Je
profite de cette dernière journée le long du Thouet. Le vent fait
frissonner les arbres, le chant du coucou m'accompagne encore et les
canards glissent paisiblement sur l'eau. Tout semble m'inviter à
ralentir avant le retour.
Le
Maroc est désormais loin derrière nous. Pourtant, il reste encore
très présent dans mes pensées. Après six mois de voyage, je me
surprends à revoir les ruelles blanches d'Assilah, les remparts
d'Essaouira, la plage de Sidi Ifni ou encore le ciel bleu de
Marrakech.
Pendant
tout ce périple, mon fidèle carnet vert ne m'a jamais quittée.
Chaque jour, il recueillait mes observations, mes rencontres, mes
émerveillements et parfois mes interrogations. Aujourd'hui, ses
pages sont bien remplies, mais les souvenirs le sont davantage
encore.
Les
retrouvailles familiales approchent. Dans ma carapace, je commence
déjà à ranger, trier et préparer le retour à la maison. Celle
qui possède un vrai toit.
Mais
les voyages ne s'achèvent jamais vraiment le jour où l'on rentre.
Ils continuent longtemps encore à vivre dans nos souvenirs.
Avant
de refermer cette page, je souhaite adresser un immense merci à
toutes celles et tous ceux qui m'ont accompagnée tout au long de
cette aventure. Merci pour votre fidélité, vos messages, vos
encouragements et votre bienveillance. Merci également à tous les
participants du quiz qui ont joué le jeu avec enthousiasme au fil
des étapes de ce voyage.
Savoir
que vous étiez là, de l'autre côté de l'écran, à suivre les pas
de la tortue, du lièvre et de leur carapace a donné encore plus de
saveur à cette belle aventure.
L'histoire
n'est pas tout à fait terminée, mais déjà, du fond du cœur :
merci.
***
«Le véritable voyage
de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais
à avoir de nouveaux yeux.»
Marcel Proust (1871 –
1922), écrivain français
***
À bientôt, pour de
nouvelles aventures et découvertes !
Nous
avons repris la route. La Bretagne est encore à trois cents
kilomètres, mais nous prenons notre temps. Comme le dit le
proverbe : «Qui veut voyager loin ménage sa monture.»
Derrière
nous, la Boutonne continue de couler paisiblement tandis que les
canards, les pies et le coucou poursuivent leur concert matinal. Dans
ma carapace, les musiques de flûte de pan accompagnent notre
progression. Mon fidèle lièvre est au volant et moi, petite tortue
copilote, je veille sur le GPS, mon carnet vert toujours posé sur
les genoux.
J'aime
ces routes départementales qui serpentent à travers la campagne.
Les champs de céréales, les prairies et les haies dessinent un
immense patchwork de verts et de blonds sous un ciel changeant.
Notre
dernière étape avant les retrouvailles familiales nous conduit à
Parthenay, dans les Deux-Sèvres. Nous connaissons déjà cette jolie
cité médiévale et choisissons aujourd'hui le repos. Ma carapace
s'est installée près du Thouet, où le vent fait frissonner les
arbres tandis que les oiseaux s'activent dans les haies fleuries.
Le
ciel reste menaçant. De gros nuages gris défilent lentement sans
encore laisser tomber la pluie. Mais la grenouille météo est
catégorique : l'orage n'est plus très loin.
En
attendant, nous préparons les prochains jours et faisons
l'inventaire des souvenirs et cadeaux rapportés du Maroc. Bientôt
viendra le temps des retrouvailles. Et, plus que les présents, ce
sont surtout les embrassades que nous avons hâte d'offrir.
***
«Demain, et demain,
et demain ! C'est ainsi que, à petits pas, nous nous glissons de
jour en jour jusqu'à la dernière syllabe du temps inscrit sur le
livre de notre destinée.»
William Shakespeare
(1564 – 1616), dramaturge, poète et écrivain anglais
***
Les petites routes départementales
Nous voici à Parthenay
À demain, pour de
nouvelles aventures et découvertes !
L'orage est arrivé
après plusieurs jours de chaleur écrasante. La pluie tombe par
intermittence, redonnant à l'herbe un vert éclatant tandis que
l'odeur de terre humide remonte du sol. Entre deux averses, les
feuilles secouées par le vent laissent tomber leurs gouttes d'eau et
le coucou continue de chanter comme si de rien n'était.
Cette météo semble accompagner notre humeur du
moment. Demain, nous quitterons la Charente-Maritime pour poursuivre
notre remontée vers la Bretagne.
Mon lièvre, toujours aussi prévoyant, a déjà
tout rangé avant que la pluie ne s'installe. Les serviettes de plage
sont au fond d'un coffre, à côté de quelques trésors rapportés
du Maroc : du miel de caroubier, quelques souvenirs et des
cadeaux qui seront bientôt offerts.
À mon doigt, une bague en argent sertie d'un onyx
me rappelle Assilah. C'est le dernier souvenir que mon lièvre m'a
offert avant notre retour. Chaque fois que je la regarde, je revois
les ruelles blanches de la ville, nos derniers dirhams et les
derniers instants passés sur cette terre marocaine que nous avons
tant aimée.
Le voyage touche doucement à sa fin, même s'il
nous reste encore une étape avant de retrouver notre famille puis
notre maison.
Demain, ma carapace reprendra donc la route vers le
nord. Mes bagages ne sont pas encore défaits, et mon carnet vert n'a
pas encore écrit son dernier mot.
***
«...Il y a la
montagne à gravir et les étapes pour arriver au sommet. Ces étapes
sont votre quotidien.»
