J’avais promis d’expédier un éclat de ce brasier à ma famille et mes amis français, mais ici, sous le soleil de Marrakech, l’astre ne se partage plus : il règne en souverain absolu. La chaleur est un plomb liquide qui écrase tout sur son passage ; même les mouches, en pleine déshydratation, ont capitulé. Phil, mon «Lièvre» attitré au teint désormais cuivré comme un vieux sou, semble avoir enfin compris la leçon. Coiffé de sa casquette et protégé par ses verres sombres, il se livre à une traque stratégique de l'ombre. Il déambule dans notre petit village, s'offrant des haltes de philosophe devant ma carapace, avant de repartir entamer de grands palabres avec d'autres congénères croisés en chemin. Bientôt, il rejoindra le terrain pour observer les joueurs, ou plutôt pour s'improviser arbitre, car chez lui, la passion du jeu est plus forte que la canicule.
L’air est une symphonie de contrastes. Entre deux gazouillis d'oiseaux en plein conciliabule dans les branches d'un poivrier, on perçoit le clac métallique des boules de pétanque qui s'entrechoquent et le tintement cristallin des verres déposés prestement par les serveurs sur les tables. C’est un mélange enivrant où l’odeur âcre du chlore se marie aux effluves sucrés d’un thé à la menthe fumant. Non loin de moi, une femme fait danser ses aiguilles dans une laine rose bonbon, une note de douceur insolente sous un ciel schizophrène, hésitant entre un bleu pur, et pourtant les Marrakchis disent que l'orage menace.
Le décor joue sa propre partition : si les mimosas ont perdu leurs pompons d’or, laissant derrière eux un souvenir poudré, les bougainvilliers compensent par leur exubérance flamboyante. La piscine, loin d'être ce miroir de nacre découvert à l'aube, frémit désormais sous les assauts des baigneurs et la valse des ballons bigarrés. Face à cette marée humaine qui a pris d'assaut transats et parasols de paille, j’ai sagement laissé l’appareil photo au fond du sac ; la tortue préfère la discrétion de sa retraite.
Quant à moi, nichée dans mon sanctuaire sous mon chapeau blanc et ma robe à rayures, j’ai colonisé un canapé en cuir vert, juste assez près des portes en chêne du bar pour voler un souffle de climatisation. J'y ai étalé ma grande serviette pour éviter que mes cuisses ne fassent corps avec le tissu. Nous savourons ces derniers instants de lenteur sacrée, car nous restons encore une petite quinzaine à Marrakech avant de reprendre la route pour découvrir, et vous faire découvrir, de nouveaux horizons.
Mais pour l'heure, le monde peut bien courir. Je referme mon carnet, je quitte ma carapace spirituelle et je m'immerge dans les pages des «Fleurs de feu» de Sarah Lark.
Je vous laisse ces quelques éclats de lumière, comme autant de promesses de chaleur déposées sur le papier. En ce milieu d'après-midi où les rayons brûlent encore avec une ferveur implacable, tandis que le lièvre poursuit ses palabres et que le village s'engourdit sous le poids de l'astre, je savoure cette paix fragile et précieuse. Marrakech nous offre encore ses plus belles couleurs pour quelques jours, avant que ma carapace ne reprenne sa route. D'ici là, je vous garde une place à l'ombre, quelque part entre la tiédeur d'un thé à la menthe et le parfum vibrant des bougainvilliers.
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«Le voyageur est celui qui prend le temps de ne rien faire pour mieux voir le monde.»
Jean-Christophe Rufin, médecin, diplomate et écrivain
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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !
- Je suis le doyen.
- Je suis une anomalie visuelle.
- Personne ne peut connaître mon âge.
- Je suis un réservoir vivant.
- Ma silhouette est en forme de «bouteille».
- Mes fleurs blanches ne s'ouvrent qu'à la tombée de la nuit pour être pollinisées par des chauves-souris.
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| Où est l'ombre ! |
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| Par cette chaleur, il faut que je vérifie les boules et le cochonnet ! |
À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

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