Aujourd’hui, le soleil
a cette insolence douce des jours déjà pleins de lumière.
Mon lièvre sommeille à
l’ombre d’un sapin, abandonné à un transat trop confortable,
tandis que le linge, fraîchement lavé, bat au vent comme une
joyeuse rumeur de vacances.
Dans la salle des
machines, les hublots dessinent des mondes en rotation lente. Le
linge y voyage comme de petites embarcations ballottées dans une eau
savonneuse, accompagnées par ce grondement sourd et rassurant que
connaissent bien les voyageurs de la route.
À proximité, d’autres
rythmes s’entremêlent : une voix qui compte, des pas qui
s’ajustent, des éclats d’enfance qui apprennent à flotter entre
deux consignes. La vie, simplement, dans ses gestes répétés.
Plus tard, sur le chemin
du retour, les couleurs sèchent au soleil, rouges, bleues, fleuries,
suspendues entre ciel et terre comme une parenthèse lumineuse.
La journée, elle, se
déploie sans urgence.
Des voyageurs, hier, ont
croisé notre route. Leur maison roulante s’était laissée
surprendre par le sable. Phil et moi avons prêté main forte à ce
léger désordre du chemin, comme on le fait sans y penser, entre
deux haltes.
En échange, une
invitation nous a été offerte pour le soir. J’y répondrai avec
simplicité, fidèle à mes habitudes silencieuses.
Quant à moi, entre deux
pages d’un autre temps, Singapour, 1942, je poursuis mon propre
récit dans le carnet vert qui ne me quitte jamais.
Et cette pensée revient,
douce et insistante :le voyage demande-t-il vraiment plus de
pages… ou seulement plus de temps ?
***
«Il faut du temps
pour apprécier les choses simples.»
Marguerite Duras, nom de
plume de Marguerite Donnadieu (1914 – 1996),
écrivaine, dramaturge,
scénariste et réalisatrice française
***
Voici le
dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de
solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !
Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne
le 23 mai, samedi.
Rare en
Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en
Finlande, et historiquement en Espagne.
Je suis si
malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée
en un fil de plusieurs kilomètres.
Ma
structure atomique me rend quasi indestructible : je suis
inoxydable et je résiste à presque tous les acides.
J'ai
longtemps servi de «langage silencieux» pour marquer
l'appartenance aux classes sociales les plus privilégiées.
Je nais
dans les filons de quartz profonds avant d'être libéré par les
mouvements tectoniques et l'érosion.
Considéré
comme la «chair des dieux», j'étais sculpté en masques
funéraires pour garantir l'immortalité des rois.
Ma densité
très élevée permet de me piéger au fond d'un récipient en me
séparant du sable par lavage.
***
Mon précieux carnet
Chut !
Ah c'est bientôt fini...
À demain, pour de
nouvelles aventures et découvertes !
Capbreton est réputée
pour ses séjours iodés entre océan et pins maritimes, mais cette
fois nous n’y faisons qu’une courte halte. Il faut dire que nous
connaissons déjà bien la région pour l’avoir tant de fois
parcourue à vélo à l’automne, les mollets chauffés par les
longues pistes landaises et le parfum résineux des forêts nous
accompagnant à chaque détour.
Quel bonheur pourtant de
retrouver ici une chose toute simple : parler sans chercher ses
mots au fond d’un dictionnaire invisible. Après des mois passés à
jongler avec les langues étrangères, entendre autour de soi des
conversations familières ressemble presque à des vacances.
Et puis il y a les amis
de passage. Eux descendent vers le Sud pendant que nous remontons
obstinément vers le Nord, comme deux courants migrateurs se croisant
le temps d’une marée. Pendant que nous parlions lectures, écriture
et souvenirs de voyage, les hommes faisaient s’entrechoquer leurs
boules de pétanque dans un joyeux concert métallique sous le soleil
landais.
Pour rejoindre le
restaurant, il nous fallait franchir le Boudigau. Comme souvent, je
me suis arrêtée quelques instants. Impossible de résister à cette
rivière paisible glissant entre les pins et les herbes folles. Son
eau sombre reflétait le ciel pâle tandis que quelques rides de vent
froissaient doucement sa surface. Mon lièvre, lui, hésitait entre
contempler le paysage et rejoindre rapidement le restaurant. Mais
chez les lièvres, l’appel de l’estomac finit souvent par gagner
la course.
