Et bien voilà, hier, la prophétie de la grenouille s’est accomplie ! Elle a fièrement gravi les échelons de son échelle de soie tandis que le ciel, tel un majordome méticuleux, pliait sa lourde couverture gris de fer pour la remiser au fond d'une armoire oubliée. À sa place, un azur insolent a repris ses droits. Mais avec la chaleur retrouvée, les mouches reviennent à la charge, tourbillonnant dans un bourdonnement agaçant pour venir me taquiner le bout du nez. Il va me falloir reprendre les armes et faire siffler ma fidèle tapette rouge sang, notre fameux «fusil», dans un «clac» libérateur qui rompt l'air tiède.
Ce matin, le ballet des tortues bat son plein. Certaines, pressées de dévorer l’asphalte aux aurores, oublient toute courtoisie : elles laissent leurs carcasses d’acier ronronner bruyamment, exhalant des volutes de fumée bleuâtre au parfum âcre et lourd de gasoil. Dans un vacarme de portières claquées et de ferraille, elles retirent leurs sabots de stabilisation, font leurs vidanges dans un glouglou sonore et sulfureux, puis lancent des adieux tonitruants.
Au milieu de ce tumulte, les alarmes stridentes des véhicules, activées par inadvertance, se mettent à hurler en saccades, déchirant l'air de leurs cris électroniques. Entre la radio éructant des tubes oubliés, le bip-bip incessant de ces alertes importunes et la voix monocorde du GPS, le chaos est total, alors même que le chant sacré du Muezzin s’élève, profond et mélodieux, pour appeler les fidèles dans une odeur de poussière chauffée.
Nous, lorsque nous quittons un lieu, nous cultivons l’art de la discrétion. Nos glaces ont déjà retrouvé leur transparence de cristal, débarrassées de leurs voiles sombres. Les préparatifs se sont faits dans un murmure : sabots rangés, adieux glissés dès la veille, nous quittons la scène sans un éclat de voix, tels des ombres glissant sur le sable.
À peine les emplacements ont-ils le temps de refroidir que le manège recommence. De nouvelles tortues débarquent, le nez au vent. On y voit souvent des lièvres impatients agrippés au volant, tandis que leurs compagnes tortues, boussole en main, scrutent les points cardinaux. Elles cherchent l’endroit parfait : celui qui offre l'ombre émeraude des palmiers contre les rayons mordants du soleil, à l'abri des regards indiscrets, mais avec l’œil aux aguets pour capter le signal invisible du wifi ou la proximité des sanitaires.
Enfin, une fois les bruyants évaporés dans un nuage de poussière ocre, le calme revient se poser comme une plume de colombe, un instant si suspendu que les oiseaux eux-mêmes osent à peine murmurer leur chant. Sur une branche d'olivier, un Bulbul des jardins, ce petit compagnon au chant si mélodieux, m'observe de son œil vif. Il semble apprécier ce silence retrouvé autant que moi, lissant ses plumes sombres avec une élégance discrète avant de s'envoler d'un battement d'ailes feutré.
Le silence n'est plus troublé que par le souffle léger du vent qui fait bruisser les palmes. L'air se sature alors d'une ivresse de senteurs : le parfum mielleux du chèvrefeuille s'entrelace à la fragrance poudrée des mimosas en fleurs. Les bougainvilliers déploient leurs cascades fuchsia tandis que les rosiers exhalent une note veloutée et noble. On perçoit même l'odeur fine et argentée des oliviers qui bordent le campement. Je peux enfin retrouver le parfum boisé de mon crayon et le grain de mon carnet pour y coucher mes notes, ou me plonger dans mon bouquin, l'esprit enfin libre.
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«Dans chaque jardin, il y a une voix qui murmure.»
Proverbe marocain
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Vous aimez jouer ? Alors retrouvons-nous demain, samedi 11 avril, pour un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !
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| Le balaie des tortues |
| C'est quoi tous ces bruits matinaux ? |
| Puisque je suis éveillée, je vais lire |
À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

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