Dès l'aurore, une carapace d'un jaune insolent, que l’on nomme ici «Taxi», nous attendait au seuil du village. Nous y avons pris place, trois tortues et trois lièvres serrés dans cette coquille couleur passereau. Nos compagnons de route, deux Autrichiens et deux Suisses, devisaient dans une langue aux sonorités de bois sec ; point de culottes de peau ni de chapeaux à plume, mais un voisin de banquette dont l’obturateur de l’appareil photo cliquetait sans trêve à chaque virage.
Nous avons alors plongé dans l'enfer joyeux de Marrakech. C’est un ballet infernal : des berlines luisantes, des mobylettes pétaradantes, des vélos funambules et des piétons intrépides s’entrecroisent dans un chaos qui semble chorégraphié. À ma gauche, j'apercevais le bout de roue d'une mobylette tentant une incursion audacieuse ; je retenais mon souffle, mais notre chauffeur, avec le flegme de ceux qui ont dompté le monde au volant, naviguait dans ce courant avec une précision d'orfèvre.
Déposés près de l’emblématique place Djemaa el-Fna, nous avons affronté une mer humaine sous un soleil incandescent. La place est un théâtre permanent : les vendeurs de jus de fruits, perchés sur leurs camions panoramiques, exposent des pyramides d’agrumes vibrantes de couleurs ; l'orange vif, le vert acide du kiwi et l'or de l'ananas. L'air est saturé de l'odeur sucrée des fruits pressés, mêlée au parfum âcre de la poussière et du cuir chaud. Plus loin, le porteur d'eau dans son habit traditionnel fait tinter ses cloches de cuivre dans un cliquetis métallique, tandis que les cireurs de chaussures interpellent Phil, dont les souliers semblent être une cible irrésistible.
J'avais gardé pour nous le secret de la Médersa Ben Youssef, ce joyau saadien de 1564. Mais arrivés au seuil de ce bastion du savoir, la déception fut de taille : une cohue indescriptible et des guides brandissant leurs drapeaux tels des étendards de guerre bloquaient l'accès. Devant ces centaines d'ombres pressées, nous avons préféré fuir ce tumulte.
À quelques pas de là, le Musée de Marrakech nous a ouvert ses portes de cèdre. Ancien palais de Mehdi Mnebhi, ce lieu est un havre de fraîcheur ouatée. Dès l'entrée, le patio nous a saisis par sa démesure : un lustre monumental en cuivre ciselé, de six mètres de diamètre, trône sous un plafond à caissons. Cette pièce maîtresse d'une tonne baigne le sol de marbre d'une lumière dorée, créant une atmosphère mystique. Tout autour, les salles exposent des tapis aux couleurs telluriques, des fibules d'argent et des poteries dont l'odeur terreuse rappelle les montagnes de l'Atlas.
Repus de beauté, nous avons cherché refuge au restaurant «Le Grand Bazar». Perché en terrasse, j'observais l'enfer d'en bas avec un sentiment de sécurité délicieux. Phil s’est régalé de crevettes Pilpil dont le parfum ailé et pimenté chatouillait mes narines, tandis que je savourais un Bowl de riz paré de mangue, d'ananas et de saumon ; un festival de fraîcheur acidulée. Les serveurs, élégants dans leurs gilets noirs, tournaient autour des tables avec des plateaux argentés étincelants.
Le retour fut une caresse pour les yeux. Face à la majestueuse Koutoubia, nous avons retrouvé notre taxi jaune. Le trajet nous a offert le spectacle des boulevards tapis de gazon fraîchement tondu, où les bougainvilliers pourpres, les palmiers, les cactus et les orangers dessinent une lisière de fleurs. En traversant la Palmeraie, l'air s'est fait plus léger.
De retour dans notre petit village, nos mimosas nous ont accueillis en beauté. Ils commencent à perdre leurs pompons, semant sur le sol une poudre jaune d'or qui, sous la brise, vole comme une neige de printemps. Fatigués mais le cœur rempli d'images, nous savourons le silence retrouvé de notre carapace.
Ainsi s'achève notre parenthèse rouge. Alors que le soleil décline, laissant derrière lui un ciel de nacre, nous retrouvons le calme de notre carapace. La Médersa est restée un secret pour cette fois, mais qu’importe : nous avons bu la lumière du palais Mnebhi et goûté à la ferveur de la place. Ce soir, sous la neige dorée des mimosas, je réalise que le plus beau des monuments n'est pas toujours celui que l'on visite, mais celui que l'on porte en soi : le souvenir d'une journée partagée, rythmée par les rires et les parfums d'Orient.
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«On ne possède rien d'autre que ce que l'on a dans le cœur.»
Proverbe marocain
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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !
- Je suis le doyen.
- Je suis une anomalie visuelle.
- Personne ne peut connaître mon âge.
- Je suis un réservoir vivant.
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| Les calèches au milieu de la circulation |
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| Le porteur d'eau dans son costume |
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| Dans le musée de Marrakech je vous laisse regarder les photos : |
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| Je ne pouvais pas laisser passer ça ! |
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| Regardez bien le lustre ! |
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| Place Djema El Fna |
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| Nouvelles lecture pour chacun |
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| Rentrons au calme |
À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !








































