Ma journée à Larache s'était étirée comme un chat au soleil, dans une langueur délicieuse. J'avais erré dans le dédale des ruelles, là où l'ombre est d'un bleu électrique et où chaque recoin semble murmurer un secret andalou. Depuis mon promontoire, j'avais embrassé l'horizon : l'Oued Loukkos serpentait paresseusement pour rejoindre l'Atlantique, séparant le tumulte du port de la plage sauvage qui, sur l'autre rive, s'offrait au vent. Le clou du spectacle restait ce ballet de chalutiers, fendant une eau de jade sous un dôme de mouettes criardes, confettis d'argent tourbillonnant dans un air saturé de sel et d'iode.
Mais alors que le soleil sombrait, le calme de ma «carapace» s'est métamorphosé en une loge de théâtre... un peu trop animée. L’esplanade, jusqu'alors paisible, a pris des airs de fête foraine en roue libre. L'air, autrefois marin, s'est épaissi de parfums capiteux : l’odeur épicée des bouillons d’escargots se mêlait à la vapeur sucrée des gaufres et des crêpes au miel, créant un brouillard de gourmandise presque palpable.
C’était sans compter sur la vitalité débordante des vacances scolaires. Autour de mon refuge de métal, le parking est devenu le cœur battant d'un chaos joyeux. Les portières claquaient comme des percussions, les radios exhalaient des rythmes frénétiques et les éclats de rire des enfants fendaient la nuit, tels des feux d'artifice sonores. À l'intérieur, le spectacle était tout aussi saisissant : mon Lièvre, d'ordinaire si prompt à l'action, offrait une performance digne d'un opéra comique. Entre deux ronflements sonores qui défiaient le vacarme extérieur, il émergeait soudain pour lancer des imprécations furieuses contre la jeunesse marocaine, avant de replonger, l'instant d'après, dans un sommeil de plomb.
À cinq heures du matin, alors que le silence tentait enfin une timide percée, l’air fut soudain lacéré par des détonations sèches. Des bruits de feux d'artifice scandaient la fin de notre court répit. Là, c’en était trop ! Arrachés à nos rêves, nous étions désormais bien éveillés. Nous imaginions une poignée de jeunes attardés prolongeant la fête, car qui aurait pu croire qu'à une heure si matinale, de véritables bouquets de lumière viendraient ainsi embraser la mer ? Puis, vers six heures, un autre son a balayé le fracas de la nuit : le «teuf-teuf» régulier et rassurant des bateaux regagnant le port, cales pleines. Un sourire m'est venu aux lèvres. La vie, la vraie, reprenait ses droits.
Il n'a pas fallu longtemps pour que la Tortue rétracte ses membres. Malgré les lambeaux de sommeil, nous avons repris la route. Au volant, Phil s'est révélé impérial : malgré cette nuit blanche, il gardait cet œil vif et cette conduite attentionnée qui le caractérisent. Sa vigilance restait notre plus sûr rempart. C’est à ce moment que ma petite belle-sœur nous a rejoint virtuellement. Je l’ai invitée à s’installer sur la banquette arrière et à bien attacher sa ceinture pour découvrir notre destination.
Regarde par la fenêtre, petite passagère, je vais te décrire nos premières images : la route s'étirait comme un bras tendu vers le Nord, fendant un océan de collines qui jouaient avec toute la palette des verts. Sous un ciel bleu parsemé de nuages blancs inoffensifs, on aurait dit que la nature avait sorti ses pinceaux : le vert tendre des prairies heurtait des bosquets émeraude, tandis que les herbes folles dansaient une valse sous la brise marine. Soudain, une haie d'honneur végétale nous a accueilli : des lauriers-roses et des genêts d’un jaune éclatant rivalisaient d’audace. Sur un flanc de colline, le ciel immense semblait protéger les pâturages striés de lumière, comme si le soleil y avait déposé des lingots d'or. Un grand panneau bleu a surgi enfin, Assilah : 12 km.
À l'entrée de la ville, une étrange fleur d'acier, tourbillon de tiges d'argent, semblait capturer le vent pour nous souhaiter la bienvenue. Nous y sommes. À peine la carapace immobilisée, l'appel du large était le plus fort. La plage d'Assilah s'étalait comme un tapis de sucre roux sous un ciel d'un bleu insolent. L'Océan, encore un peu ébouriffé, venait lécher le rivage dans un murmure d'écume blanche. Mais attention ! N'aurais-tu pas, petite passagère, oublié ton maillot de bain sur le portemanteau dans la précipitation ?
