lundi 1 juin 2026

Promenade dans le parc

Ce n'est pas toujours facile de reprendre son souffle après une journée de transition. Hier, la fête des Mères occupait les pensées et les conversations. Mon carnet vert reposait sur la table, obstinément fermé. L'inspiration semblait avoir pris congé.

Et pourtant, il suffisait de peu. Il suffisait de lever les yeux, de glisser mon carnet vert sous le bras et d'enfiler mes sabots blancs marocains, ces fidèles «Crocs» achetées au royaume du soleil. Il suffisait de partir marcher autour du lac de la Boutonne sous un ciel bleu pâle lavé par la lumière de juin.

À peine avais-je quitté ma carapace que les premières marguerites levaient déjà le nez dans l'herbe tendre, comme de petites conseillères blanches aux cœurs jaunes venues me rappeler que les histoires ne sont jamais bien loin. Peu à peu, je sentais mon imagination se remettre en marche. Le parc était en effervescence.

À l'ombre des grands arbres, des familles entières semblaient avoir répondu à un mystérieux appel dominical. Autour de longues tables de bois ou sur des couvertures étalées dans l'herbe fraîchement tondue, les générations se mélangeaient dans un joyeux désordre. Les glacières bleues et jaunes côtoyaient les paniers d'osier débordant de victuailles. Les plus anciens refaisaient le monde tandis que les plus jeunes, le regard souvent happé par leurs écrans lumineux, semblaient partager leur attention entre le réel et le virtuel. Je m'amusais à imaginer les conversations qui s'entrecroisaient comme autant de fils invisibles.

Un peu plus loin, la guinguette étalait sa bonne humeur sur une pelouse d'un vert presque insolent. Sous un patio ombragé, un pianiste et une chanteuse faisaient danser les notes connues dans l'air tiède. Quelques couples avaient déjà investi une piste improvisée, oubliant l'âge et les douleurs du quotidien. Je m'arrêtai sous un Albizia dont les fleurs roses tombaient doucement sur le sol comme une pluie de confettis. Le parfum léger des fleurs se mêlait aux odeurs de cuisine et au bruissement des conversations. Sans même m'en rendre compte, je marquais la cadence du pied. La vie poursuivait son spectacle.

Sur une aire dégagée, un homme torse nu et une jeune femme en tenue légère échangeaient quelques paniers de basket avec l'énergie insouciante des beaux jours. Plus loin encore, l'aire de jeux résonnait des éclats de rire des enfants. Les structures colorées semblaient avoir été construites pour fabriquer du bonheur. Les plus téméraires bondissaient dans un château gonflable qui ondulait comme un navire pris dans une mer joyeuse laissant devant son entrée un petit désordre de sandales et de chaussures d'été bigarrées.

Mais comme toujours, la Tortue finit par chercher le calme.

Je quittai peu à peu le tumulte pour rejoindre mon lièvre assis sur un banc, tranquille sous un sapin, et les abords du lac. Là, deux enfants, probablement frère et sœur, jouaient dans l'eau fraîche qui s'échappait du trop-plein. Leurs cheveux crépus brillaient sous le soleil et la fillette portait une magnifique tresse africaine qui lui descendait jusqu'au bas des reins, s'amusaient dans l'eau fraîche qui s'échappait du trop-plein. Ils lançaient des pierres avec un enthousiasme admirable mais une technique encore perfectible. Je souris en constatant qu'ils ignoraient manifestement l'art délicat des ricochets, lequel exige des pierres plates, un geste précis et une bonne dose de patience.

Plus loin encore, la foule s'effaçait. Les odeurs chaudes de l'herbe séchée par le soleil cédaient la place à la fraîcheur humide du plan d'eau où quelques canards se frayaient un chemin en essayant d'attraper les morceaux de pain lancés depuis la berge. Sous un grand sapin, un homme en pantalon beige et chemisette claire était assis sur un banc de bois. Les jambes croisées, plongé dans son livre de poche, il semblait avoir disparu du monde. Même nos pas ne parvinrent pas à troubler son voyage immobile.

Nous avons poursuivi notre promenade en silence.

Nous sommes désormais sur le chemin du retour. Le Maroc s'éloigne doucement dans mon rétroviseur intérieur et je me demande parfois comment terminer ce roman de voyage. Faut-il déjà songer à un épilogue ?

Je ne le crois pas. Car l'aventure n'est pas tout à fait achevée. Il reste encore quelques jours à vivre ici, à Saint-Jean-d'Angély. D'autres chemins nous attendent encore avant que je ne vide définitivement ma carapace et ne referme mon carnet vert.

Alors, si le cœur vous en dit, continuez simplement à tourner les pages avec moi. Le jour où vous refermerez la couverture de ce carnet, mes souvenirs auront trouvé leur place. Mais pour l'instant, la Tortue n'a pas encore terminé sa route.

***

«À chaque promenade dans la nature, on reçoit bien plus que ce que l'on cherche. Le soleil ne brille pas sur nous, mais en nous.»

John Muir (1838 – 1914), écrivain américain

***






J'ignorai que tu étais si agile, attends je vais te décrire
sur dans mon carnet vert


À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés