Lorsque je regarde tous les retraités qui m’entourent, les hommes,
les femmes, je suis bien certaine que nombreuses ne touchent pas de
retraite ou peu. Faisaient-elle parties des féministes ?
Un
gros mot, ou presque. Lorsque Alexandre Dumas fils emploie pour la
première fois, en 1872, le terme «féministe», c’est dans un
pamphlet, afin de ridiculiser les hommes qui souhaitent donner plus
de pouvoir aux femmes. Il faut attendre une dizaine d’années, et
son appropriation par la journaliste Hubertine Auclert, pour que le
mot se réfère à un mouvement pour l’égalité entre hommes et
femmes. Mais les idées ont précédé le vocabulaire.
Retour
en arrière :
à la Révolution française souffle un vent d’universalisme qui
donne des idées à certaines. Puisque «les hommes naissent et
demeurent libres et égaux en droits», selon la Déclaration des
droits de l’homme et du citoyen, comment expliquer que certains
êtres, du fait de leur sexe ou de leur catégorie sociale, ne
jouissent pas de cette égalité ? C’est ce paradoxe que
pointe, en 1791, la femme de lettres Olympe de Gouges, en publiant la
Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. «La femme a
le droit de monter à l’échafaud, elle doit également avoir celui
de monter à la tribune», prône l’article 10. Les revendications
concernent alors les droits civiques, l’éducation, l’accès au
travail...
Mais
l’avènement de l’Empire douche les espoirs de ces
révolutionnaires. «Le code Civil,
en 1804, fait de la femme une mineure, sous la domination de son
mari», résume Bibia Pavard, maîtresse de conférences en histoire
à l’université Panthéon-Assas et coauteure de Luttes de femmes :
100 ans d’affiches féministes. Les idées féministes se font plus
discrètes, affleurant parfois en filigrane dans la presse. «Des
magazines féminins vont contrer la censure en publiant, entre deux
historiettes morales ou sujets frivoles, un compte rendu de procès
de violence conjugale, où le mari n’est pas condamné, ou un
encart sur Mary Wollstonecraft, pionnière du féminisme en
Angleterre, détaille Caroline Fayolle, maîtresse de conférences à
l’université de Montpellier et auteure du livre Le Féminisme.
D’autres publications font plus clairement de la résistance, comme
L’Athénée des dames, qui contient un manifeste pour l’égalité
des sexes. S'inspirant des utopies socialistes, quelques expériences
contestataires, dans les années 1830, envisagent une égalité
élargie en matière de droits civiques. «Elles prônent l’abolition
des systèmes d’exploitation de l’homme par l’homme, pas
seulement des hommes sur les femmes mais aussi, par exemple, des
riches sur les pauvres», précise Caroline Fayolle. Dans ce cadre se
forme la communauté mixte de Ménilmontant – quelques dizaines de
personnes cohabitant selon les théories de Saint-Simon, avec l’idée
de libérer la femme du carcan du mariage. Les Saint-Simoniennes y
expérimentent une vie sexuelle et des enfants hors union. Mais
l’utopie périclite après trois ans.
Nouvel
appel d’air avec la révolution de février 1848, qui crée un
moment d’espoir généralisé, rapidement déçu. Non seulement la
IIe République ne confère pas le droit de vote aux femmes, mais les
révoltes ouvrières de juin sont durement réprimées. Une double
trahison pour les femmes proches du socialisme qui ont participé au
mouvement. Estimant que leur émancipation ne viendra pas de la
République, elles préfèrent dès lors s’organiser au sein
d’associations de travailleurs.
La
fin du 19e siècle et la création de la IIIe République changent la
donne : ce qui n’était jusqu’à maintenant que le combat
d’une poignée de personnalités devient un mouvement massif.
Progressivement, sur le modèle des suffragettes anglaises, des
associations d’envergure se montent, recrutant des milliers
d’adhérentes et faisant émerger des figures comme Hubertine
Auclert, qui anime le journal La Citoyenne. La question enflammant le
débat public est celui du droit de vote, et les féministes
rivalisent de créativité pour la relayer, usant parfois de coups
d’éclat comme la grève de l’impôt ou le cassage d’urnes. «Il
y a déjà l’idée de médiatiser et de mener une forme de lobbying
auprès des politiciens», fait remarquer Bibia Pavard.
En
parallèle aux associations de femmes républicaines et laïques
s’organisent des groupes de femmes catholiques. «Celles-ci
réclament aussi le droit de vote, arguant que les femmes sont
porteuses de valeurs spécifiques, bonnes pour la société et
susceptibles de moraliser la vie politique, souligne Caroline
Fayolle. Il y a cette opposition entre les féministes
universalistes, pour lesquelles les deux sexes sont égaux, et les
différentialistes, qui érigent les différences entre les sexes en
complémentarité.» Las, la Première Guerre mondiale signe le coup
d’arrêt de cette mobilisation : les féministes se rallient à
l’Union sacrée, mouvement de solidarité des Français contre
l’oppresseur, que le président de la République, Raymond
Poincaré, appelle de ses vœux le 4 août 1914.
Au
sortir du conflit, c’est à nouveau la déception : alors que
de nombreux pays européens octroient le droit de vote aux femmes en
1918 ou en 1919, la France botte en touche, plusieurs propositions de
loi étant rejetées par le Sénat. En cause, l’alliance paradoxale
des conservateurs et des républicains laïcs. «Les premiers
redoutent une destruction de la cellule familiale, un danger pour la
stabilité de la société. Les seconds pensent, eux, que le vote
féminin sera nécessairement conservateur, du fait de l’éducation
religieuse des femmes», décrypte Bibia Pavard. Le droit de vote est
finalement obtenu en 1944, lors de la Seconde Guerre mondiale. Une
réflexion plus globale sur la place des femmes dans la société
s’amorce alors, incarnée dans l’essai de Simone de Beauvoir, Le
Deuxième Sexe, publié en 1949. Pour la philosophe, qui exclut tout
déterminisme, «on ne naît pas femme, on le devient».
Une
nouvelle cause émerge dans les années 1950, celle du contrôle des
naissances, portée par La Maternité heureuse. L’association, qui
deviendra Le Mouvement français pour le planning familial, explique
presque clandestinement à ses adhérentes, à travers des
publications et des conférences, comment maîtriser sa sexualité
pour éviter les grossesses... Fin 1967, l’Assemblée nationale
adopte enfin la loi autorisant la contraception. Dans le sillage de
mai 1968, des groupes non mixtes voient le jour. La rencontre de ces
mouvements disparates, imprégnés des idées de gauche et d’extrême
gauche, entraîne la création, en 1970, du Mouvement de libération
des femmes (MLF) qui revendique la libre disposition du corps des
femmes. Parmi les combats du MLF : les violences sexistes, le
droit à l’avortement, la remise en question de la société
patriarcale... Outre des manifestations et son journal Le Torchon
brûle, le MLF mise sur de nouveaux modes d’action spectaculaires.
Premier fait d’armes ? Déposer une gerbe sous l’Arc de
triomphe... à la femme du soldat inconnu. Même volonté
d’interpeller l’opinion publique avec «le manifeste des 343»,
publié le 5 avril 1971, dans Le Nouvel Observateur, dont les
signataires, pour certaines célèbres, déclarent publiquement avoir
eu recours à l’avortement. Autre levier mis en œuvre : la
politisation de certains procès. À Bobigny, en 1972, l’avocate
Gisèle Halimi plaide le cas d’une jeune fille ayant avorté
illégalement à la suite d’un viol. Six ans plus tard, à
Aix-en-Provence, elle défend deux homosexuelles, battues et violées
par un groupe d’hommes alors qu’elles faisaient du naturisme.
«Une femme libre
est exactement le contraire d'une femme légère." "N'oubliez
jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse
pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits
ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie
durant.»
Simone de Beauvoir
(1908-1986, philosophe, romancière, mémorialiste et essayiste
française.
Merci
à nos aïeules de nous avoir défendues ! Gardons notre
indépendance...
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Je continue ma lecture, Phil commence un nouveau thriller qui lui semble une légère copie sur le film "La ligne verte" de Franck Darabont |
À
demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !