dimanche 3 mai 2026

Ménage de Printemps et Mélancolie du Départ

Dans notre petit village perché, le temps semble avoir trouvé son point d'équilibre. Il n’y fait ni trop chaud, ni trop froid ; un doux 22 degrés règne en maître sous un soleil caressant, offrant une trêve bienvenue après la fournaise de Marrakech. Ce repos, nous l'avons savouré jusqu'à la lie, laissant le calme des montagnes infuser nos esprits fatigués. Mais pour une tortue et son lièvre, le repos n'est jamais synonyme d'inaction.

Ma carapace, malmenée par les vents du désert, réclamait justice. Nous avons entrepris un véritable rituel de purification pour chasser ce sable voyageur qui s'était glissé jusque dans les moindres recoins. Sous l'effet du savon et de l'huile de coude, le tableau de bord a retrouvé l'éclat de ses premiers jours, reflétant à nouveau la lumière limpide de l'Atlas. Les cuirs et les tissus des sièges, imprégnés de l'odeur du propre, semblent respirer à nouveau. Placards vidés, inventaire méticuleux du frigidaire et du congélateur… tout a été passé au crible.

Pourtant, au milieu de cette organisation sans faille, un manque commence à se faire sentir. Les paniers crient famine et la fraîcheur des vergers voisins ne suffit plus à combler nos envies de diversité : il nous manque ces fruits croquants, ces légumes gorgés de soleil et ces petites bricoles introuvables sur nos hauteurs solitaires. Ce besoin de ravitaillement est le signal indéniable que l'immobilité a fait son temps. Je sens poindre en moi cette hâte familière, cette soif de découvrir ce qui se cache derrière le prochain lacet. L'asphalte nous appelle, noir et prometteur.

Mais le voyage sait aussi se faire patient face aux passions. Demain, la route attendra : Phil a rendez-vous avec l'ovale. La parabole, dressée vers l'azur et parfaitement orientée, capturera l'effervescence de deux matchs de rugby qu'il ne saurait manquer : le Leinster face à Toulon, puis Montpellier défiant les Dragons. Nous attendrons donc mardi pour que la frénésie du rangement s'empare de nous, avant de lever l'ancre le lendemain. Encore quelques instants de répit sous les cimes, le temps d'une dernière mêlée télévisée, avant que le moteur ne vienne enfin rompre la symphonie du silence.

Ce matin, à neuf heures, le décor était pourtant bien différent du calme habituel. Habillée, mon petit déjeuner englouti et ma «carapace» étincelante, j'ai pourtant hésité à sortir de ma coquille. La brume, s'élevant des flancs de la montagne comme une haleine légère, révélait une agitation inattendue : une troupe de «petits indiens» avait investi les allées de mon village ! Armés de bâtons, il ne leur manquait que des plumes imaginaires dans les cheveux pour parfaire l'illusion. Un peu plus loin, les cris de joie annonçaient un tournoi de Wimbledon improvisé ; congés obligent, la jeunesse marocaine célébrait le grand air.

Au milieu de cette effervescence enfantine, certains de ces petits explorateurs m’ont interpellée, s’enquérant de destinations lointaines alors que nous foulions déjà le sol de leur propre royaume. À leur curiosité, je réponds par le trait et le dessin. Je joins à mon carnet le fil d’Ariane de notre odyssée actuelle : un premier sillage de Tanger-Med à Sidi Ifni, une remontée vers les ocres de Ouarzazate, puis un détour sinueux par l’Oasis de Fint et le Ksar d’Aït Ben Haddou avant de rejoindre l’agitation de Marrakech et notre ascension finale vers le calme d'Azrou.

Certains me diront : «Vous n'avez pas été dans le Sud-Est cette année ?». Je leur répondrai que l'on ne peut aller partout sans approfondir l'environnement, sans partager véritablement avec les autochtones. On ne peut tout voir sans risquer de ne rien vivre. Et puis, nous y sommes déjà allés les années précédentes. Pour témoigner de ces chemins déjà parcourus, je joins ici les clichés de nos anciennes traces sur la carte routière.

Ces lignes bleues dessinent le souvenir d'un Maroc plus sauvage encore : la boucle du Draa, les Gorges du Todra à Tinghir, le silence minéral de Tata ou la majesté de Tafraoute. Chaque tracé est une rencontre, chaque point sur la carte est une émotion que je garde précieusement sous mon toit de métal. Revoir ces parcours, c'est comme feuilleter un vieil album de famille : un voyage s'écrit au présent, mais il se nourrit toujours de ses racines.

Assise sur le seuil, humant l'odeur du thé qui s'échappe de la carapace mêlée au parfum pur de la montagne, je contemple ce tracé. Il est le témoin de notre liberté, le fil d'Ariane de notre retour vers l'essentiel.

Le silence est revenu, seulement troublé par les échos lointains du stade télévisé de Phil. Pour moi, l'heure est à l'évasion immobile. Entre deux lignes tracées sur mon carnet vert, je m'apprête à franchir les mers pour rejoindre les brumes du Pacifique. Assise au soleil, la peau caressée par l'air vif de nos 1.300 mètres, je m'immerge dans le second tome de mon roman. Quel luxe étrange et merveilleux : respirer le parfum des cèdres de l'Atlas tout en foulant, par l'esprit, les terres lointaines de Nouvelle-Zélande. Ma carapace est mon navire, mon livre est ma boussole, et cet après-midi n'est qu'une longue et douce dérive vers l'ailleurs.

***

«Le voyage est un retour vers l'essentiel.»

Proverbe tibétain.

***

Et si on jouait ?

Voici un nouveau quiz, il y a 10 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.

  1. Avant ma création, seule l’eau immobile permettait de me remplacer.
  2. Mes tout premiers ancêtres, vers 6000 av. J.-C., étaient faits d’obsidienne, une pierre issue des volcans.
  3. À l'époque de la Rome antique, on me fabriquait spécifiquement pour réfléchir les objets, mais j'étais souvent en métal poli.
  4. Bien que j'existe en verre depuis le Ier siècle, ma qualité est restée médiocre pendant très longtemps.

***

Cette année :

De Tanger-Med à Sidi-Ifni

De Sidi-Ifni à Ouarzazate

De Ouarzazate à Marrakech en passant par 
l'Oasis de Fint et Aït Ben Addou

De Marrakech à Azrou, là où nous sommes

Et, les années précédente :






Il faut toujours que je regarde les panneaux de signalisation,
le GPS et la carte routière

Je sais : tu conduis toujours bien !

Regarder un cheval galoper en liberté, c'est voir son propre cœur s'échapper pour aller là où aucun chemin n'est tracé.

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés