jeudi 21 mai 2026

Une coquille oubliée dans le sable

Aujourd’hui, le soleil a cette insolence douce des jours déjà pleins de lumière.

Mon lièvre sommeille à l’ombre d’un sapin, abandonné à un transat trop confortable, tandis que le linge, fraîchement lavé, bat au vent comme une joyeuse rumeur de vacances.

Dans la salle des machines, les hublots dessinent des mondes en rotation lente. Le linge y voyage comme de petites embarcations ballottées dans une eau savonneuse, accompagnées par ce grondement sourd et rassurant que connaissent bien les voyageurs de la route.

À proximité, d’autres rythmes s’entremêlent : une voix qui compte, des pas qui s’ajustent, des éclats d’enfance qui apprennent à flotter entre deux consignes. La vie, simplement, dans ses gestes répétés.

Plus tard, sur le chemin du retour, les couleurs sèchent au soleil, rouges, bleues, fleuries, suspendues entre ciel et terre comme une parenthèse lumineuse.

La journée, elle, se déploie sans urgence.

Des voyageurs, hier, ont croisé notre route. Leur maison roulante s’était laissée surprendre par le sable. Phil et moi avons prêté main forte à ce léger désordre du chemin, comme on le fait sans y penser, entre deux haltes.

En échange, une invitation nous a été offerte pour le soir. J’y répondrai avec simplicité, fidèle à mes habitudes silencieuses.

Quant à moi, entre deux pages d’un autre temps, Singapour, 1942, je poursuis mon propre récit dans le carnet vert qui ne me quitte jamais.

Et cette pensée revient, douce et insistante :le voyage demande-t-il vraiment plus de pages… ou seulement plus de temps ?

***

«Il faut du temps pour apprécier les choses simples.»

Marguerite Duras, nom de plume de Marguerite Donnadieu (1914 – 1996),

écrivaine, dramaturge, scénariste et réalisatrice française

***

Voici le dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 23 mai, samedi.

  1. Rare en Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en Finlande, et historiquement en Espagne.
  2. Je suis si malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée en un fil de plusieurs kilomètres.
  3. Ma structure atomique me rend quasi indestructible : je suis inoxydable et je résiste à presque tous les acides.
  4. J'ai longtemps servi de «langage silencieux» pour marquer l'appartenance aux classes sociales les plus privilégiées.
  5. Je nais dans les filons de quartz profonds avant d'être libéré par les mouvements tectoniques et l'érosion.
  6. Considéré comme la «chair des dieux», j'étais sculpté en masques funéraires pour garantir l'immortalité des rois.
  7. Ma densité très élevée permet de me piéger au fond d'un récipient en me séparant du sable par lavage.

***

Mon précieux carnet
Chut !

Ah c'est bientôt fini...

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

mercredi 20 mai 2026

Le Boudigau et les amis de passage

Capbreton est réputée pour ses séjours iodés entre océan et pins maritimes, mais cette fois nous n’y faisons qu’une courte halte. Il faut dire que nous connaissons déjà bien la région pour l’avoir tant de fois parcourue à vélo à l’automne, les mollets chauffés par les longues pistes landaises et le parfum résineux des forêts nous accompagnant à chaque détour.

Quel bonheur pourtant de retrouver ici une chose toute simple : parler sans chercher ses mots au fond d’un dictionnaire invisible. Après des mois passés à jongler avec les langues étrangères, entendre autour de soi des conversations familières ressemble presque à des vacances.

Et puis il y a les amis de passage. Eux descendent vers le Sud pendant que nous remontons obstinément vers le Nord, comme deux courants migrateurs se croisant le temps d’une marée. Pendant que nous parlions lectures, écriture et souvenirs de voyage, les hommes faisaient s’entrechoquer leurs boules de pétanque dans un joyeux concert métallique sous le soleil landais.

Pour rejoindre le restaurant, il nous fallait franchir le Boudigau. Comme souvent, je me suis arrêtée quelques instants. Impossible de résister à cette rivière paisible glissant entre les pins et les herbes folles. Son eau sombre reflétait le ciel pâle tandis que quelques rides de vent froissaient doucement sa surface. Mon lièvre, lui, hésitait entre contempler le paysage et rejoindre rapidement le restaurant. Mais chez les lièvres, l’appel de l’estomac finit souvent par gagner la course.

Dans les rues de Capbreton, les vitrines lumineuses succédaient aux odeurs chaudes de boulangerie. Je n’ai d’ailleurs pas résisté à un petit haut bleu marine aperçu dans une boutique avant de rejoindre nos amis au restaurant «La Place».

Pendant que les garçons savouraient leur bœuf façon thaï et que mon amie dégustait des chipirons, je me régalais d’un filet de merlu accompagné d’une purée de pommes de terre délicieuse. Quant au fondant au chocolat dont je rêvais… des gourmands étaient passés avant moi. Je me suis donc consolée avec une généreuse gaufre nappée de chocolat.

Autour de nous, les verres tintaient, les conversations se mêlaient au frottement des chaises sur la terrasse ensoleillée, tandis que la jeune serveuse virevoltait entre les tables avec une gentillesse naturelle qui rendait l’instant encore plus agréable.

Finalement, ce déjeuner avait surtout le goût des retrouvailles et de ces moments simples que seuls les vrais amis savent encore offrir.

Nous resterons ici quelques jours encore, sous les pins et les cris des mouettes.

Puis dimanche, ma carapace reprendra doucement la route.

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«Voyager est un triple plaisir : l’attente, l’éblouissement et le souvenir.»

Ilka Chase (1905 – 1978), actrice

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Voici le dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 23 mai.

  1. Rare en Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en Finlande, et historiquement en Espagne.
  2. Je suis si malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée en un fil de plusieurs kilomètres.
  3. Ma structure atomique me rend quasi indestructible : je suis inoxydable et je résiste à presque tous les acides.
  4. J'ai longtemps servi de «langage silencieux» pour marquer l'appartenance aux classes sociales les plus privilégiées.
  5. Je nais dans les filons de quartz profonds avant d'être libéré par les mouvements tectoniques et l'érosion.
  6. Considéré comme la «chair des dieux», j'étais sculpté en masques funéraires pour garantir l'immortalité des rois.

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Dans les rues de Capbreton

Une belle vitrine

Le Boudigau


Mon filet de poisson sur un lit de purée de pommes de terre

Plus de fondant au chocolat !


Tu pointes ou tu tires ?

Regarde, j'ai vraiment aimé ce livre.

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

mardi 19 mai 2026

La France, enfin !

Il était à peine huit heures lorsque ma carapace a repris le ruban noir de l’autoroute, toujours vers le Nord.

La nuit n’avait pas été très paisible. Entre les entrepôts et les hangars commerciaux, ma carapace a somnolé au son des poids lourds. Dès l’aube, les chariots élévateurs entamaient leur danse métallique sous les néons blafards, déchargeant déjà les marchandises qui, quelques heures plus tard, attendraient bien sagement dans les rayons des supermarchés.

Les yeux encore chargés de sommeil, j’avais programmé le GPS avec la précision d’une vieille horloge suisse : direction Capbreton. La France.

Et puis, il faut bien l’avouer, l’autoroute ménage davantage les forces de ma carapace. Avec le prix du carburant qui grimpe plus vite qu’un lièvre apeuré, elle préfère désormais les longues lignes droites aux détours trop gourmands.

Mon précieux carnet vert posé sur les genoux, un crayon de bois serré entre les doigts, je regardais défiler le paysage derrière le pare-brise. Je guettais les panneaux afin de confirmer à mon lièvre que le GPS ne nous égarait pas.

L’autoroute, toujours l’autoroute… Des camions. Encore des camions. Certains si immenses que ma carapace semblait soudain minuscule à côté d’eux. Les pneus ronflaient sur le goudron déjà tiède et cette odeur d’asphalte chaud annonçait les longs kilomètres de voyage.

Puis les Pyrénées sont apparues. Immenses. Boisées. Presque irréelles sous le ciel pâle. L’autoroute serpentait entre les montagnes, suspendue parfois sur de hauts viaducs, comme une fragile cicatrice tracée par l’homme au cœur de la roche.

Et moi, petite tortue derrière ma vitre, je regardais ce spectacle avec les yeux émerveillés d’un enfant.

Enfin, un panneau surgit : «Francia». Je crois que mon cœur a battu un peu plus fort.

Quelques kilomètres plus loin, les Landes nous accueillirent avec leur odeur reconnaissable entre mille : celle des pins chauffés par le soleil, des vacances et des longues promenades sous les aiguilles sèches. La route s’enfonçait désormais sous une cathédrale de verdure où la lumière jouait avec les feuillages.

Et nous voici enfin arrivés à Capbreton, dans les Landes.

Ma carapace va pouvoir se reposer quelques jours sous les pins en écoutant le bruissement des vagues qui me manquaient tant, pendant que moi, fidèle tortue au carnet vert, je continuerai de remplir mes pages d’odeurs, de lumière, de souvenirs… et de petites aventures à venir.

Mais tout cela n’est encore qu’une esquisse. Une simple toile préparatoire seulement. Car la véritable galerie prendra vie plus tard, dans mon roman… Je ne vais tout de même pas dévoiler toutes mes couleurs dès aujourd’hui.

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«Le vrai voyageur ne sait pas où il va.»

Paul Morand (1888 – 1976), écrivain, diplomate et académicien français.

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Voici le dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 23 mai.

  1. Rare en Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en Finlande, et historiquement en Espagne.
  2. Je suis si malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée en un fil de plusieurs kilomètres.
  3. Ma structure atomique me rend quasi indestructible : je suis inoxydable et je résiste à presque tous les acides.
  4. J'ai longtemps servi de «langage silencieux» pour marquer l'appartenance aux classes sociales les plus privilégiées.
  5. Je nais dans les filons de quartz profonds avant d'être libéré par les mouvements tectoniques et l'érosion.

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Enfin, la France !


Oh Paris est encore loin.
Mais... Je n'habite pas la capitale.

Les Landes

Nous sommes à Capbreton


La route est longue pour traverser l'Espagne

Mais où vas-tu ainsi, tu ne gardes pas des moutons...

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

lundi 18 mai 2026

Une nuit encore avant la France

Bien reposés, ma carapace parfaitement refroidie après la route de la veille, nous reprenions l’autovía espagnole toujours en direction du Nord. La France semble désormais presque à portée de roues.

Et la route continuait de dérouler son long ruban gris sous nos yeux. Moi, fidèle tortue curieuse, je passais mon temps à regarder partout à la fois : à droite par la fenêtre, à gauche derrière les glissières, puis droit devant à travers le pare-brise, de peur de laisser s’échapper la moindre belle image.

Il faut dire que j’ai une confiance absolue en mon lièvre chauffeur. Avant même le départ, j’avais déjà réglé le GPS avec le sérieux d’un capitaine préparant sa traversée. Je pouvais donc me distraire sans inquiétude, levant à peine parfois les yeux de mon précieux carnet vert où je griffonnais les souvenirs du voyage pendant que les paysages défilaient comme des pages tournées par le vent.

Par endroits, les ceps de vigne s’alignaient au cordeau comme de petits soldats disciplinés sous le ciel d’hiver. Ces sarments noueux donneront bientôt le grenache, ce raisin généreux capable d’offrir des vins rouges puissants, colorés et chaleureux, presque aussi bavards que les Espagnols croisés sur les places des villages.

Au centre de la voie rapide, des bouquets de genêts jaunes dansaient sous le souffle des véhicules. À chaque passage de camion ou de voiture, leurs branches frémissaient comme si ces fleurs sauvages nous saluaient poliment au bord du chemin pour nous souhaiter buena ruta.

À Nava del Rey, de grands arroseurs déployaient leurs longs bras métalliques au-dessus des cultures récemment plantées. L’eau jaillissait en pluie fine dans un léger cliquetis régulier, et durant quelques secondes j’imaginais presque ma carapace traversant cette douche géante comme une tortue trop curieuse passant sous un orage volontaire.

À l’entrée de Burgos, de vastes garages automobiles étalaient des rangées entières de véhicules brillants sur leurs parkings. Vue de ma hauteur, cette accumulation de voitures miniatures me ramènait brusquement des années en arrière : on aurait dit le garage de mon petit frère lorsqu’il alignait soigneusement ses voitures en plastique sur la moquette du salon avant de provoquer un gigantesque accident imaginaire.

Puis la nature a repris doucement ses droits. Nous longions un moment le canal de Castille dont les eaux calmes glissaient silencieusement entre les herbes sauvages. L’air semblait soudain plus frais, presque humide, chargé d’une légère odeur de terre et de mousse.

Dans les champs déjà moissonnés, les agriculteurs ont laissé derrière eux d’énormes ballots de paille enrubannés de blanc. Éparpillés dans les plaines, ils ressemblaient à de gigantesques champignons poussés pendant la nuit sous la rosée espagnole.

Et peu à peu, au loin, les montagnes apparaissaient enfin. Les Pyrénées.

Sous un ciel couleur d’acier, des nuages blancs reposaient sur les sommets comme de la laine oubliée par le vent. Les pentes verdoyantes semblaient couvertes d’un velours épais où venaient s’accrocher des plaques de lumière pâle.

Soudain, sur le bas-côté, une semi-remorque couchée sur le flanc surgissait dans notre champ de vision. Dans cette position étrange, elle paraissait démesurée, presque irréelle. Le silence s’installait quelques secondes dans l’habitacle. J’espèrais seulement que son chauffeur s’en est sorti sans blessure.

La route devenait alors plus sinueuse et s’enfonçait au cœur d’un paysage montagneux spectaculaire. D’immenses falaises grises, striées de jaune ocre et de rouille, encadraient désormais notre chemin. Par endroits, des arbustes courageux et des herbes sauvages s’accrochaient dans les fissures de la roche comme pour empêcher la montagne de s’effondrer dans le vide.

Deux tunnels perçaient soudain la masse rocheuse, l’un pour chaque sens de circulation. Nous nous sommes engouffrés dans le nôtre. Pendant quelques instants, la lumière du jour a disparu, remplacée par les lueurs pâles des lampes suspendues au plafond et le grondement sourd des pneus résonnant contre les parois sombres.

Puis la lumière a réapparu brusquement. La circulation est devenue plus dense. Des camions immatriculés de tous les pays valsaient entre voitures, poids-lourds et carapaces voyageuses comme la mienne. Nous sommes lundi, après un long week-end de l’Ascension, il faut dire que le travail a repris.

Et déjà, Miranda de Ebro nous a accueillis pour une nouvelle halte. Une pause. Une nuit de repos encore.

Demain, ma carapace franchira la frontière française.

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«Voyager, c’est donner un sens au hasard.»

Nicolas Bouvier (1929 - 1998) ,écrivain, photographe, iconographe et voyageur suisse

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Voici le dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 23 mai.

  1. Rare en Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en Finlande, et historiquement en Espagne.
  2. Je suis si malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée en un fil de plusieurs kilomètres.
  3. Ma structure atomique me rend quasi indestructible : je suis inoxydable et je résiste à presque tous les acides.
  4. J'ai longtemps servi de «langage silencieux» pour marquer l'appartenance aux classes sociales les plus privilégiées.

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Nous voici à Miranda de Ebro



Nouvelle lecture pour chacun

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

dimanche 17 mai 2026

Le taureau, les vaches et nous

Le lièvre et moi étions si fatigués hier soir après les quatre cent trente kilomètres avalés depuis Monesterio, nous avons décidé de prolonger un peu notre escale à Alaejos.

Et finalement, nous avons bien fait. Car en fin d’après-midi, alors que le vent faisait doucement claquer les volets du village une agitation étrange s’est soudain emparée des alentours de ma carapace.

Des groupes entiers arrivaient de toutes les rues, parlant fort, riant, s’interpellant d’un trottoir à l’autre dans cette langue espagnole qui chante autant qu’elle claque. Je ne comprenais pas un mot, mais les voix montaient dans l’air avec une telle énergie qu’il était impossible de ne pas se laisser entraîner par le mouvement.

Tout près de nous, de lourdes barrières de fer avaient été solidement fixées le long de la chaussée, formant un étrange couloir qui menait jusqu’aux arènes. Alors nous avons suivi la foule. Pourquoi pas, après tout ?

Nous avons franchi les grandes portes cintrées de l’enceinte avant de grimper lentement les marches de béton menant aux tribunes circulaires. Là-haut, le spectacle avait déjà commencé avant même l’entrée des animaux. Autour de l'enceinte, les planches rouges et blanches des barricades de bois attendaient la cavalcade à venir.

Le sable jaune de l’arène semblait fraîchement peigné comme une immense plage miniature. Les bancs en béton, eux, étaient durs, froids, et particulièrement peu accueillants pour les postérieurs délicats des tortues et lièvres voyageurs. Je voyais certains prévoyants déposer un coussin jaune sous leur fessier.