Dans les rues de
Capbreton, les vitrines lumineuses succédaient aux odeurs chaudes de
boulangerie. Je n’ai d’ailleurs pas résisté à un petit haut
bleu marine aperçu dans une boutique avant de rejoindre nos amis au
restaurant «La Place».
Pendant que les garçons
savouraient leur bœuf façon thaï et que mon amie dégustait des
chipirons, je me régalais d’un filet de merlu accompagné d’une purée de pommes de terre délicieuse. Quant au fondant au chocolat dont je rêvais… des
gourmands étaient passés avant moi. Je me suis donc consolée avec
une généreuse gaufre nappée de chocolat.
Autour de nous, les
verres tintaient, les conversations se mêlaient au frottement des
chaises sur la terrasse ensoleillée, tandis que la jeune serveuse
virevoltait entre les tables avec une gentillesse naturelle qui
rendait l’instant encore plus agréable.
Finalement, ce déjeuner
avait surtout le goût des retrouvailles et de ces moments simples
que seuls les vrais amis savent encore offrir.
Nous resterons ici
quelques jours encore, sous les pins et les cris des mouettes.
Puis dimanche, ma
carapace reprendra doucement la route.
***
«Voyager est un
triple plaisir : l’attente, l’éblouissement et le souvenir.»
Ilka Chase (1905 –
1978), actrice
***
Voici le
dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de
solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !
Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne
le 23 mai.
Rare en
Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en
Finlande, et historiquement en Espagne.
Je suis si
malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée
en un fil de plusieurs kilomètres.
Ma
structure atomique me rend quasi indestructible : je suis
inoxydable et je résiste à presque tous les acides.
J'ai
longtemps servi de «langage silencieux» pour marquer
l'appartenance aux classes sociales les plus privilégiées.
Je nais
dans les filons de quartz profonds avant d'être libéré par les
mouvements tectoniques et l'érosion.
Considéré
comme la «chair des dieux», j'étais sculpté en masques
funéraires pour garantir l'immortalité des rois.
***
Dans les rues de Capbreton
Une belle vitrine
Le Boudigau
Mon filet de poisson sur un lit de purée de pommes de terre
Plus de fondant au chocolat !
Tu pointes ou tu tires ?
Regarde, j'ai vraiment aimé ce livre.
À demain, pour de
nouvelles aventures et découvertes !
Il était à peine huit
heures lorsque ma carapace a repris le ruban noir de l’autoroute,
toujours vers le Nord.
La nuit n’avait pas été
très paisible. Entre les entrepôts et les hangars commerciaux, ma
carapace a somnolé au son des poids lourds. Dès l’aube, les
chariots élévateurs entamaient leur danse métallique sous les
néons blafards, déchargeant déjà les marchandises qui, quelques
heures plus tard, attendraient bien sagement dans les rayons des
supermarchés.
Les yeux encore chargés
de sommeil, j’avais programmé le GPS avec la précision d’une
vieille horloge suisse : direction Capbreton. La France.
Et puis, il faut bien
l’avouer, l’autoroute ménage davantage les forces de ma
carapace. Avec le prix du carburant qui grimpe plus vite qu’un
lièvre apeuré, elle préfère désormais les longues lignes droites
aux détours trop gourmands.
Mon précieux carnet vert
posé sur les genoux, un crayon de bois serré entre les doigts, je
regardais défiler le paysage derrière le pare-brise. Je guettais
les panneaux afin de confirmer à mon lièvre que le GPS ne nous
égarait pas.
L’autoroute, toujours
l’autoroute… Des camions. Encore des camions. Certains si
immenses que ma carapace semblait soudain minuscule à côté d’eux.
Les pneus ronflaient sur le goudron déjà tiède et cette odeur
d’asphalte chaud annonçait les longs kilomètres de voyage.
Puis les Pyrénées sont
apparues. Immenses. Boisées. Presque irréelles sous le ciel pâle.
L’autoroute serpentait entre les montagnes, suspendue parfois sur
de hauts viaducs, comme une fragile cicatrice tracée par l’homme
au cœur de la roche.
Et moi, petite tortue
derrière ma vitre, je regardais ce spectacle avec les yeux
émerveillés d’un enfant.
Enfin, un panneau
surgit : «Francia». Je crois que mon cœur a battu un peu plus
fort.
Quelques kilomètres plus
loin, les Landes nous accueillirent avec leur odeur reconnaissable
entre mille : celle des pins chauffés par le soleil, des
vacances et des longues promenades sous les aiguilles sèches. La
route s’enfonçait désormais sous une cathédrale de verdure où
la lumière jouait avec les feuillages.
Et nous voici enfin
arrivés à Capbreton, dans les Landes.
Ma carapace va pouvoir se
reposer quelques jours sous les pins en écoutant le bruissement des
vagues qui me manquaient tant, pendant que moi, fidèle tortue au
carnet vert, je continuerai de remplir mes pages d’odeurs, de
lumière, de souvenirs… et de petites aventures à venir.
Mais tout cela n’est
encore qu’une esquisse. Une simple toile préparatoire seulement.
Car la véritable galerie prendra vie plus tard, dans mon roman… Je
ne vais tout de même pas dévoiler toutes mes couleurs dès
aujourd’hui.
***
«Le vrai voyageur ne
sait pas où il va.»
Paul Morand (1888 –
1976), écrivain, diplomate et académicien français.
***
Voici le
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solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !
Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne
le 23 mai.
Rare en
Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en
Finlande, et historiquement en Espagne.
Je suis si
malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée
en un fil de plusieurs kilomètres.
Ma
structure atomique me rend quasi indestructible : je suis
inoxydable et je résiste à presque tous les acides.
J'ai
longtemps servi de «langage silencieux» pour marquer
l'appartenance aux classes sociales les plus privilégiées.
Je nais
dans les filons de quartz profonds avant d'être libéré par les
mouvements tectoniques et l'érosion.
***
Enfin, la France !
Oh Paris est encore loin. Mais... Je n'habite pas la capitale.
Les Landes
Nous sommes à Capbreton
La route est longue pour traverser l'Espagne
Mais où vas-tu ainsi, tu ne gardes pas des moutons...
À demain, pour de
nouvelles aventures et découvertes !
Bien reposés, ma
carapace parfaitement refroidie après la route de la veille, nous
reprenions l’autovía espagnole toujours en direction du Nord. La
France semble désormais presque à portée de roues.
Et la route continuait de
dérouler son long ruban gris sous nos yeux. Moi, fidèle tortue
curieuse, je passais mon temps à regarder partout à la fois :
à droite par la fenêtre, à gauche derrière les glissières, puis
droit devant à travers le pare-brise, de peur de laisser s’échapper
la moindre belle image.
Il faut dire que j’ai
une confiance absolue en mon lièvre chauffeur. Avant même le
départ, j’avais déjà réglé le GPS avec le sérieux d’un
capitaine préparant sa traversée. Je pouvais donc me distraire sans
inquiétude, levant à peine parfois les yeux de mon précieux carnet
vert où je griffonnais les souvenirs du voyage pendant que les
paysages défilaient comme des pages tournées par le vent.
Par endroits, les ceps de
vigne s’alignaient au cordeau comme de petits soldats disciplinés
sous le ciel d’hiver. Ces sarments noueux donneront bientôt le
grenache, ce raisin généreux capable d’offrir des vins rouges
puissants, colorés et chaleureux, presque aussi bavards que les
Espagnols croisés sur les places des villages.
Au centre de la voie
rapide, des bouquets de genêts jaunes dansaient sous le souffle des
véhicules. À chaque passage de camion ou de voiture, leurs branches
frémissaient comme si ces fleurs sauvages nous saluaient poliment au
bord du chemin pour nous souhaiter buena ruta.
À Nava del Rey, de
grands arroseurs déployaient leurs longs bras métalliques au-dessus
des cultures récemment plantées. L’eau jaillissait en pluie fine
dans un léger cliquetis régulier, et durant quelques secondes
j’imaginais presque ma carapace traversant cette douche géante
comme une tortue trop curieuse passant sous un orage volontaire.
À l’entrée de Burgos,
de vastes garages automobiles étalaient des rangées entières de
véhicules brillants sur leurs parkings. Vue de ma hauteur, cette
accumulation de voitures miniatures me ramènait brusquement des
années en arrière : on aurait dit le garage de mon petit frère
lorsqu’il alignait soigneusement ses voitures en plastique sur la
moquette du salon avant de provoquer un gigantesque accident
imaginaire.
Puis la nature a repris
doucement ses droits. Nous longions un moment le canal de Castille
dont les eaux calmes glissaient silencieusement entre les herbes
sauvages. L’air semblait soudain plus frais, presque humide, chargé
d’une légère odeur de terre et de mousse.
Dans les champs déjà
moissonnés, les agriculteurs ont laissé derrière eux d’énormes
ballots de paille enrubannés de blanc. Éparpillés dans les
plaines, ils ressemblaient à de gigantesques champignons poussés
pendant la nuit sous la rosée espagnole.
Et peu à peu, au loin,
les montagnes apparaissaient enfin. Les Pyrénées.
Sous un ciel couleur
d’acier, des nuages blancs reposaient sur les sommets comme de la
laine oubliée par le vent. Les pentes verdoyantes semblaient
couvertes d’un velours épais où venaient s’accrocher des
plaques de lumière pâle.
Soudain, sur le bas-côté,
une semi-remorque couchée sur le flanc surgissait dans notre champ
de vision. Dans cette position étrange, elle paraissait démesurée,
presque irréelle. Le silence s’installait quelques secondes dans
l’habitacle. J’espèrais seulement que son chauffeur s’en est
sorti sans blessure.
La route devenait alors
plus sinueuse et s’enfonçait au cœur d’un paysage montagneux
spectaculaire. D’immenses falaises grises, striées de jaune ocre
et de rouille, encadraient désormais notre chemin. Par endroits, des
arbustes courageux et des herbes sauvages s’accrochaient dans les
fissures de la roche comme pour empêcher la montagne de s’effondrer
dans le vide.
Deux tunnels perçaient
soudain la masse rocheuse, l’un pour chaque sens de circulation.
Nous nous sommes engouffrés dans le nôtre. Pendant quelques
instants, la lumière du jour a disparu, remplacée par les lueurs
pâles des lampes suspendues au plafond et le grondement sourd des
pneus résonnant contre les parois sombres.
Puis la lumière a
réapparu brusquement. La circulation est devenue plus dense. Des
camions immatriculés de tous les pays valsaient entre voitures,
poids-lourds et carapaces voyageuses comme la mienne. Nous sommes
lundi, après un long week-end de l’Ascension, il faut dire que le
travail a repris.
Et déjà, Miranda de
Ebro nous a accueillis pour une nouvelle halte. Une pause. Une nuit
de repos encore.
Demain, ma carapace
franchira la frontière française.
***
«Voyager, c’est
donner un sens au hasard.»
Nicolas Bouvier (1929 -
1998) ,écrivain, photographe, iconographe et voyageur suisse
***
Voici le
dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de
solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !
Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne
le 23 mai.
Rare en
Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en
Finlande, et historiquement en Espagne.
Je suis si
malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée
en un fil de plusieurs kilomètres.
Ma
structure atomique me rend quasi indestructible : je suis
inoxydable et je résiste à presque tous les acides.
J'ai
longtemps servi de «langage silencieux» pour marquer
l'appartenance aux classes sociales les plus privilégiées.
***
Nous voici à Miranda de Ebro
Nouvelle lecture pour chacun
À demain, pour de
nouvelles aventures et découvertes !
Le lièvre et moi étions
si fatigués hier soir après les quatre cent trente kilomètres
avalés depuis Monesterio, nous avons décidé de prolonger un peu
notre escale à Alaejos.
Et finalement, nous avons
bien fait. Car en fin d’après-midi, alors que le vent faisait
doucement claquer les volets du village une agitation étrange s’est
soudain emparée des alentours de ma carapace.
Des groupes entiers
arrivaient de toutes les rues, parlant fort, riant, s’interpellant
d’un trottoir à l’autre dans cette langue espagnole qui chante
autant qu’elle claque. Je ne comprenais pas un mot, mais les voix
montaient dans l’air avec une telle énergie qu’il était
impossible de ne pas se laisser entraîner par le mouvement.
Tout près de nous, de
lourdes barrières de fer avaient été solidement fixées le long de
la chaussée, formant un étrange couloir qui menait jusqu’aux
arènes. Alors nous avons suivi la foule. Pourquoi pas, après tout ?
Nous avons franchi les
grandes portes cintrées de l’enceinte avant de grimper lentement
les marches de béton menant aux tribunes circulaires. Là-haut, le
spectacle avait déjà commencé avant même l’entrée des animaux.
Autour de l'enceinte, les planches rouges et blanches des barricades
de bois attendaient la cavalcade à venir.
Le sable jaune de l’arène
semblait fraîchement peigné comme une immense plage miniature. Les
bancs en béton, eux, étaient durs, froids, et particulièrement peu
accueillants pour les postérieurs délicats des tortues et lièvres
voyageurs. Je voyais certains prévoyants déposer un coussin jaune
sous leur fessier.
Autour de nous, les gens
continuaient d’arriver dans un joyeux désordre. Des enfants
couraient entre les rangées, des hommes levaient leurs gobelets de
bière en parlant toujours plus fort que leurs voisins, tandis que le
vent léger mélangeait les odeurs de tabac, de lessive de vêtements
fraîchement lavés, de bière, de poussière sèche et de parfums un
peu trop généreusement versés pour la fête. Des cris éclataient
parfois au milieu de la foule avant de rebondir de l'autre côté de
l'arène. Des embrassades de familles ou d'amis, des retrouvailles de
personnes qui s'arrêtaient devant nous, nous empêchant de voir le
spectacle.
Puis soudain, la foule
s’est levée et s’est regroupée autour des murs de l'enceinte.
Penchés, nous avons aperçu une bétaillère verte approcher. À
l’intérieur, des sabots frappaient les parois métalliques dans un
vacarme sourd. Mais rien n'est sorti de l'habitacle.
Nous nous sommes
réinstallés sur nos bancs inconfortables et attendus. Longtemps,
longtemps sans comprendre l'organisation.
Enfin, des hommes et de
jeunes sportifs s'éparpillaient au centre de l'arène. Que va-t-il
se passer ? Un taureau marron, la langue pendante, entra
finalement dans l’arène sous les applaudissements. Aussitôt, les
jeunes sportifs se mirent à courir autour de lui. Le taureau tapait
le sol d'un sabot et baissait la tête avant de charger. Certains
brandissaient de longs bâtons, d’autres tentaient simplement
d’approcher l’animal avant de détaler à toute vitesse. Il
suffisait qu’un plus téméraire effleure la tête du taureau pour
que toute la foule se lève comme un seul homme dans un tonnerre de
cris : Olé ! Et alors les coureurs bondissaient lestement
par-dessus les barricades rouges et blanches avec une agilité de
chats poursuivis par un aspirateur furieux. C'était drôle et
enfantin.
Je l’avoue, durant une
seconde, j’ai craint le pire. Si une véritable corrida avait
commencé, je serais repartie aussitôt. Mais ici, il ne s’agissait
pas de cela. Plutôt d’un étrange jeu populaire, quelque part
entre le défi sportif, la fête de village… et une cour de
récréation géante.
Le taureau est reparti
par la même porte en abandonnant des traces de ses sabots sur le
sable jaune.
Mais le plus surprenant
restait encore à venir. Trois magnifiques vaches marron et blanches
aux regards étonnamment paisibles firent soudain leur entrée dans
l’arène, avançant tranquillement avec une cloche suspendue sous
le poitrail. On aurait dit des reines de village venant ouvrir une
fête de printemps.
Je me suis aussitôt fait
une réflexion très sérieuse : dans Intervilles, les vaches
n’avaient jamais de cloches. Guy Lux m’aurait donc menti pendant
toutes ces années.
Le taureau, lui, avait
déjà disparu au loin. Les trois vaches traversèrent simplement
l’arène d’un pas placide avant de ressortir presque aussitôt de
l’autre côté, laissant derrière elles mon interrogation :
que venaient-elles faire ? Étaient-elles échappées d'un champ
voisin...
Et toute cette agitation,
tous ces cris, cette poussière, ces «olé !», ce vent tiède
chargé d’odeurs de fumée de tabac, de bière et de fête…
finirent doucement par retomber sur Alaejos avec le soir.
Je dois l’avouer,
c’était aussi absurde qu’enfantin… et finalement assez drôle
à regarder.
Nous avons laissé la
foule, il me semble qu'elle allait dans les rues protégées de
barrières pour voir les jeunes audacieux courir après les bovins.
Nous avons préféré
retourner dans ma carapace pour regarder l’Eurovision en espérant
voir notre jeune représentante française âgée seulement de 17 ans
arriver dans les dix premiers. Mais la nuit a été écourtée par
la déception de voir Monroe terminer seulement onzième avec sa
chanson «Regarde !». j'étais déçue par les notes des
spectateurs, car avec 144 points de la part du jury, elle était
placée 4ème.
Aujourd’hui, nous nous
sommes promenés sous le soleil dans les rues presque désertes du
village. J’imaginais encore les échos des “olé !”
rebondissant contre les murs de briques rouges, tandis que nos pas
résonnaient doucement sur les pavés.
Demain, nous reprendrons
la route, toujours vers le nord. La France nous tend les bras.
***
«Le voyageur voit ce
qu’il voit, le touriste voit ce qu’il est venu voir..»
Marcel Proust (1871 –
1922), écrivain français
***
Voici le
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Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne
le 23 mai.
Rare en
Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en
Finlande, et historiquement en Espagne.
Je suis si
malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée
en un fil de plusieurs kilomètres.
Ma
structure atomique me rend quasi indestructible : je suis
inoxydable et je résiste à presque tous les acides.
***
...de lourdes barrières de fer avaient été solidement fixées le long de la chaussée
Le sable jaune de l’arène semblait fraîchement peigné
...Une bétaillère verte...
... Des hommes et de jeunes sportifs s'éparpillaient au centre de l'arène.
«olé !»
Trois magnifiques vaches
Regardez bien leur cloches...
Elles retournent au pré
les rues presque désertes du village
N'oublie pas qu'il a des cornes !
C'était drôle !
À demain, pour de
nouvelles aventures et découvertes !
À sept heures, le jour
hésitait encore à sortir de son lit lorsque nous avons repris la
route. Une lumière pâle glissait doucement sur les collines
espagnoles tandis que ma fidèle Carapace ronronnait déjà sur les
méandres de l’autovía, toujours en direction du Nord.
Mon lièvre, fidèle à
lui-même, conduisait avec ce mélange de sérieux tranquille et de
patience infinie qui fait de lui un capitaine remarquable. Les deux
mains solidement accrochées au volant… enfin presque. Car de temps
à autre, l’une d’elles s’échappait vers le levier de vitesse
ou allait chatouiller le commodo d’un clignotant, comme un pianiste
distrait retrouvant ses touches familières.
Moi, bien installée à
mon poste de copilote, poste hautement stratégique, cela va sans
dire, je donnais mes ordres au GPS qui, avec sa voix monocorde de
maîtresse d’école fatiguée, nous guidait inlassablement vers
Alaejos.
Autour de moi régnait
mon joyeux désordre organisé : la carte routière dépliée à
moitié sur les genoux, mon précieux carnet vert en équilibre
instable, un crayon bien taillé glissé entre ses pages comme un
marque-page improvisé, et l’appareil photo prêt à être dégainé
au moindre coup de cœur.
La route, elle, déroulait
son interminable ruban gris sous un ciel devenu d’un bleu éclatant.
Par endroits, les bords de campagne semblaient avoir explosé en
couleurs : des coquelicots rouges dansaient dans les hautes
herbes au rythme du vent, des arbustes jaune vif accrochaient les
premiers rayons du matin, tandis que surgissaient parfois, au détour
d’un talus, des touches de rose fuchsia presque insolentes sous
cette lumière espagnole.
Les fenêtres
entrouvertes laissaient entrer les parfums changeants du voyage :
l’odeur douce des fleurs sauvages chauffées par le soleil, celle
des champs encore perlés de rosée… puis soudain, à l’approche
des villes, un souffle plus âpre de gasoil et d’asphalte chaud.
Tout autour de nous résonnait la musique familière de la route :
le grondement sourd des camions que nous doublions lentement, le vent
glissant contre la carrosserie de ma Carapace, et parfois, très haut
dans le ciel immense de Castille, le passage d’un avion traçant
une fine cicatrice blanche au-dessus de nos têtes.
Et lorsque nous avons
franchi le pont au-dessus du Rio Tajo, je suis restée quelques
instants silencieuse à regarder le soleil se mirer dans l’eau,
comme si le fleuve lui-même emportait doucement avec lui un petit
morceau de notre voyage.
Attentifs à la route et
aux paysages qui défilaient comme des pages tournées par le vent,
nous sommes finalement arrivés à destination à midi, baignés d’un
soleil radieux.
La route reste longue
encore. Non pas pour découvrir une Espagne que nous connaissons déjà
du nord au sud et d’ouest en est, mais pour la traverser,
d’Algéciras jusqu’aux Pyrénées françaises, comme on tourne
les pages d’un livre déjà aimé.
Et les détails, me
demanderez-vous ? Ils sont soigneusement consignés dans mon roman…
***
«Le véritable voyage
de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages,
mais à avoir de nouveaux yeux.»
Marcel Proust (1871 –
1922), écrivain français
***
Voici le
dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de
solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !
Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne
le 23 mai.
Rare en
Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en
Finlande, et historiquement en Espagne.
Je suis si
malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée
en un fil de plusieurs kilomètres.
***
Le jour hésitait encore à sortir de son lit
les bords semblaient avoir explosé en couleurs
Le Rio Tajo
Nous voici à Alaejos
Ce soleil m'éblouit !
Doucement, je prends une photo !
Elle va nous représenter ce soir au concours de l'Eurovision, j'espère que la France va gagner !
À demain, pour de
nouvelles aventures et découvertes !