mardi 14 avril 2026

Le grand bazar

Dès l'aurore, une carapace d'un jaune insolent, que l’on nomme ici «Taxi», nous attendait au seuil du village. Nous y avons pris place, trois tortues et trois lièvres serrés dans cette coquille couleur passereau. Nos compagnons de route, deux Autrichiens et deux Suisses, devisaient dans une langue aux sonorités de bois sec ; point de culottes de peau ni de chapeaux à plume, mais un voisin de banquette dont l’obturateur de l’appareil photo cliquetait sans trêve à chaque virage.

Nous avons alors plongé dans l'enfer joyeux de Marrakech. C’est un ballet infernal : des berlines luisantes, des mobylettes pétaradantes, des vélos funambules et des piétons intrépides s’entrecroisent dans un chaos qui semble chorégraphié. À ma gauche, j'apercevais le bout de roue d'une mobylette tentant une incursion audacieuse ; je retenais mon souffle, mais notre chauffeur, avec le flegme de ceux qui ont dompté le monde au volant, naviguait dans ce courant avec une précision d'orfèvre.

Déposés près de l’emblématique place Djemaa el-Fna, nous avons affronté une mer humaine sous un soleil incandescent. La place est un théâtre permanent : les vendeurs de jus de fruits, perchés sur leurs camions panoramiques, exposent des pyramides d’agrumes vibrantes de couleurs ; l'orange vif, le vert acide du kiwi et l'or de l'ananas. L'air est saturé de l'odeur sucrée des fruits pressés, mêlée au parfum âcre de la poussière et du cuir chaud. Plus loin, le porteur d'eau dans son habit traditionnel fait tinter ses cloches de cuivre dans un cliquetis métallique, tandis que les cireurs de chaussures interpellent Phil, dont les souliers semblent être une cible irrésistible.

J'avais gardé pour nous le secret de la Médersa Ben Youssef, ce joyau saadien de 1564. Mais arrivés au seuil de ce bastion du savoir, la déception fut de taille : une cohue indescriptible et des guides brandissant leurs drapeaux tels des étendards de guerre bloquaient l'accès. Devant ces centaines d'ombres pressées, nous avons préféré fuir ce tumulte.

À quelques pas de là, le Musée de Marrakech nous a ouvert ses portes de cèdre. Ancien palais de Mehdi Mnebhi, ce lieu est un havre de fraîcheur ouatée. Dès l'entrée, le patio nous a saisis par sa démesure : un lustre monumental en cuivre ciselé, de six mètres de diamètre, trône sous un plafond à caissons. Cette pièce maîtresse d'une tonne baigne le sol de marbre d'une lumière dorée, créant une atmosphère mystique. Tout autour, les salles exposent des tapis aux couleurs telluriques, des fibules d'argent et des poteries dont l'odeur terreuse rappelle les montagnes de l'Atlas.

Repus de beauté, nous avons cherché refuge au restaurant «Le Grand Bazar». Perché en terrasse, j'observais l'enfer d'en bas avec un sentiment de sécurité délicieux. Phil s’est régalé de crevettes Pilpil dont le parfum ailé et pimenté chatouillait mes narines, tandis que je savourais un Bowl de riz paré de mangue, d'ananas et de saumon ; un festival de fraîcheur acidulée. Les serveurs, élégants dans leurs gilets noirs, tournaient autour des tables avec des plateaux argentés étincelants.

Le retour fut une caresse pour les yeux. Face à la majestueuse Koutoubia, nous avons retrouvé notre taxi jaune. Le trajet nous a offert le spectacle des boulevards tapis de gazon fraîchement tondu, où les bougainvilliers pourpres, les palmiers, les cactus et les orangers dessinent une lisière de fleurs. En traversant la Palmeraie, l'air s'est fait plus léger.

De retour dans notre petit village, nos mimosas nous ont accueillis en beauté. Ils commencent à perdre leurs pompons, semant sur le sol une poudre jaune d'or qui, sous la brise, vole comme une neige de printemps. Fatigués mais le cœur rempli d'images, nous savourons le silence retrouvé de notre carapace.

Ainsi s'achève notre parenthèse rouge. Alors que le soleil décline, laissant derrière lui un ciel de nacre, nous retrouvons le calme de notre carapace. La Médersa est restée un secret pour cette fois, mais qu’importe : nous avons bu la lumière du palais Mnebhi et goûté à la ferveur de la place. Ce soir, sous la neige dorée des mimosas, je réalise que le plus beau des monuments n'est pas toujours celui que l'on visite, mais celui que l'on porte en soi : le souvenir d'une journée partagée, rythmée par les rires et les parfums d'Orient.

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«On ne possède rien d'autre que ce que l'on a dans le cœur.»

Proverbe marocain

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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.
  4. Je suis un réservoir vivant.

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Les calèches au milieu de la circulation

Le porteur d'eau dans son costume

Dans le musée de Marrakech je vous laisse regarder les photos :


Je ne pouvais pas laisser passer ça !








Regardez bien le lustre !













Place Djema El Fna






Nouvelles lecture pour chacun

Rentrons au calme

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

lundi 13 avril 2026

L’Escale des Mille Accents

Autour de ma carapace, le village s'est métamorphosé en un cosmopolite carrefour des nations. Si les «Ach !» vigoureux et les «Wunderbar !» enthousiastes de nos voisins germains dominent souvent l'air vibrant, ils se marient désormais au flegme distingué des Britanniques, aux paroles chantantes des Italiens et aux conversations incessantes des Espagnols, qui semblent ne jamais vouloir s'épuiser. Ces voix se mêlent aux accents malicieux de nos cousins suisses et belges, ainsi qu'aux sonorités chaudes et rythmées de la Darija, cet arabe dialectal marocain dont les «Salam» et les «Labass» ponctuent l'air d'une bienveillance fraternelle. C'est une véritable symphonie de cordes vocales étrangères, un bourdonnement de dialectes aux sonorités de bois et d'acier qui flottent dans l'atmosphère, me changeant parfois en une exploratrice égarée en terres lointaines.

Heureusement, dans l'intimité de ma «rue», quelques voix familières viennent dissiper ce brouillard linguistique. Quel ravissement d'entendre les notes chantantes de notre langue maternelle ! Ces tortues et ces lièvres français sont autant de phares rassurants dans cette mosaïque de cultures. Au-dessus de nos têtes, les mimosas déploient leurs pompons d'un jaune éclatant, de véritables petits soleils de soie qui exhalent un parfum poudré et sucré. Ils côtoient les oliviers centenaires au feuillage argenté qui scintille sous la brise, apportant une ombre salvatrice et une note herbacée à l'air ambiant. C'est dans ce décor de nacre et d'or que les oiseaux s'en donnent à cœur joie, leurs trilles cristallins composant la plus belle des musiques.

Parfois, un détail insolite attire mon regard : une petite poussette de baigneur, abandonnée au pied d'une carapace voisine. La poupée, sans doute, doit être blottie dans les bras d'une petite fille ; après tout, il faut bien cet équipage pour promener ce bébé de plastique à travers les allées !

Tout au long de la journée, le village devient un immense théâtre de saveurs. Dès que l'on flâne, les effluves sucrées du chocolat des Suisses viennent taquiner les narines, tandis qu'un peu plus loin, l'odeur puissante d'un fromage belge s'invite avec audace. Le crépitement des barbecues répond alors au chuintement des tajines. On respire ici la simplicité d'un œuf au plat, là le parfum fumé d'une viande saisie, ou encore l'exhalaison iodée des sardines.

Mais ce sont surtout les rituels de l'aube et du crépuscule qui marquent l'air : l'odeur ronde et torréfiée du café matinal qui s'échappe des cafetières italiennes, bientôt rejointe par la fragrance vive et rafraîchissante du thé à la menthe. Ce parfum sucré et herbacé, véritable signature de l'hospitalité qui nous entoure, s'élève en volutes légères au-dessus des carapaces, liant tous ces arômes dans une même harmonie gourmande.

Le campement est à son apogée : plus de deux cent soixante-dix carapaces abritent une légion de six cent quarante lièvres et tortues. Le village affiche complet dans un ballet incessant. Au cœur du camp, réservé au groupe, les voyageurs sont serrés comme des sardines ! De colossales carcasses d'acier, perchées sur de hauts pneumatiques, toisent de plus modestes montures. Leur passage soulève un voile de poussière ocre, une terre fine qui porte l'odeur sèche des pistes. En les regardant s'ébranler, je ne peux m'empêcher de songer au prix du plein de ces géants. Leurs réservoirs doivent engloutir des fortunes ! Je suis bien heureuse que ma modeste carapace soit moins gourmande.

Malgré ce tumulte, les gardiens de l'accueil conservent leur sourire imperturbable. Leur patience m'émerveille. Pendant ce temps, la grenouille météo grimpe avec audace : les oracles annoncent une semaine où le mercure frôlera les quarante degrés ! Mais cette fournaise ne saura entamer notre détermination. Nous irons visiter cet endroit que nous gardons jalousement secret, ce monument mystérieux dont je ne vous livrerai les détails qu'au moment de son plein enchantement.

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«Le voyage est la plus courte distance entre deux personnes.»

Anonyme

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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.

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Il y en a encore de beaucoup plus gros...

...mais...

...il y avait trop de monde autour...

...pour faire un cliché !

Les vélos doivent être bien fixés !

Je cuisine français !

Reviens dans ma carcasse, celle-ci n'est pas à nous !

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

dimanche 12 avril 2026

Le Sablier suspendu et l’Envol du Ballon

À quatre heures trente ce matin, le Muezzin a laissé s'envoler son premier appel, un murmure sacré en sourdine qui flottait sur la ville endormie. Dans le silence de velours, l'aboiement d'un chien solitaire a surgi, trouvant aussitôt son écho dans les lointains, comme un dialogue secret entre les ombres.

Un hibou s'est alors éveillé, déchirant la tranquillité nocturne de ses cris aigus et saccadés, véritables griffures sonores dans le calme profond. À mes côtés, je percevais à peine le souffle régulier de Phil, paisiblement égaré dans les bras de Morphée. Je ne voulais pour rien au monde interrompre son songe enchanteur. Je me suis donc extraite de ma carapace avec des précautions de voleuse, glissant vers le salon pour allumer un néon discret. Mais le calme fut de courte durée : une mouche, bientôt rejointe par ses comparses, a entrepris une danse obsessionnelle autour de mes orbites.

Leur bourdonnement exaspérant m'a forcée à délaisser mon crayon et mon carnet vert, déjà bien barbouillé de pensées, pour empoigner le «fusil» à insectes. La traque fut mémorable. D'un geste vif et précis, j'ai vu quatre, puis cinq, et enfin six de ces importunes rejoindre leur complice au fond de la poubelle. Victorieuse de ce duel matinal, j'ai enfin pu reprendre la plume dans un silence retrouvé, sans avoir troublé d'un seul bruit le sommeil de mon «Lièvre ».

Il faut dire que la veille avait été d'une tout autre lumière. Le miroir m’avait adressé de cruels avertissements : des fils d'argent, traîtres et persistants, s’étaient invités dans ma chevelure. Ma crinière encerclait mon visage d'un nuage indiscipliné ; je ressemblais à une pomme bien ronde égarée dans un verger sauvage !

Dans l'atmosphère ouatée du salon privé, assise dans un fauteuil crapaud recouvert d'une couverture crème, entre les effluves chimiques et fleuries et le souffle chaud du séchoir, la métamorphose s'est opérée devant une psyché. Quel enchantement ! De fines mèches blondes, telles des fils de soie, dansent désormais sur une base ambrée aux reflets de miel chaud. Avec un maquillage subtil, le miroir ne reflète plus une baroudeuse, mais une mine radieuse. Je suis redevenue une jeune femme pomponnée et raffinée. Se respecter, c'est offrir le respect aux autres.