Autour de nous, les gens continuaient d’arriver dans un joyeux désordre. Des enfants couraient entre les rangées, des hommes levaient leurs gobelets de bière en parlant toujours plus fort que leurs voisins, tandis que le vent léger mélangeait les odeurs de tabac, de lessive de vêtements fraîchement lavés, de bière, de poussière sèche et de parfums un peu trop généreusement versés pour la fête. Des cris éclataient parfois au milieu de la foule avant de rebondir de l'autre côté de l'arène. Des embrassades de familles ou d'amis, des retrouvailles de personnes qui s'arrêtaient devant nous, nous empêchant de voir le spectacle.

Puis soudain, la foule s’est levée et s’est regroupée autour des murs de l'enceinte. Penchés, nous avons aperçu une bétaillère verte approcher. À l’intérieur, des sabots frappaient les parois métalliques dans un vacarme sourd. Mais rien n'est sorti de l'habitacle.

Nous nous sommes réinstallés sur nos bancs inconfortables et attendus. Longtemps, longtemps sans comprendre l'organisation.

Enfin, des hommes et de jeunes sportifs s'éparpillaient au centre de l'arène. Que va-t-il se passer ? Un taureau marron, la langue pendante, entra finalement dans l’arène sous les applaudissements. Aussitôt, les jeunes sportifs se mirent à courir autour de lui. Le taureau tapait le sol d'un sabot et baissait la tête avant de charger. Certains brandissaient de longs bâtons, d’autres tentaient simplement d’approcher l’animal avant de détaler à toute vitesse. Il suffisait qu’un plus téméraire effleure la tête du taureau pour que toute la foule se lève comme un seul homme dans un tonnerre de cris : Olé ! Et alors les coureurs bondissaient lestement par-dessus les barricades rouges et blanches avec une agilité de chats poursuivis par un aspirateur furieux. C'était drôle et enfantin.

Je l’avoue, durant une seconde, j’ai craint le pire. Si une véritable corrida avait commencé, je serais repartie aussitôt. Mais ici, il ne s’agissait pas de cela. Plutôt d’un étrange jeu populaire, quelque part entre le défi sportif, la fête de village… et une cour de récréation géante.

Le taureau est reparti par la même porte en abandonnant des traces de ses sabots sur le sable jaune.

Mais le plus surprenant restait encore à venir. Trois magnifiques vaches marron et blanches aux regards étonnamment paisibles firent soudain leur entrée dans l’arène, avançant tranquillement avec une cloche suspendue sous le poitrail. On aurait dit des reines de village venant ouvrir une fête de printemps.

Je me suis aussitôt fait une réflexion très sérieuse : dans Intervilles, les vaches n’avaient jamais de cloches. Guy Lux m’aurait donc menti pendant toutes ces années.

Le taureau, lui, avait déjà disparu au loin. Les trois vaches traversèrent simplement l’arène d’un pas placide avant de ressortir presque aussitôt de l’autre côté, laissant derrière elles mon interrogation : que venaient-elles faire ? Étaient-elles échappées d'un champ voisin...

Et toute cette agitation, tous ces cris, cette poussière, ces «olé !», ce vent tiède chargé d’odeurs de fumée de tabac, de bière et de fête… finirent doucement par retomber sur Alaejos avec le soir.

Je dois l’avouer, c’était aussi absurde qu’enfantin… et finalement assez drôle à regarder.

Nous avons laissé la foule, il me semble qu'elle allait dans les rues protégées de barrières pour voir les jeunes audacieux courir après les bovins.

Nous avons préféré retourner dans ma carapace pour regarder l’Eurovision en espérant voir notre jeune représentante française âgée seulement de 17 ans arriver dans les dix premiers. Mais la nuit a été écourtée par la déception de voir Monroe terminer seulement onzième avec sa chanson «Regarde !». j'étais déçue par les notes des spectateurs, car avec 144 points de la part du jury, elle était placée 4ème.

Aujourd’hui, nous nous sommes promenés sous le soleil dans les rues presque désertes du village. J’imaginais encore les échos des “olé !” rebondissant contre les murs de briques rouges, tandis que nos pas résonnaient doucement sur les pavés.

Demain, nous reprendrons la route, toujours vers le nord. La France nous tend les bras.

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«Le voyageur voit ce qu’il voit, le touriste voit ce qu’il est venu voir..»

Marcel Proust (1871 – 1922), écrivain français

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Voici le dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 23 mai.

