Le week-end de Pâques s'est achevé doucement. Dans les maisons, l'agneau Pascal a réuni les tribus autour de tablées joyeuses. Pendant ce temps, les jardins ont résonné des rires des enfants, lancés dans une course effrénée, paniers en main, pour débusquer les trésors en chocolat semés par les cloches. Quel bonheur de voir les yeux pétiller et les mines barbouillées de cacao sous le regard complice des parents, architectes secrets de ces instants magiques ! Mais pour nous, hier, la plus belle des chasses au trésor se trouvait ailleurs : sur le ruban d'asphalte qui nous appelait vers l'horizon.
Le jour s’est levé dans une atmosphère irréelle : un ciel ensablé d’un jaune pâle et lourd où le soleil peinait à percer. Nous avons quitté Aït Ben Haddou pour nous attaquer aux géants de pierre du Haut Atlas. Très vite, la route est devenue un défi permanent, un serpent d’asphalte aux lacets interminables qui montent et descendent, plongeant dans des virages dangereux où le regard bascule inévitablement vers l’abîme.
Tout là-bas, de l’autre côté de la falaise, dans un creux vertigineux, j’apercevais une ligne fine et sinueuse qui serpentait au fond du canyon : c’était là que nous allions, un passage étroit entre deux mondes. Pour adoucir la tension des sommets, nous nous laissions bercer par des chansons, leurs mélodies s'entrelaçant au rythme des virages.
Soudain, le vent s’est engouffré dans les couloirs entre deux montagnes. Une tempête de poussière brutale est venue envahir le pare-brise de ma «carapace», effaçant le paysage en un instant. Dans ce chaos ocre, seul le ronronnement rassurant du moteur, ponctué par quelques accords de guitare s'échappant des haut-parleurs, et la main sûre de mon chauffeur bien attentionné maintenaient le cap.
Puis, la poussière s'est dissipée pour révéler un spectacle géologique d'une violence sublime. Les pans de montagnes sont apparus striés de toutes les couleurs : le rouge brique des oxydes de fer, le vert olive des schistes, le jaune soufre et le marron profond des coulées volcaniques. C’est une leçon de géographie à ciel ouvert, où des rochers entiers, arrachés par les pluies diluviennes et les neiges de l’hiver, gisent sur les bas-côtés comme des débris de bataille. Nous avons dû les contourner en empruntant l'ancienne route, chaotique et éprouvante, avant de retrouver enfin le ruban de la Nationale 9.
Plus haut encore, vers le col du Tizi n’Tichka à 2.260 mètres, la roche change de visage. La neige s'accroche encore aux sommets pointus, descendant le long des arêtes tranchantes comme une parure de dentelle glacée sur un corps de pierre.
L’air s’est rafraîchi, portant l’odeur minérale de la pierre humide et le parfum lointain des feux de bois des villages perchés. Entre les moteurs qui grondent dans l’effort, le sifflement du vent et nos refrains préférés, cette route vers Marrakech est une traversée où chaque virage est une promesse et chaque sommet une conquête.
Nous allons maintenant nous reposer ici, à Marrakech, pour quelques jours ou quelques semaines. Le temps de nettoyer et de remettre de l’ordre dans ma «carapace», mais surtout de préparer avec impatience les prochaines visites que je m'apprête à découvrir.
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«Ce n'est pas la montagne que nous conquérons, mais nous-mêmes.»
Sir Edmund Hillary (1919 – 2008), alpiniste et explorateur néo-zélandais
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Vous aimez jouer ? Alors retrouvons-nous vendredi 10 avril pour un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !
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| Un spectacle géologique d'une violence sublime. |
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| La neige s'accroche encore aux sommets pointus, descendant le long des arêtes tranchantes comme une parure de dentelle glacée sur un corps de pierre |
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| Je suis au sommet ! |
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| Fais attention aux ravins ! |
À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !




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