On pourrait s’attarder sur l’ocre chaud des remparts du XVIe siècle, dont la terre cuite semble encore respirer la chaleur du jour. On s'égarerait alors dans le labyrinthe des souks, là où l'air sature de l'odeur musquée des cuirs tannés et du parfum grillé des épices fraîchement moulues. C’est un monde de sons : le cliquetis clair des marteaux sur le cuivre, les interpellations chantantes des marchands et le martèlement rythmé des sabots des calèches sur le goudron.
En s'éloignant un peu, c'est une autre symphonie qui prend le relais : le bruissement léger des feuilles de bigaradiers et ce parfum de fleur d’oranger, si sucré et entêtant qu'il semble suspendre le temps. C’est le souffle même de cette terre agrumicole.
Mais il suffirait de feuilleter mes anciens carnets ou un guide pour retrouver ces classiques. Cette fois, je préfère vous emmener plus bas, là où l'on ne regarde jamais : au ras du sol. Après les pluies diluviennes de cet hiver, c'est un miracle ici, la terre a littéralement explosé. Les bas-côtés et les parterres sont devenus des mosaïques flamboyantes, un tapis de vie où le rouge sang des coquelicots se mêle au violet électrique et au jaune d'or, le tout souligné par un vert d'une insolente fraîcheur.
Et maintenant, laissez-moi vous conter ma journée...
À 11 heures pile, le taxi vrombit devant notre petit village. Direction : l’antre de Maroc Telecom. Dehors, l’air vibre déjà sous une chaleur de plomb, mais quel bonheur de franchir le seuil de la boutique ! La climatisation nous accueille comme un vieux copain et, miracle, nous sommes les seuls clients. Entre nos passeports et le numéro de téléphone du Maroc, l’agent reste d’un sérieux imperturbable, presque solennel.
Pendant qu’il s’escrime à débloquer notre carte SIM (achetée sur le port et un brin capricieuse), le temps s’étire. Derrière nous, la file d’attente s’allonge, les clients s’impatientent, les murmures montent... J’ai un peu honte, mais pas question de bouger ! Sans ce précieux sésame, mon téléphone n’est qu’un presse-papier de luxe. Plus de GPS, plus de WhatsApp, plus de lien avec le monde. Une heure plus tard, victoire : le signal revient, la vie numérique reprend !
Nous plongeons alors dans le labyrinthe des ruelles. Les remparts ocre nous renvoient une chaleur féroce, presque solide, qui vous plaque au sol. On cherche désespérément l’ombre courte des échoppes, là où s’échappe parfois un courant d’air chargé de l’odeur du cuir tanné et des épices.
Direction la grand-place, au Roudani, notre QG. Quel régal ! On entend le grésillement des cuisines avant même de s’asseoir. La salade marocaine arrive, croquante et gorgée de soleil, suivie des brochettes de bœuf pour Phil et d’une omelette berbère fumante pour moi, sans épices comme je le souhaitais. On noie la chaleur sous de grandes rasades d'eau gazeuse bien frappée.
Puis, nous repartons sous le soleil qui nous mord la peau vers les poteries berbères que nous aimerions acheter. Là, les étagères, débordent de terres cuites aux couleurs de la terre. Mais le marchand a l’esprit ailleurs : le vendredi est jour saint, et la Mosquée l’appelle plus fort que nos dirhams. Tant pis pour la vente manquée, c'est aussi ça le rythme du pays.
Pour clore la journée, place au grand frisson : la calèche !
Au rythme du trot des chevaux sur les pavés, on frôle les murs, on évite les passants d’un cheveu, on slalome entre les voitures dans un concert de klaxons et de cris. C’est magique. Au-dessus des clôtures, les bougainvilliers "vomissent" littéralement leurs couleurs : des cascades de rouge pétant, de rose fluo et de jaune citron qui explosent sur le ciel bleu azur.
Grâce à WhatsApp (enfin ressuscité !), Ahmed m'éclaire sur ce magnifique bâtiment devant lequel nous passons : c'est le temple des produits du terroir de Taroudant, une vitrine pour 55 coopératives locales. L'objectif est de les soutenir et de promouvoir l'économie.
De retour à ma "carapace", une douche fraîche finit de laver la poussière et la fatigue. C’était une journée intense, colorée et sonore. Demain, avant que le soleil ne vienne à nouveau nous mordre, nous reprendrons la route vers l’Est, là où l’horizon nous attend.
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«Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.»
Marcel Proust (1871 – 1922), écrivain français
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Voici un nouveau quiz, avec le 7ème et dernier indice. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! La réponse sera en ligne dimanche, le 5 avril.
- Je ne suis pas droit
- Je suis constitué de deux éléments
- J'interroge
- Je peux remplacer un ou une inconnu(e)
- Je peux insinuer un doute
- Je marque la fin d'une phrase
- Je suis un type écrit
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| Les remparts ont soufferts après le tremblement de terre |
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| Le Roi a débloqué des fonds pour réparer les dégâts |
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| Les Bougainvilliers |
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| Les remparts renvoient la chaleur |
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| Ici, a été tourné une partie du film Ali Baba, Je recherche les 40 voleurs, mais je ne les vois pas ! |
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| La grande mosquée |
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| Dans le Souk |
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| De la terrasse du restaurant |
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| L'incontournable salade marocaine |
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| Les brochettes de Phil |
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| Mon omelette berbère |
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| Sous un balcon, c'est très ancien |
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| Aïe ! passera ou ne passera pas ? |
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| L'ancienne porte |
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| Un vrai capharnaüm... |
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| ... dommage, il a perdu une belle vente ! |
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| Une vue depuis mon petit village, de l'autre côté de l'Atlas, se trouve Marrakech |
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| Nouvelle lecture pour Phil |
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| Nous sommes à Taroudant |
| Ça ne va pas ! Reviens dans la calèche... |
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| Vite, sous la douche, je suis épuisée ! |
À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !





















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