  1. Rare en Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en Finlande, et historiquement en Espagne.
  2. Je suis si malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée en un fil de plusieurs kilomètres.
  3. Ma structure atomique me rend quasi indestructible : je suis inoxydable et je résiste à presque tous les acides.

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...de lourdes barrières de fer avaient été
solidement fixées le long de la chaussée

Le sable jaune de l’arène semblait fraîchement peigné

...Une bétaillère verte...

... Des hommes et de jeunes sportifs s'éparpillaient au centre de l'arène.

«olé !»

Trois magnifiques vaches

Regardez bien leur cloches...

Elles retournent au pré

les rues presque désertes du village





N'oublie pas qu'il a des cornes !

C'était drôle !

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

samedi 16 mai 2026

Quand la route raconte déjà l’histoire

À sept heures, le jour hésitait encore à sortir de son lit lorsque nous avons repris la route. Une lumière pâle glissait doucement sur les collines espagnoles tandis que ma fidèle Carapace ronronnait déjà sur les méandres de l’autovía, toujours en direction du Nord.

Mon lièvre, fidèle à lui-même, conduisait avec ce mélange de sérieux tranquille et de patience infinie qui fait de lui un capitaine remarquable. Les deux mains solidement accrochées au volant… enfin presque. Car de temps à autre, l’une d’elles s’échappait vers le levier de vitesse ou allait chatouiller le commodo d’un clignotant, comme un pianiste distrait retrouvant ses touches familières.

Moi, bien installée à mon poste de copilote, poste hautement stratégique, cela va sans dire, je donnais mes ordres au GPS qui, avec sa voix monocorde de maîtresse d’école fatiguée, nous guidait inlassablement vers Alaejos.

Autour de moi régnait mon joyeux désordre organisé : la carte routière dépliée à moitié sur les genoux, mon précieux carnet vert en équilibre instable, un crayon bien taillé glissé entre ses pages comme un marque-page improvisé, et l’appareil photo prêt à être dégainé au moindre coup de cœur.

La route, elle, déroulait son interminable ruban gris sous un ciel devenu d’un bleu éclatant. Par endroits, les bords de campagne semblaient avoir explosé en couleurs : des coquelicots rouges dansaient dans les hautes herbes au rythme du vent, des arbustes jaune vif accrochaient les premiers rayons du matin, tandis que surgissaient parfois, au détour d’un talus, des touches de rose fuchsia presque insolentes sous cette lumière espagnole.

Les fenêtres entrouvertes laissaient entrer les parfums changeants du voyage : l’odeur douce des fleurs sauvages chauffées par le soleil, celle des champs encore perlés de rosée… puis soudain, à l’approche des villes, un souffle plus âpre de gasoil et d’asphalte chaud. Tout autour de nous résonnait la musique familière de la route : le grondement sourd des camions que nous doublions lentement, le vent glissant contre la carrosserie de ma Carapace, et parfois, très haut dans le ciel immense de Castille, le passage d’un avion traçant une fine cicatrice blanche au-dessus de nos têtes.

Et lorsque nous avons franchi le pont au-dessus du Rio Tajo, je suis restée quelques instants silencieuse à regarder le soleil se mirer dans l’eau, comme si le fleuve lui-même emportait doucement avec lui un petit morceau de notre voyage.

Attentifs à la route et aux paysages qui défilaient comme des pages tournées par le vent, nous sommes finalement arrivés à destination à midi, baignés d’un soleil radieux.

La route reste longue encore. Non pas pour découvrir une Espagne que nous connaissons déjà du nord au sud et d’ouest en est, mais pour la traverser, d’Algéciras jusqu’aux Pyrénées françaises, comme on tourne les pages d’un livre déjà aimé.

Et les détails, me demanderez-vous ? Ils sont soigneusement consignés dans mon roman…

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«Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.»

Marcel Proust (1871 – 1922), écrivain français

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Voici le dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 23 mai.

  1. Rare en Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en Finlande, et historiquement en Espagne.
  2. Je suis si malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée en un fil de plusieurs kilomètres.

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Le jour hésitait encore à sortir de son lit 



les bords semblaient avoir explosé en couleurs

Le Rio Tajo

Nous voici à Alaejos

Ce soleil m'éblouit !


Doucement, je prends une photo !


Elle va nous représenter ce soir au concours de l'Eurovision, j'espère que la France va gagner !

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

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