nymphes perdues dans un brouillard d’eucalyptus. Après avoir poussé une porte vitrée embuée, la chaleur intense du sauna m'a saisie, achevant de dissoudre mes dernières tensions.

Une fois ma structure «lustrée» et mon esprit apaisé, mon amie et moi avons trouvé refuge à la terrasse d’un restaurant, abritées sous un large auvent protecteur. C’était un véritable jardin suspendu : entre les tables, une cascade de fleurs éclatantes et de plantes d’un vert luxuriant créait un cocon de fraîcheur végétale. Le charme de l’endroit tenait aussi à notre hôte : un jeune serveur marocain, au teint délicieusement basané, dont les yeux d’un vert clair magnétique semblaient avoir volé leurs nuances au feuillage environnant. Avec une grâce de danseur, il a déposé devant nous le réconfort pur : le parfum beurré d'une crêpe chaude et la fraîcheur vive d’un jus de concombre frappé.

Mais le plus beau cadeau de cette journée fut le regard de Phil, mon lièvre. En me découvrant ainsi, rayonnante et sereine, il n'a pu cacher son plaisir. Ma peau, retrouvant sa douceur de bébé sous sa main, témoignait de cette renaissance. Cette journée n'a pas seulement nettoyé mon corps ; elle a nourri mes liens les plus chers, laissant derrière elle un sillage de tendresse et de lumière.

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«Gardez bien en vous ce trésor, la gentillesse. Sachez donner sans hésitation, perdre sans regret, acquérir sans mesquinerie.»

George Sand , nom de plume d'Aurore Dupin ( 1804 – 1876), romancière, dramaturge, épistolière, critique littéraire, journaliste et peintre française

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Vous avez les 13 indices du quiz, avez-vous la solution ? Le résultat sera en ligne demain.

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.
  4. Je suis un réservoir vivant.
  5. Ma silhouette est en forme de «bouteille».
  6. Mes fleurs blanches ne s'ouvrent qu'à la tombée de la nuit pour être pollinisées par des chauves-souris.
  7. Je sers de lieu de justice et de réunion pour le village.
  8. Mon fruit est comestible et très nutritif est populairement appelé le «pain de singe».
  9. Aujourd'hui, certaines de mes espèces déclinent à cause de la consanguinité et du changement climatique.
  10. Mes origines sont de Madagascar.
  11. Mon surnom malgache est «Reny ala».
  12. Mon nom scientifique est Adansonia.
  13. Je suis une source de vie.

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Le ciel semblait hésiter entre la lourdeur du jour et la fraîcheur de la nuit

Des rayons crépusculaires ont jailli en plusieurs points,
tels des éclats d'or perçant la grisaille.

Nous sommes resplendissantes avec ce hammam

Oh que tu es belle et douce !

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

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