samedi 16 mai 2026

Quand la route raconte déjà l’histoire

À sept heures, le jour hésitait encore à sortir de son lit lorsque nous avons repris la route. Une lumière pâle glissait doucement sur les collines espagnoles tandis que ma fidèle Carapace ronronnait déjà sur les méandres de l’autovía, toujours en direction du Nord.

Mon lièvre, fidèle à lui-même, conduisait avec ce mélange de sérieux tranquille et de patience infinie qui fait de lui un capitaine remarquable. Les deux mains solidement accrochées au volant… enfin presque. Car de temps à autre, l’une d’elles s’échappait vers le levier de vitesse ou allait chatouiller le commodo d’un clignotant, comme un pianiste distrait retrouvant ses touches familières.

Moi, bien installée à mon poste de copilote, poste hautement stratégique, cela va sans dire, je donnais mes ordres au GPS qui, avec sa voix monocorde de maîtresse d’école fatiguée, nous guidait inlassablement vers Alaejos.

Autour de moi régnait mon joyeux désordre organisé : la carte routière dépliée à moitié sur les genoux, mon précieux carnet vert en équilibre instable, un crayon bien taillé glissé entre ses pages comme un marque-page improvisé, et l’appareil photo prêt à être dégainé au moindre coup de cœur.

La route, elle, déroulait son interminable ruban gris sous un ciel devenu d’un bleu éclatant. Par endroits, les bords de campagne semblaient avoir explosé en couleurs : des coquelicots rouges dansaient dans les hautes herbes au rythme du vent, des arbustes jaune vif accrochaient les premiers rayons du matin, tandis que surgissaient parfois, au détour d’un talus, des touches de rose fuchsia presque insolentes sous cette lumière espagnole.

Les fenêtres entrouvertes laissaient entrer les parfums changeants du voyage : l’odeur douce des fleurs sauvages chauffées par le soleil, celle des champs encore perlés de rosée… puis soudain, à l’approche des villes, un souffle plus âpre de gasoil et d’asphalte chaud. Tout autour de nous résonnait la musique familière de la route : le grondement sourd des camions que nous doublions lentement, le vent glissant contre la carrosserie de ma Carapace, et parfois, très haut dans le ciel immense de Castille, le passage d’un avion traçant une fine cicatrice blanche au-dessus de nos têtes.

Et lorsque nous avons franchi le pont au-dessus du Rio Tajo, je suis restée quelques instants silencieuse à regarder le soleil se mirer dans l’eau, comme si le fleuve lui-même emportait doucement avec lui un petit morceau de notre voyage.

Attentifs à la route et aux paysages qui défilaient comme des pages tournées par le vent, nous sommes finalement arrivés à destination à midi, baignés d’un soleil radieux.

La route reste longue encore. Non pas pour découvrir une Espagne que nous connaissons déjà du nord au sud et d’ouest en est, mais pour la traverser, d’Algéciras jusqu’aux Pyrénées françaises, comme on tourne les pages d’un livre déjà aimé.

Et les détails, me demanderez-vous ? Ils sont soigneusement consignés dans mon roman…

***

«Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.»

Marcel Proust (1871 – 1922), écrivain français

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Voici le dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 23 mai.

  1. Rare en Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en Finlande, et historiquement en Espagne.
  2. Je suis si malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée en un fil de plusieurs kilomètres.

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Le jour hésitait encore à sortir de son lit 



les bords semblaient avoir explosé en couleurs

Le Rio Tajo

Nous voici à Alaejos

Ce soleil m'éblouit !


Doucement, je prends une photo !


Elle va nous représenter ce soir au concours de l'Eurovision, j'espère que la France va gagner !

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

vendredi 15 mai 2026

Rien ne sert de courir

Avant-hier, la route depuis Asilah jusqu’à Tanger Med, puis la traversée, et enfin ce long ruban d’asphalte jusqu’à Monesterio nous avaient laissés épuisés, doucement usés comme des voyageurs que les kilomètres finissent par polir.

Mais après tout… pourquoi se presser ?

Rien ne pousse ma carapace à rentrer trop vite au garage. Rien ne presse davantage mon lièvre… ni moi-même. Le temps, lui, semblait s’être assoupi quelque part entre les odeurs de sel laissées par le ferry, la poussière chaude des routes espagnoles et le ronronnement régulier des pneus sur l’asphalte.

Le soir tombait lentement autour de nous avec ses couleurs plus douces, ses bleus fatigués, ses ombres tièdes et ce silence particulier des longues routes après des journées trop pleines. Même le vent paraissait ralentir.

Et puis, je suis une tortue. Une vraie. Une créature faite pour avancer sans hâte, avec la patience tranquille des vieux chemins. Jean de La Fontaine l’avait compris bien avant nous : les tortues continuent. Lentement. Obstinément. En regardant le monde défiler.

Alors rien ne servirait de courir. Nous resterons une journée de plus à Monesterio. La ligne d’arrivée, elle, a tout son temps pour nous attendre.

Demain, nous nous retrouverons autrement. Mon roman ne sera plus tout à fait à votre portée : seulement quelques lignes pour faire vivre mon blog, quelques lignes pour vous souffler doucement : nous sommes là.

Et la fin du roman, me direz-vous ? Elle s’écrit chaque jour.

Peut-être sera-t-il imprimé. Peut-être même publié. Vous pourrez alors suivre, depuis le premier jour, l’aventure du lièvre et de la tortue blottis dans ma carapace.

Et je vous l’assure : ce n’est ni une fable… ni tout à fait une histoire.

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«Rien ne sert de courir il faut partir à point.»

Jean de La Fontaine (1621- 1695), homme de lettres du Grand siècle et l'un des principaux représentants du classicisme français

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Voici le dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 23 mai.

  1. Rare en Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en Finlande, et historiquement en Espagne.

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Il n'y a personne dans les rues, les magasins sont fermés

Vu sur la colline 

Et de l'autre... Demain nous reprenons la route vers le Nord

Rien ne sert de courir

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

jeudi 14 mai 2026

Traverser les continents

Nous voici au cœur de l’Espagne, dans la province de Badajoz, à Monesterio. Mais ce voyage-là mérite le passé : le présent, lui, court trop vite pour qu’on le raconte sans l’étouffer.

Hier encore, ma carapace vrombissante avait pris la route. Tout y était soigneusement arrimé : les souvenirs coincés dans leurs interstices, les cadeaux calés comme des confidences fragiles, à l’abri d’un freinage trop enthousiaste. Sur mes genoux, mon carnet vert patientait, crayon glissé dedans comme un vieux compagnon qui aurait déjà trop vu de routes pour s’en étonner encore.

Depuis notre dernier refuge marocain, Asilah, nous filions vers Tanger Med. Le Maroc, derrière nous, préparait déjà demain : routes en chantier, cônes orange plantés comme des balises un peu perdues, et cette odeur chaude de bitume fondu qui colle à la mémoire autant qu’aux pneus. Tout vibrait : les pelleteuses grognaient, les camions soupiraient, les bips électroniques des engins ponctuaient le paysage comme une mauvaise chanson mécanique impossible à oublier.

Le pays semblait s’être redressé les manches pour la Coupe du monde 2030. Même les collines avaient l’air de s’y être mises.

Sous un ciel d’un bleu presque insolent, les reliefs défilaient avec une innocence trompeuse. Les buissons, posés là comme des touffes de mousse jetées par distraction, semblaient saluer notre passage. Puis, soudain, le monde s’est ouvert.

Plus rien entre ciel et mer. La mer, immense, lisse, presque vexée d’être si calme. Une étendue sans parole, comme si quelqu’un avait gommé l’horizon avec une éponge mouillée. La route, elle, s’élançait droit vers l’illusion d’un ailleurs.

Le port est apparu, massif, brûlant, saturé de lumière. L’asphalte tremblait sous la chaleur, les grillages blancs formaient des couloirs d’embarquement dignes d’une étrange procession moderne. Plus loin, des structures sombres dressaient leurs silhouettes de forteresse industrielle, comme sorties d’un rêve de science-fiction un peu fatigué.

Au-dessus de nous : «Automobile Access». Simple. Clinique. Comme si traverser un continent pouvait se résumer à une formalité administrative. Pourtant, déjà, ce léger vertige du départ : celui des pays qu’on quitte sans bruit, des kilomètres qu’on replie comme des cartes trop utilisées.

Le ciel marocain, lui, refusait toute mélancolie. Il brillait sans nuance, presque moqueur, pendant que les lampadaires semblaient jouer aux gardiens de frontière.

Ma carapace avançait lentement dans ce grand entonnoir de béton et de sel. Tout résonnait : moteurs graves, freinages d’autocars, cliquetis métalliques, et ces fameux bip-bip de recul qui finissent par s’installer dans la tête comme une comptine obstinée. Et pourtant, au milieu de cette mécanique gigantesque, nous n’emportions qu’un petit monde : quelques affaires, du sable marocain encore accroché aux fibres des tapis, et ce mélange étrange d’impatience et de nostalgie qui accompagne les départs.

Les grues, au loin, ressemblaient à des échassiers rouillés. Les cargos patientaient, dignes et immobiles, comme des villes flottantes en pause. Et nous avancions, minuscules pièces mobiles dans une chorégraphie industrielle parfaitement réglée.

Puis vinrent les contrôles : papiers, passeports, regards rapides. Un chien renifla mon habitacle avec une concentration presque philosophique, sans doute persuadé d’être sur une piste internationale de grande importance. Le scanner, lui, resta impassible. Juste quelques grains de sable clandestins, probablement rescapés des tempêtes.

Le ferry ouvrait sa gueule béante, immense baleine d’acier prête à avaler routes et distances. Les voitures disparaissaient une à une dans son ventre sombre après l’éblouissement du quai. Nous aussi.

À l’intérieur, le monde changea de texture. Odeur de sel, de métal chauffé, de climatisation fatiguée. Le bois verni renvoyait des reflets doux. Les moteurs, en dessous, ronronnaient comme une bête ancienne et rassurante.

Puis l’Afrique s’est mise à reculer. Doucement. Dignement. Comme si elle aussi savait que certains départs ne font pas de bruit mais laissent des traces.

Les montagnes s’effaçaient dans une brume bleutée. Le ciel restait vaste, indifférent, et les cargos semblaient flotter hors du temps, transportant des mondes entiers dans des boîtes de métal empilées.

À l’intérieur du ferry, le temps s’était assoupli. Ni départ, ni arrivée : une parenthèse molle, suspendue entre deux rives. Le salon vide sentait le café tiède et le tissu chauffé. Les rideaux frémissaient sous la climatisation. On aurait dit une salle de restaurant après la dernière addition, quand les chaises commencent déjà à oublier les conversations. Et puis cette sensation étrange : celle de voyager sans avancer vraiment, comme si la mer faisait le travail à notre place.

Après un long glissement sur l’eau, la côte espagnole s’est dessinée, pâle, calme, presque indifférente. Des maisons empilées sur la colline comme des cubes oubliés par un enfant distrait. Une barque minuscule affrontait le sillage d’un géant des mers, obstination dérisoire et magnifique.

Puis Algésiras. Le débarquement a ressemblé à un soupir de métal. Les carapaces ont retrouvé l’asphalte, et nous, le continent européen, avec ses repères, ses panneaux, et ses euros retrouvés au fond des poches comme des souvenirs froissés.

La nuit s’est posée entre une zone commerciale et industrielle. Le silence a pris toute la place. Il n’y avait plus l’appel du muezzin à la prière, seulement un souvenir qui s’effilochait dans l’air, ni même ce chien jaune qui, un peu plus tôt, aboyait encore comme pour tenir tête à l’obscurité.

Tôt ce matin, alors que les camions vrombissaient et multipliaient leurs manœuvres dans la lumière encore incertaine du jour, nous nous sommes levés, et la route a repris, sans attendre personne.

L’Espagne s’est ouverte sous un soleil plus doux. Les plaines ondulaient, les montagnes apparaissaient comme des pensées anciennes. Les champs de tournesols se sont mis à suivre la lumière, fidèles comme des boussoles vivantes. L’air sentait la terre chaude et l’herbe sèche.

Tout semblait respirer plus lentement. Les routes devenaient des rubans entre forêts sombres et collines poudrées de lumière. Par endroits, des fleurs sauvages éclataient au bord de l’asphalte, comme si le paysage s’autorisait enfin un peu d’insolence. On roulait dans une peinture vivante, changeante, parfois presque trop belle pour être crédible.

Plus loin, les tunnels avalaient la route, grandes bouches noires dans la montagne. Et ce moment suspendu : la disparition du ciel, le grondement sourd, les parois qui défilent comme des pensées étroites. Puis la sortie, toujours, comme un retour au monde.

La lumière changeait sans prévenir. Un instant dorée, presque liquide. L’instant d’après, plus pâle, plus hésitante, comme si le jour lui-même ne savait pas encore s’il devait rester ou partir.

Les collines s’étageaient en couches floues, et l’air avait cette transparence légèrement nostalgique de matinée sur les longues routes. Parfois, il n’y avait rien à dire. Seulement avancer. Laisser le paysage faire le reste.

À Séville, le béton a remplacé les montagnes sans transition. Ponts, grues, chantiers suspendus : une cathédrale moderne en perpétuelle naissance. Le bleu des barrières accrochait le regard, en dissonance avec le ciel, puis semblait lui répondre à force de persistance. La ville, saturée de moteurs, de klaxons et de chauffeurs pressés, s’est ensuite dissoute derrière nous

Et la route a repris son rôle préféré : relier des paysages sans trop se presser. Les talus se sont couverts de fleurs. Roses, jaunes, blanches. Une explosion discrète, comme si quelqu’un avait renversé un pot de peinture joyeuse au bord du monde. Le vent les faisait danser doucement, sans cérémonie. La circulation s’est espacée. Le temps aussi. Derrière le pare-brise, tout devenait plus simple : rouler, regarder, continuer. Et parfois sourire sans raison précise, porté par une musique légère qui accompagnait la route. Jusqu’à ce que, peu à peu, les reliefs changent encore.

Et la route, toujours la même, continue de dérouler son fil entre ciel et terre.

Et nous voici enfin arrivés à Monesterio. Mais les routes, elles, ne savent pas vraiment s’achever. Elles s’interrompent seulement, le temps d’une nuit. Demain en écrira la suite, quelque part entre le silence et le mouvement, dans cette promesse discrète de départs toujours recommencés.

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«Le voyage ne finit jamais. C’est toujours le voyageur qui finit.»

Nicolas Bouvier (1929 - 1998), écrivain, photographe, iconographe et voyageur suisse

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Et si on jouait une dernière fois ?

Demain, vous trouverez un dernier quiz, il y aura 8 indices. Vous allez pouvoir indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne seront pas limitées ! Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 23 mai.

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Tu vois, nous sommes toujours ensemble !


Nous sommes à Monestério

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

mercredi 13 mai 2026

L’Appel de la Gueule de Métal

Ce chapitre sera bref, car l’heure n’est plus aux longues tirades mais à l’action. Dans le ventre de ma carapace, le silence est enfin d'or : tout est calé, bridé, immobile. Mes «soldats de papier», passeports, certificats et billets, sont sagement alignés dans mon sac, prêts à être dégainés à la moindre injonction frontalière. La puce de mon téléphone, elle, attend son heure, tel un petit espion endormi prêt à reprendre du service sur l'autre rive.

Le GPS a déjà pris sa voix de commandement. Après une ultime halte à la station-service pour abreuver ma monture d'un dernier nectar local à l'odeur entêtante, nous mettrons le cap sur le tumulte de Tanger-Med. Là-bas, l'ambiance changera de ton : au milieu des sifflets des douaniers et du fracas des chaînes, ma jolie carapace subira l'indiscrétion du scan avant d'affronter le monstre. Une gueule d'acier, béante et sombre, s'ouvrira pour nous engloutir dans ses flancs métalliques. Puis, ce sera la danse des vagues sur le détroit, deux heures de flottement entre deux mondes, avant d'accoster à Algéciras.

Mon cœur joue encore une partition serrée, un mélange de nostalgie ocre et d'impatience tricolore. Je suis partagée entre le regret de quitter cette terre et la joie de retrouver les miens, hâte de troquer le thé à la menthe contre mes vieilles habitudes européennes.

Une fois la douane franchie et ma puce française remise en selle, le fil de la communication sera rétabli. D’ici là, je me fais discrète. Mais soyez sans crainte : dès que nous aurons retrouvé la terre ferme, je déploierai pour vous tous les reliefs de notre traversée dans le prochain chapitre !

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«Voyager, c’est naître et mourir à chaque instant. On quitte un monde pour en découvrir un autre, mais on garde en soi le parfum de celui qu’on laisse derrière.»

Victor Hugo (1802 - 1885), poète, dramaturge, romancier et dessinateur français

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Vous aviez les 10 indices de l'avant dernier quiz. Avez-vous trouvé ?

  1. Avant ma création, seule l’eau immobile permettait de me remplacer.
  2. Mes tout premiers ancêtres, vers 6000 av. J.-C., étaient faits d’obsidienne, une pierre issue des volcans.
  3. À l'époque de la Rome antique, on me fabriquait spécifiquement pour réfléchir les objets, mais j'étais souvent en métal poli.
  4. Bien que j'existe en verre depuis le Ier siècle, ma qualité est restée médiocre pendant très longtemps.
  5. À la Renaissance, les maîtres verriers de cette île vénitienne ont gardé ma recette secrète pendant un siècle.
  6. Pour me rendre efficace autrefois, on utilisait un amalgame d'étain et de mercure derrière une vitre.
  7. En 1835, Justus Von Liebig a inventé le nitrate d'argent, ce qui a permis de me produire en grande quantité.
  8. Autrefois très rare, je n'étais présent que chez les coiffeurs avant de rejoindre les chambres à coucher au XXème siècle.
  9. Aujourd'hui, mon «tain» est souvent fait d'aluminium pour éviter que je ne m'oxyde avec le temps.
  10. Je suis devenu indispensable dans les salles de bains depuis 1930 pour vous aider à vérifier l'image que vous renvoyez aux autres.

Je ne suis pas la tourmaline noire. Mais je suis bien le Miroir

Bravo Ahmed, Brigitte, Francine, Sylvie, Blandine, Lysiane, Amédée, Maman et toutes les personnes qui se reconnaîtront.

Si la définition d’un miroir est une surface polie permettant de refléter une image, on parlera de 6000 av. J.C.

La surface utilisée était souvent l’obsidienne, une pierre volcanique au pouvoir réfléchissant.

Avant cette époque, seule la surface de l’eau immobile permettait de voir son image

Si en échange on considère le miroir comme étant une invention telle que celle-ci est créée spécifiquement pour réfléchir la personne ou l’objet placé devant, on se situe à l’époque de la Rome antique (entre 27 avant J.C et l’an 476)

L’apparition du miroir en verre est une date très controversée par les historiens, qui s’accordent cependant pour la située entre le Ier et le IIIème siècle.

Dans un premier temps, on utilisait donc le verre pour des miroirs de très petites dimensions, en y opposant au dos une feuille de métal.

Mais la technique étant rudimentaire, à cette époque, ce type de miroir était de qualité très médiocre. Raison pour laquelle, les miroirs en métal étaient bien plus utilisés.

Il faudra attendre l’époque de la Renaissance (XVIème) et la passion des verriers de l’île de Murano pour voire les premiers miroirs en verre dont l’arrière était recouvert d’un amalgame d’étain et de mercure.

On sait que les maîtres verriers vénitiens on conservés la recette durant près de 100 ans, avant de partager ce savoir-faire à l’Europe.

C’est en 1835, que le chimiste allemand Justus Von Liebig inventa le nitrate d’argent qui permis la fabrication de miroir en grande quantité et à moindre coût.

Mais à cette époque, le miroir était encore considéré comme un objet de luxe et en posséder un, restait une chose assez rare. Seuls les coiffeurs en disposaient d’un ou deux dans leur salon.

Ce n’est qu’au début du XXème que le miroir se démocratise et apparaît sous forme de «miroir en pied» dans les chambre à coucher.

Puis vers 1930, le miroir envahi les salle-de-bains, permettant de visualiser l’image que l’on donne aux autres.

Aujourd’hui la technique à évoluée, délaissant l’argent qui a tendance à s’oxyder, au profit de l’aluminium et d’une couche de cuivre ou de plomb (le tain) donnant ainsi l’aspect opaque.

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De Assilah nous allons à Tanger-Med

Puis en bateau à Algéciras

Tu regarde le continent marocain s'éloigner ?

Oh lala c'est difficile de traverser le détroit !

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

mardi 12 mai 2026

Le Grand Rangement et l'Adieu aux Échos

L’heure est venue de préparer notre retraite maritime. Dans le ventre de ma carapace, c’est un étrange ballet : chaque souvenir doit être calé avec une précision d'horloger, la vaisselle bien entassée et les casseroles bien empilées, au risque de tout retrouver chamboulé après la traversée. Un seul oubli, et le mouvement des vagues transformerait mon logis en un champ de bataille sonore, un séisme domestique dont je veux, en Tortue prévoyante, nous prémunir.

Phil, mon Lièvre de mari, Directeur Technique & Esthétique et Ministre des Fluides, s’est déjà acquitté avec sa vivacité habituelle du dossier très «glamour» des vidanges, veillant aux dernières veines de notre demeure roulante. De mon côté, en qualité de PDG de l’Intérieur et Ministre de la Communication, je me suis acharnée à dompter chaque recoin pour que la cuisine ne ressemble pas à un champ de bataille. Entre deux rangements, je joue les copilotes de luxe, préparant avec soin la carte routière et le GPS qui nous guideront bientôt vers d'autres horizons.

Dans mon sac, les reliques de notre retour sont déjà alignées comme des soldats prêts à l'inspection. La carte SIM française attend de reprendre du service, tandis que la monnaie européenne fait tinter son métal froid, nous rappelant que l'euro remplacera bientôt le cuivre des dirhams. Passeports, carte grise, autorisation de circuler sur le territoire marocain et billets de bateau sont à portée de main, prêts à être dégainés face aux uniformes des douanes et de la police marocaines tout comme espagnoles. Tout est là, en règle, dans l'attente du signal, pour que le passage entre deux mondes se fasse sous les meilleurs augures.

Pourtant, je ne repars pas les mains vides. Dans les placards de ma carapace, il y a du miel et des souvenirs, sur mon doigt une jolie bague en argent sertie d'un onyx, mais dans mon carnet vert, il y a l'âme de ces villages et le sourire de nos amis de Sidi-Ifni, de Ounagha et ceux de Marrakech. C'est ce trésor-là qui m'aide à franchir le détroit.

Ce «trésor», c'est la seule richesse que le passage des douanes ne pourra jamais me retirer. En franchissant le détroit, ma carapace est peut-être plus légère physiquement, mais mon carnet vert, lui, pèsera tout le poids de cette humanité rencontrée au fil des pistes.

Demain, dès que l’ancre sera levée, le tumulte de l'Europe viendra étouffer la musique de ces derniers mois. Imaginez la scène : moi, cramponnée à la balustrade, défiant le tohu-bohu des vagues, ou sagement ancrée sur un fauteuil scellé au sol pour ne pas valser avec la houle. En regardant les côtes marocaines s'estomper dans une brume de nacre, je n'entendrai plus les échos de ce pays qui m'a tant offert. Les Salam Alaikum protecteurs, les Choukran reconnaissants et les Mae alsalama qui ponctuaient nos étapes s’évanouiront dans l'écume.

Le chant profond du Muezzin, cette plainte sacrée qui rythmait nos aubes et nos crépuscules, s'effacera bientôt devant le carillonnement joyeux et un brin désordonné des cloches de nos églises. Je n'entendrai plus ce Labess qui rassure, ce «un chouïa» qui sait si bien marchander le temps, ou cet Inch’Allah suspendu à chaque destin comme une promesse. Et, signe ultime de notre retour à la réalité hexagonale, je devrai contraindre les aiguilles de ma montre à un petit bond en avant : nous allons retrouver l'heure française et dire adieu à ce décalage horaire qui nous donnait l'impression de vivre dans une parenthèse enchantée.

