Hier, l'atmosphère était d'une lourdeur presque indécente. L'air, figé, pesait sur les épaules comme une chape de plomb, et le mercure grimpait avec une insolence digne des mois de braise. Sous les rayons piquants, je craignais sincèrement que ma carapace ne finisse par fondre, se liquéfiant sur le sol de Marrakech. L'orage menaçait, l'épuisement était total. Pourtant, à la tombée de la nuit, le ciel s'est mué en un chef-d'œuvre multicolore, une toile qu'un artiste peintre contemporain aurait signée d'un geste d'or : des bleus électriques télescopaient des roses poudrés, des rouges sang et des verts improbables. Je suis restée dépitée, trop harassée pour courir chercher mon appareil photo. Ce matin, le tableau avait déjà été «vendu» par le temps et, avait disparu.
Mais aujourd'hui, le miracle a eu lieu : 20 degrés au compteur et un vent salvateur qui permet enfin de gonfler les poumons. Chaque matin, sauf le vendredi, jour sacré, le village s'éveille au rythme du primeur. Son pick-up, véritable vaisseau bigarré, remplace désormais la vieille charrette et son étalon parti galoper au paradis des chevaux. Dès son arrivée, c’est le branle-bas de combat. Les tortues et les lièvres quittent leurs abris pour se regrouper autour de la caisse bringuebalante. C’est un véritable mélange linguistique : les «Salam» se mêlent aux «Guten Morgen», aux «Buen día», aux «Good morning» et aux «Bonjour», dans un brouhaha joyeux que les oiseaux peinent à couvrir de leurs gazouillis.
Je saisis ma panière, noblement tachée par le sable, et j'entre dans la danse. Ici, le commerce est une affaire de confiance. Mon œil est d’abord captivé par l’éclat des citrons dont l’écorce semble avoir emprisonné la lumière de l’Astre. Juste en dessous, les fraises charnues diffusent un parfum sucré qui vient titiller les narines. Sur les flancs du véhicule le décor devient forestier : des haricots verts souples voisinent avec une montagne de poivrons d’un vert profond. Un régime de bananes, moucheté de brun, pend comme un trophée à l’entrée de cet étal ambulant.
Le regard s’égare ensuite vers les armées de pommes : l'or pâle à gauche, le rubis vibrant à droite. Les oranges, avec leurs feuilles d'un vert verni, crient leur fraîcheur, tandis que les ananas, sentinelles hérissées, apportent une note d'exotisme. Dans ce joyeux inventaire à la Prévert, les carottes flamboyantes côtoient les navets d'ivoire, les nèfles jaune orangé et les prunes pourpres.
Dans ma panière, j'ai déposé mon butin : des bananes, des tomates, des oranges, une mangue à la saveur introuvable dans mon pays et une sucrine bien pommée. Le primeur, d'une patience d'ange, pèse le tout en appliquant une moyenne fraternelle, à l'exception de la mangue importée, comptée à la pièce. Contre quelques dirhams, j'emporte ce trésor vers ma carapace, avec une petite pensée pour notre ami Ahmed, notre primeur attitré de Sidi-Ifni, dont le souvenir voyage avec nous.
Pour ce midi, point de plat de résistance. La chaleur impose sa loi de légèreté. Je prépare ma salade «Fraîcheur de la Palmeraie» : des tomates rougeoyantes mariées à l'onctuosité de l'avocat, coupés en menus morceaux à la mode marocaine, agrémentés de quelques feuilles de sucrine et d'un brin de menthe. Un filet d'huile d'olive dorée, du sel et un trait de citron solaire réveillent l'ensemble. Pour le dessert, ce seront des oranges pelées à vif, sans une once de cannelle, que je déteste !, et savourées à l'abri des mouches dans ma carapace. J'ai d'ailleurs décidé d'acquérir une nouvelle lampe bleue, car l'actuelle ne sert que d'ambiance de boîte de nuit à ces insectes qui me croquent avec délectation.
Sur le chemin du retour, j'admire les parterres de fleurs, les bougainvilliers et les oliviers entretenus avec ferveur. C'est là que j'ai croisé Ahmed. Phil et moi apprécions cet homme multi-services dont la silhouette joviale hante les allées, qu'il place les groupes de camping-cars, arrose les rosiers ou s'active en cuisine. Le matin, on le retrouve à la boutique, là où flotte l'odeur irrésistible du pain chaud et des viennoiseries dorées. Mais de lui, je ne vous en dirai pas plus aujourd'hui. C'est un homme bien, et il mérite qu'on lui consacre toute la plume de demain.
Ma bouteille d'eau précieuse près de moi, je vais maintenant poser ma plume pour quitter le Maroc du XXIe siècle et m'envoler vers la Nouvelle-Zélande du XIXe.
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«La gourmandise commence quand on n'a plus faim.»
Alphonse Daudet (1840 – 1897), à Paris, écrivain et auteur dramatique français
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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !
- Je suis le doyen.
- Je suis une anomalie visuelle.
- Personne ne peut connaître mon âge.
- Je suis un réservoir vivant.
- Ma silhouette est en forme de «bouteille».
- Mes fleurs blanches ne s'ouvrent qu'à la tombée de la nuit pour être pollinisées par des chauves-souris.
- Je sers de lieu de justice et de réunion pour le village.
- Mon fruit est comestible et très nutritif est populairement appelé le «pain de singe».
- Aujourd'hui, certaines de mes espèces déclinent à cause de la consanguinité et du changement climatique.
- Mes origines sont de Madagascar.
- Mon surnom malgache est «Reny ala».
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| La danse des fruits et des légumes |
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| C'est bien d'avoir acheter des carottes mais les autres légumes et les fruits où sont-ils ? |
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| J'adore zoomer et d'écrire ensuite |
À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !












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