lundi 4 mai 2026

L'Appel du Grand Large

Les voiles blanches de ma lessive d'hier, après avoir dansé sous les rayons d'or et le souffle des cimes, ont enfin rejoint les tiroirs de ma carapace, impeccablement repassées et parfumées de grand air. Une ultime corvée, quelques pièces lavées à la main, claque encore joyeusement au vent souverain qui descend des sommets, comme un dernier signal d'adieu. Sous mon toit de métal, l'ordre règne : l'inventaire des placards est achevé depuis hier et ma liste de courses, telle une feuille de route gourmande, n'attend plus que son exécution.

Je quitte ces hauteurs le cœur lourd mais comblé. J’emporte avec moi le souvenir vibrant des singes magots, ces exilés au regard d'ambre à qui nous avons tendu un peu de vie dans un flacon de cristal. Un geste dérisoire, je le sais, mais si chaque voyageur acceptait de devenir, l'espace d'un instant, un porteur d'eau... J’emporte aussi les parfums de l’étable où les chèvres, au milieu du foin blond, nous ont confié leur précieux fromage, ainsi que l'or ambré de l'apiculteur, ce miel de caroubier et d'oranger qui embaume déjà mes placards.

Et que l'on se rassure : la tortue est saine et sauve ! Malgré l'agitation des derniers jours, je n'ai point été attaquée par la farouche troupe de «petits indiens» qui battaient la campagne. Bien qu'ils aient investi les allées, armés de leurs bâtons de guerre, aucune flèche imaginaire n'a percé ma coquille. Je sors donc indemne de ce village d'altitude, prête pour de nouvelles conquêtes.

J’ai aimé ce Maroc vert, ces montagnes qui respirent et ce silence qui soigne. Pourtant, ma nature de tortue me titille ; ma carapace commence à peser sur place. Il me faut l'avouer : l’Océan, avec un O aussi vaste que l'horizon, me manque cruellement. J'ai soif d'iode, de sel et de ce bleu délavé qui se confond avec le ciel.

Demain sera consacré au rituel du rangement, ce moment où chaque objet retrouve sa place pour affronter les secousses de la route. Mercredi, dès l'aube, nous lèverons l'ancre vers une destination mystérieuse... Je vous laisse à vos pronostics et à vos cartes, car si votre regard suit la ligne de mon envie, vous pourriez bien deviner où le vent nous porte.

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«Partir, c'est s'offrir un nouveau regard sur le monde et un nouveau souffle pour son âme.»

Anonyme

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Et si on jouait ?

Voici un nouveau quiz, il y a 10 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.

  1. Avant ma création, seule l’eau immobile permettait de me remplacer.
  2. Mes tout premiers ancêtres, vers 6000 av. J.-C., étaient faits d’obsidienne, une pierre issue des volcans.
  3. À l'époque de la Rome antique, on me fabriquait spécifiquement pour réfléchir les objets, mais j'étais souvent en métal poli.
  4. Bien que j'existe en verre depuis le Ier siècle, ma qualité est restée médiocre pendant très longtemps.
  5. À la Renaissance, les maîtres verriers de cette île vénitienne ont gardé ma recette secrète pendant un siècle.

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Ma carapace est toute propre

Tu étudies les guides du Maroc ?

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

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