Mais avant de clore ce chapitre, une dernière déambulation dans le dédale de la Médina, un ultime échange de regards avec l'Océan et la halte inéluctable dans un petit restaurant s'imposaient comme un rite sacré.

En franchissant pour la dernière fois la porte arrière de mon petit village, je posai le pied sur l'esplanade baignée de lumière. Sous mes pas, le pavage clair dessinait d'élégantes ondes minérales, comme si l'Océan, avant même que je ne l'atteigne, avait déjà imprimé sa marque sur le sol. Je traversai cette étendue graphique, entre les palmiers altiers et les réverbères d'azur, pour rejoindre le front de mer. L’air était d'une clarté absolue, offrant un dernier tableau magistral où la blancheur du sol répondait à l'insolence du ciel.

Une fois parvenue au parapet, je laissai mon regard se perdre sur l'immensité de l'Océan, le cœur saisi par un brin de nostalgie. Au loin, un navire solitaire traçait son sillage sur une mer de turquoise, comme un messager m'indiquant la voie. Je contemplai ce balancement infini une ultime fois, savourant l'odeur des embruns qui semblait vouloir me retenir encore un peu. C'était un adieu silencieux à cette rive marocaine, une dernière caresse visuelle avant que la Médina ne m'enveloppe de son ombre fraîche pour le repas d'adieu.

Puis, tournant le dos à l'écume, je franchis les remparts imposants. Ces hautes murailles de pierre ocre, témoins séculaires des assauts de l’histoire, se dressaient fièrement sous l'insolente clarté du jour. En franchissant cette porte de pierre, je laissai derrière moi le souffle du large pour retrouver la protection du dédale. C’était une immersion volontaire dans l'ombre et la chaux, un passage solennel entre la puissance de l'Atlantique et l'intimité secrète de la Médina.

Me revoilà, une dernière fois, égarée avec délices dans le dédale des ruelles. Ici, la tentation est partout, suspendue aux auvents sous forme de grappes de babouches aux cuirs chatoyants, ou s'étalant sur les murs en tapis aux motifs ancestraux. Pourtant, je reste fidèle à ma promesse de Tortue : mes yeux dévorent les couleurs, s'imprègnent de ce bleu azur qui vibre contre la chaux blanche, mais je n'achète rien. Mon bagage est ailleurs, fait de sensations et de lumières que je glane au fil de mes pas. Je flâne, simple spectatrice de ce théâtre de parfums et de reflets, savourant la gratuité de cet ultime voyage immobile.

Puis, franchissant à nouveau les remparts, je laissai derrière moi le murmure des ruelles pour retrouver la clarté de la place. Comme attirés par un aimant familier, nos pas nous guidèrent naturellement vers le restaurant «La Place». Nous y étions déjà attablés la veille, séduits par la justesse des goûts et la chaleur de l'accueil. En tenant entre mes mains la carte du menu, ornée de son invitation «Soyez les Bienvenue», je sentis une pointe de réconfort. Revenir ici, c’était comme saluer une dernière fois nos habitudes avant l’inconnu du détroit. Dans cette salle où les rires se mêlaient au cliquetis des couverts, nous nous apprêtions à célébrer le point final de notre épopée culinaire marocaine.

L’ambiance, d’ordinaire feutrée, fut soudainement bousculée par l’arrivée d’une joyeuse troupe venue de l’autre rive. Ils étaient près de trente Espagnols, s’éparpillant par groupes de quatre autour des tables carrées dans un brouhaha chaleureux qui annonçait déjà notre destination de demain. Je ne pus m'empêcher d'observer avec une pointe de compassion le manège des serveurs : ils s'affairaient sans relâche, multipliant les allers-retours entre la cuisine et la salle. Je les regardais monter et descendre la volée de marches avec une agilité de funambules, portant à bout de bras les saveurs fumantes de ce Maroc que nous nous apprêtions à quitter.

Au milieu de ce tourbillon, notre serveur officiait avec une patience irréprochable. Sa silhouette, longiligne et droite comme un cèdre, imposait naturellement le calme. Sous ses lunettes d'écaille, son regard attentif restait concentré sur son carnet, tandis que ses mains, aux doigts fins et précis, notaient chaque détail avec une application presque académique. Le temps semblait glisser sur son visage émacié, où chaque ride d'expression racontait une vie de courtoisie. Vêtu d'une chemise blanche au col impeccable, il se déplaçait avec une économie de gestes qui trahissait une longue habitude du service, offrant à chaque tablée ce mélange rare de réserve et de profonde gentillesse. Je l'admirais, immobile un instant pour recueillir un souhait, puis repartant d'un pas feutré vers l'effervescence des cuisines. Il était, pour cet ultime midi, le visage bienveillant d'Asilah, scellant notre départ d'une dernière touche de grâce et de courtoisie.

Bientôt, notre table se para d'un dernier festin de saveurs simples et authentiques qui arrivèrent de concert. Pour moi, ce fut une salade marocaine, fraîche et croquante, une mosaïque de tomates et de poivrons que j'avais exigée sans ail pour ne garder que le goût pur du soleil. Elle trônait fièrement aux côtés d'une omelette ronde et généreuse, dont la surface dorée par le feu semblait retenir toute la chaleur du jour. Accompagnée de quelques frites croustillantes et de tranches de tomates rouges comme la terre ocre, cette assiette était l'humble hommage à la perfection de celles que j'avais dégustées tout au long de notre périple. Chaque coup de fourchette était une célébration de cette cuisine de l'instant, sans artifice, mais pleine de cœur. Mon Lièvre, fidèle à ses péchés mignons, jeta de nouveau son dévolu sur des crevettes pil-pil frémissantes, dont le parfum épicé venait chatouiller mes narines une ultime fois. Nous mangions avec lenteur, savourant chaque bouchée comme si nous voulions emprisonner dans nos palais ces arômes de terre et de mer avant qu'ils ne deviennent des souvenirs.

Mais le calme de notre dégustation fut bientôt balayé par une effervescence toute ibérique. Alors que nous n'avions pas encore terminé nos assiettes, nos voisins espagnols, pressés par l’ombre du chauffeur de car qui faisait déjà le pied de grue sur le trottoir, entamèrent une procession bruyante vers la caisse. Ce fut alors une cacophonie indescriptible : chacun voulait régler sa part, dans un ballet de billets et de voix fortes qui me rappela irrésistiblement le célèbre sketch de Muriel Robin, «L'Addition». Je regardais avec amusement ce tourbillon de chiffres et de mercis, savourant le contraste entre leur hâte de repartir et ma volonté de Tortue de faire durer chaque seconde sur cette terre ocre.

Pour clore ce festin en apothéose, nous avions succombé à la tentation d'une dernière douceur : une crème caramel. Mais au moment de présenter l'addition, notre bienveillant serveur nous fit la surprise de nous en faire cadeau, l'offrant avec la grâce d'un ultime sourire. Elle trônait au centre de l'assiette, ferme et généreuse, baignant dans un lac de sucre fondu aux reflets d'ambre. Chaque cuillerée de cette texture fraîche et fondante agissait comme un baume, prolongeant le plaisir de l'instant. C'était le point final parfait, une note sucrée et délicate pour sceller nos adieux à la table marocaine avant de reprendre le chemin vers notre carapace.

En quittant la chaleur du restaurant, nous avons retrouvé la lumière d'Asilah, jetant des reflets d'or sur les remparts. Nous avons regagné notre carapace d'un pas lent, le cœur lourd mais comblé, savourant chaque mètre de ce sol que nous ne foulerions plus demain, ou peut-être l'année prochaine Inch’Allah. Une dernière nuit sous ce ciel pur, un dernier souffle d'air iodé, et le voyage changera de visage.

Vous me retrouverez, dans le prochain chapitre, de l'autre côté de l'eau. Une autre rive, une autre langue, mais avec, ancré au cœur, le souvenir indélébile de cette terre ocre.

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«On ne trouve pas ce que l'on cherche, on trouve ce qui nous attend.»

Proverbe de voyageur

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Et si on jouait ?

Voici un avant dernier quiz, vous avez les 10 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne demain.

Avez-vous trouvé ?

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Je suis chargée de souvenirs 

Tu attends le bateau ?
mais c'est que demain....

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

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