Nous déambulions sur l'esplanade au pavage ondulé, un tapis de vagues de pierre imitant le mouvement de l'Atlantique. Un petit train d'un rouge carmin étincelant nous y attendait, fier jouet géant aux couleurs du Maroc. Mais la patience est une vertu de Tortue : le siège du conducteur restait vide. Phil s'amusait de te voir trépigner sur ta banquette virtuelle, tandis qu'un panneau rouillé par les embruns nous rappelait avec humour que les calèches ont été ici la priorité il n'y a que deux années.
Enfin, nous avons quitté le front de mer pour nous enfoncer dans la médina. Et là, je sais que tu t'arrêterais net, le souffle coupé. Regarde cette porte : un monolithe de bois blond, sculpté avec une finesse de dentellière. Les motifs s'enroulaient en arabesques délicates au-dessus de l'arche, tandis que des clous de métal, tels des perles d'argent, dessinaient une géométrie protectrice. On devinait, derrière l'imposante poignée de laiton, la fraîcheur d'un secret bien gardé. Phil te regardait avec tendresse, imaginant ton admiration. Le voyage s'est arrêté ici pour l'instant, au seuil de ce nouveau rêve.
Aujourd'hui, nous allons profiter de la ville d'Assilah, de sa médina et de sa plage. Mais peut-être, petite belle-sœur, que ton passeport virtuel ne te permettra pas de prolonger ton séjour ? Si tel est le cas, il te suffira de franchir en pensée le seuil de la porte de bois blond de la médina. Elle te ramènera, comme par enchantement, au creux de ton fauteuil. De là, tu pourras continuer la lecture de mon roman, confortablement installée, en attendant que mes prochains chapitres ne viennent frapper à nouveau à ta fenêtre.
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«Voyager, c'est s'offrir un nouveau regard sur les choses, c'est ajouter des fenêtres à sa propre maison..»
Fabrizio Caramagna, Romancier et poète
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Et si on jouait ?
Voici un nouveau quiz, il y a 10 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.
- Avant ma création, seule l’eau immobile permettait de me remplacer.
- Mes tout premiers ancêtres, vers 6000 av. J.-C., étaient faits d’obsidienne, une pierre issue des volcans.
- À l'époque de la Rome antique, on me fabriquait spécifiquement pour réfléchir les objets, mais j'étais souvent en métal poli.
- Bien que j'existe en verre depuis le Ier siècle, ma qualité est restée médiocre pendant très longtemps.
- À la Renaissance, les maîtres verriers de cette île vénitienne ont gardé ma recette secrète pendant un siècle.
- Pour me rendre efficace autrefois, on utilisait un amalgame d'étain et de mercure derrière une vitre.
- En 1835, Justus Von Liebig a inventé le nitrate d'argent, ce qui a permis de me produire en grande quantité.
- Autrefois très rare, je n'étais présent que chez les coiffeurs avant de rejoindre les chambres à coucher au XXème siècle.
- Aujourd'hui, mon «tain» est souvent fait d'aluminium pour éviter que je ne m'oxyde avec le temps.
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| ...Regarde par la fenêtre, petite passagère... |
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| des lingots d'or |
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| ...des lauriers-roses et des genêts d’un jaune éclatant... |
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| ...la palette des verts... |
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| ...la route s'étirait comme un bras tendu vers le Nord. |
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| Assilah : 12 km |
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| une étrange fleur d'acier à l'entrée de Assilah |
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| ...L'esplanade au pavage ondulé... |
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| Un petit train d'un rouge carmin... |
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| Phil s'amusait de te voir trépigner sur ta banquette virtuelle... |
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| ...Un panneau ...nous rappelait avec humour que les calèches ont été ici la priorité |
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| La plage d'Assilah |
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| N'aurais-tu pas, petite passagère, oublié ton maillot de bain ? |
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| ... La porte de la médina... Un monolithe de bois blond... |
| Entre deux ronflements sonores... |
| Regarde par la fenêtre, petite passagère... |
À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !














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