Pendant ce temps, Phil vibrait au rythme des impacts sourds et des clameurs des stades. Il a vu les Françaises dompter l'Italie (40-7), puis Toulon l'emporter sur Glasgow (22-19). Pour ma part, l'alchimie de ce jeu m'échappe totalement ; pourquoi ces colosses ne disposent-ils pas chacun de leur propre balle ? Cela épargnerait bien des mêlées poussiéreuses !

En me voyant revenir, Phil a délaissé ses rêves de Grand Chelem. Un regard chargé d'un émerveillement complice a illuminé son visage. Sa joie était palpable : voir sa tortue ainsi rajeunie, parée de nuances solaires, a semblé le combler plus que n'importe quel essai transformé. Le Lièvre délaisse d'ordinaire la lucarne magique, mais le sport lui offrait une parenthèse dans son emploi du temps de ministre, entre le savonnage de ma carcasse au jet d'eau pétillant et le peaufinage de son bronzage aux nuances congolaises.

Ainsi s’est achevée cette journée de contrastes, où le temps a suspendu son vol. Tandis que Phil savoure encore l'écho des victoires, je caresse mes reflets ambrées avec un plaisir secret. Le lièvre a ses ballons, la tortue a ses reflets, et sous le ciel de Marrakech, nos deux mondes s'accordent enfin dans une même sérénité. Car après tout, qu'il s'agisse de transformer un essai ou de réussir un brushing, l'essentiel est de savoir, chacun à sa manière, embellir le voyage.

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«Prendre soin de soi, c'est se donner les moyens d'être aux autres.»

Anonyme

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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.

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Je te rappelle que nous ne sommes pas en Afrique du Sud
mais au Maroc et de plus, tu regardes les matchs à la TV
tu n'es pas sur le terrain...


Chez le coiffeur, on bouquine, on boit une boisson


À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

samedi 11 avril 2026

La Fugue des Mots

Aujourd’hui, le calme a repris ses droits dans mon petit village, tel un invité de marque que l'on n'espérait plus. Dans ce silence retrouvé, les oiseaux, ivres de joie, s’en donnent à cœur joie ; on dirait qu’ils savourent enfin le privilège d’être écoutés. Phil, de son côté, poursuit avec une persévérance de médaillé olympique sa quête du bronzage parfait, ambitionnant une nuance ébène aux reflets congolais, tout en tournant les pages de son thriller dont le papier crisse sous ses doigts chauffés par l’astre.

Pour ma part, je boude les UV, craignant avec malice que ma carapace ne finisse par se détacher sous une telle ardeur ! Je préfère la traque des mots, ces petits rebelles que je tente d’apprivoiser pour former des phrases, puis des paragraphes, bâtissant ainsi mon article quotidien ou polissant, jour après jour, ce roman qui m’habite. Quand l’inspiration joue les timides, je me retire dans ma bulle. Je glisse mes écouteurs et laisse les notes cristallines d’un piano s’égrener dans mon esprit. Cette musique suave, telle une pluie fine sur une terre assoiffée, fait refleurir instantanément mon imaginaire. À mes côtés, un verre de thé à la menthe laisse échapper une volute de vapeur émeraude. Son parfum vif vient taquiner mes narines, se mêlant à l'odeur boisée de mon carnet. Chaque gorgée, brûlante et ambrée, est une petite célébration de l'hospitalité marocaine qui ponctue mes réflexions. C’est l’élixir parfait pour accompagner la naissance de mes paragraphes : il réveille l'esprit tout en ancrant le corps dans cette douceur de vivre. Entre une note de piano et une effluve de menthe fraîche, l'écriture n'est plus un travail, mais un pur délice sensoriel.

Le spectacle est aussi dans le jardin, où la danse des tortues se poursuit inlassablement, escortées par des lièvres toujours aussi remuants. J’aime m’abîmer dans la contemplation des oliviers au feuillage argenté dont les reflets dansent sur le turquoise de la piscine. Là, les éclats de rire des enfants en vacances et le clapotis joyeux de l’eau composent la bande-son de cet après-midi de farniente.

Pourtant, mon esprit voyage déjà un peu plus loin. Je scrute les grimoires numériques pour vérifier les heures d'ouverture d'un monument secret… Une future escale dont je garde jalousement le nom pour mieux vous en offrir la primeur et l'enchantement.

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«Écrire, c’est une façon de parler sans être interrompu.»

Pierre-Jules Renard, dit Jules Renard (1864 -1910), écrivain et auteur dramatique français

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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

  1. Je suis le doyen.

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Je préfère la traque des mots

Dans un coin, à l'abri des regards, j'écris en
dégustant une crêpe et un thé marocains

Face à la piscine, je suis inspirée
Tu devrais faire attention aux UV !

Ce mot me plaît, je vais le placer dans une phrase

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

vendredi 10 avril 2026

Le silence des Palmes

Et bien voilà, hier, la prophétie de la grenouille s’est accomplie ! Elle a fièrement gravi les échelons de son échelle de soie tandis que le ciel, tel un majordome méticuleux, pliait sa lourde couverture gris de fer pour la remiser au fond d'une armoire oubliée. À sa place, un azur insolent a repris ses droits. Mais avec la chaleur retrouvée, les mouches reviennent à la charge, tourbillonnant dans un bourdonnement agaçant pour venir me taquiner le bout du nez. Il va me falloir reprendre les armes et faire siffler ma fidèle tapette rouge sang, notre fameux «fusil», dans un «clac» libérateur qui rompt l'air tiède.

Ce matin, le ballet des tortues bat son plein. Certaines, pressées de dévorer l’asphalte aux aurores, oublient toute courtoisie : elles laissent leurs carcasses d’acier ronronner bruyamment, exhalant des volutes de fumée bleuâtre au parfum âcre et lourd de gasoil. Dans un vacarme de portières claquées et de ferraille, elles retirent leurs sabots de stabilisation, font leurs vidanges dans un glouglou sonore et sulfureux, puis lancent des adieux tonitruants.

Au milieu de ce tumulte, les alarmes stridentes des véhicules, activées par inadvertance, se mettent à hurler en saccades, déchirant l'air de leurs cris électroniques. Entre la radio éructant des tubes oubliés, le bip-bip incessant de ces alertes importunes et la voix monocorde du GPS, le chaos est total, alors même que le chant sacré du Muezzin s’élève, profond et mélodieux, pour appeler les fidèles dans une odeur de poussière chauffée.

Nous, lorsque nous quittons un lieu, nous cultivons l’art de la discrétion. Nos glaces ont déjà retrouvé leur transparence de cristal, débarrassées de leurs voiles sombres. Les préparatifs se sont faits dans un murmure : sabots rangés, adieux glissés dès la veille, nous quittons la scène sans un éclat de voix, tels des ombres glissant sur le sable.

À peine les emplacements ont-ils le temps de refroidir que le manège recommence. De nouvelles tortues débarquent, le nez au vent. On y voit souvent des lièvres impatients agrippés au volant, tandis que leurs compagnes tortues, boussole en main, scrutent les points cardinaux. Elles cherchent l’endroit parfait : celui qui offre l'ombre émeraude des palmiers contre les rayons mordants du soleil, à l'abri des regards indiscrets, mais avec l’œil aux aguets pour capter le signal invisible du wifi ou la proximité des sanitaires.

Enfin, une fois les bruyants évaporés dans un nuage de poussière ocre, le calme revient se poser comme une plume de colombe, un instant si suspendu que les oiseaux eux-mêmes osent à peine murmurer leur chant. Sur une branche d'olivier, un Bulbul des jardins, ce petit compagnon au chant si mélodieux, m'observe de son œil vif. Il semble apprécier ce silence retrouvé autant que moi, lissant ses plumes sombres avec une élégance discrète avant de s'envoler d'un battement d'ailes feutré.

Le silence n'est plus troublé que par le souffle léger du vent qui fait bruisser les palmes. L'air se sature alors d'une ivresse de senteurs : le parfum mielleux du chèvrefeuille s'entrelace à la fragrance poudrée des mimosas en fleurs. Les bougainvilliers déploient leurs cascades fuchsia tandis que les rosiers exhalent une note veloutée et noble. On perçoit même l'odeur fine et argentée des oliviers qui bordent le campement. Je peux enfin retrouver le parfum boisé de mon crayon et le grain de mon carnet pour y coucher mes notes, ou me plonger dans mon bouquin, l'esprit enfin libre.

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«Dans chaque jardin, il y a une voix qui murmure.»

Proverbe marocain

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Vous aimez jouer ? Alors retrouvons-nous demain, samedi 11 avril, pour un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

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Le balaie des tortues

C'est quoi tous ces bruits matinaux ?

Puisque je suis éveillée, je vais lire

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

jeudi 9 avril 2026

L’Art de la Lessive et du «Rien Faire»

Maintenant que l’intérieur de ma carapace est rangé au millimètre et que sa robe de métal étincelle de nouveau, nous voici officiellement passés en mode «lézard». Enfin, presque... car le ciel, dans un caprice inattendu, a décidé de tirer sur lui une épaisse couverture de flanelle grise, nous privant des rayons d’or et faisant bouder le thermomètre.

Le mercure, timide, n’affiche plus que vingt petits degrés à l’abri. Phil, fidèle à lui-même, brave la fraîcheur sans changer de tenue. Quant à moi, la frileuse de service, j’ai sagement troqué mon short aux couleurs pétantes pour un leggings plus protecteur. On nous glisse pourtant à l’oreille de nous méfier : les UV, tapis derrière les nuages, restent féroces. Mais la «grenouille» locale se veut rassurante : la chaleur devrait faire son grand retour dès que l’orage de demain aura fini de gronder.

Dans mon petit village éphémère, c’est la valse des carapaces. Un ballet incessant où certaines tortues lèvent l’ancre vers de nouveaux horizons tandis que d’autres accostent, cherchant leur place sous les oliviers.

Nous, nous avons décrété que l’occupation principale serait de ne «rien faire». Phil s’évade entre les pages d’un livre, tandis que j'avale avec avidité des romans historiques. Je me laisse porter par le souffle des siècles passés, une source d'inspiration qui vient souvent nourrir ma propre plume tandis que je peaufine mes écrits, installée dans le parfum poudré des mimosas en fleurs.

Pourtant, ce «rien faire» est un bien grand mot : mon chauffeur, pris d’un zèle admirable, a vidé et récuré la soute de fond en comble. De mon côté, j’ai orchestré une grande lessive bigarrée qui, désormais, frissonne et claque sous la brise légère. Elle diffuse autour de moi ce parfum frais de «propre» et de savon d'autrefois, une fragrance familière qui se mêle délicieusement aux effluves sucrés des mimosas. Telle une rangée de drapeaux colorés, mon linge célèbre en silence cette propreté retrouvée.

Dans ce cocon, le son se fait discret. On imagine le bruissement soyeux du vent dans les palmes des dattiers et le petit cliquetis des feuilles sèches qui s’entrechoquent. Au loin, le chant d'un oiseau caché dans l'ombre d'un olivier répond au bourdonnement sourd des insectes butineurs, irrésistiblement attirés par les corolles colorées. C’est un silence habité, une parenthèse enchantée, bien loin du fracas métallique des moteurs du Tichka.

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«Il faut savoir perdre son temps pour en gagner.»

Jean-Jacques Rousseau (1712 – 1778), philosophe , musicien, compositeur, et botaniste passionné

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Entendez-vous les oiseaux ?

Sous les mimosas

C'est un calme absolu

Nouvelles lectures pour chacun

Tu exagères, il ne fait pas froid quand même !

Je cherche des mots pour l'article de demain

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

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