Yannick Noah, chanteur
et ancien joueur de tennis franco-camerounais
***
😏
La grenouille me l'avait dit !
À demain, pour de
nouvelles aventures et découvertes !
Ce
n'est pas toujours facile de reprendre son souffle après une journée
de transition. Hier, la fête des Mères occupait les pensées et les
conversations. Mon carnet vert reposait sur la table, obstinément
fermé. L'inspiration semblait avoir pris congé.
Et
pourtant, il suffisait de peu. Il suffisait de lever les yeux, de
glisser mon carnet vert sous le bras et d'enfiler mes sabots blancs
marocains, ces fidèles «Crocs» achetées au royaume du soleil. Il
suffisait de partir marcher autour du lac de la Boutonne sous un ciel
bleu pâle lavé par la lumière de juin.
À
peine avais-je quitté ma carapace que les premières marguerites
levaient déjà le nez dans l'herbe tendre, comme de petites
conseillères blanches aux cœurs jaunes venues me rappeler que les
histoires ne sont jamais bien loin. Peu à peu, je sentais mon
imagination se remettre en marche. Le parc était en effervescence.
À
l'ombre des grands arbres, des familles entières semblaient avoir
répondu à un mystérieux appel dominical. Autour de longues tables
de bois ou sur des couvertures étalées dans l'herbe fraîchement
tondue, les générations se mélangeaient dans un joyeux désordre.
Les glacières bleues et jaunes côtoyaient les paniers d'osier
débordant de victuailles. Les plus anciens refaisaient le monde
tandis que les plus jeunes, le regard souvent happé par leurs écrans
lumineux, semblaient partager leur attention entre le réel et le
virtuel. Je m'amusais à imaginer les conversations qui
s'entrecroisaient comme autant de fils invisibles.
Un
peu plus loin, la guinguette étalait sa bonne humeur sur une pelouse
d'un vert presque insolent. Sous un patio ombragé, un pianiste et
une chanteuse faisaient danser les notes connues dans l'air tiède.
Quelques couples avaient déjà investi une piste improvisée,
oubliant l'âge et les douleurs du quotidien. Je m'arrêtai sous un
Albizia dont les fleurs roses tombaient doucement sur le sol comme
une pluie de confettis. Le parfum léger des fleurs se mêlait aux
odeurs de cuisine et au bruissement des conversations. Sans même
m'en rendre compte, je marquais la cadence du pied. La vie
poursuivait son spectacle.
Sur
une aire dégagée, un homme torse nu et une jeune femme en tenue
légère échangeaient quelques paniers de basket avec l'énergie
insouciante des beaux jours. Plus loin encore, l'aire de jeux
résonnait des éclats de rire des enfants. Les structures colorées
semblaient avoir été construites pour fabriquer du bonheur. Les
plus téméraires bondissaient dans un château gonflable qui
ondulait comme un navire pris dans une mer joyeuse laissant devant
son entrée un petit désordre de sandales et de chaussures d'été
bigarrées.
Mais
comme toujours, la Tortue finit par chercher le calme.
Je
quittai peu à peu le tumulte pour rejoindre mon lièvre assis sur un
banc, tranquille sous un sapin, et les abords du lac. Là, deux
enfants, probablement frère et sœur, jouaient dans l'eau fraîche
qui s'échappait du trop-plein. Leurs cheveux crépus brillaient sous
le soleil et la fillette portait une magnifique tresse africaine qui
lui descendait jusqu'au bas des reins, s'amusaient dans l'eau fraîche
qui s'échappait du trop-plein. Ils lançaient des pierres avec un
enthousiasme admirable mais une technique encore perfectible. Je
souris en constatant qu'ils ignoraient manifestement l'art délicat
des ricochets, lequel exige des pierres plates, un geste précis et
une bonne dose de patience.
Plus
loin encore, la foule s'effaçait. Les odeurs chaudes de l'herbe
séchée par le soleil cédaient la place à la fraîcheur humide du
plan d'eau où quelques canards se frayaient un chemin en essayant
d'attraper les morceaux de pain lancés depuis la berge. Sous un
grand sapin, un homme en pantalon beige et chemisette claire était
assis sur un banc de bois. Les jambes croisées, plongé dans son
livre de poche, il semblait avoir disparu du monde. Même nos pas ne
parvinrent pas à troubler son voyage immobile.
Nous
avons poursuivi notre promenade en silence.
Nous
sommes désormais sur le chemin du retour. Le Maroc s'éloigne
doucement dans mon rétroviseur intérieur et je me demande parfois
comment terminer ce roman de voyage. Faut-il déjà songer à un
épilogue ?
Je
ne le crois pas. Car
l'aventure n'est pas tout à fait achevée. Il reste encore quelques
jours à vivre ici, à Saint-Jean-d'Angély. D'autres chemins nous
attendent encore avant que je ne vide définitivement ma carapace et
ne referme mon carnet vert.
Alors,
si le cœur vous en dit, continuez simplement à tourner les pages
avec moi. Le jour où vous refermerez la couverture de ce carnet, mes
souvenirs auront trouvé leur place. Mais pour l'instant, la Tortue
n'a pas encore terminé sa route.
***
«À chaque promenade
dans la nature, on reçoit bien plus que ce que l'on cherche. Le
soleil ne brille pas sur nous, mais en nous.»
John Muir (1838 –
1914), écrivain américain
***
J'ignorai que tu étais si agile, attends je vais te décrire sur dans mon carnet vert
À demain, pour de
nouvelles aventures et découvertes !