samedi 25 avril 2026

L’Ultime Chant de Marrakech

C’est le dernier week-end sous l’ombre bienveillante des jardins de Marrakech. Derrière nous, une parenthèse enchantée où le temps a suspendu son vol, même si, je l’avoue, le thermomètre a parfois joué les apprentis sorciers. J’ai bien cru, lors de certains après-midi incandescents, que ma carapace finirait par fondre tel un caramel oublié au soleil ! Phil, mon lièvre de compagnon, a eu plus de chance : il lui suffisait de se terrer dans quelque recoin ombragé pour échapper à la morsure du jour. Désormais bronzé comme un Dieu antique, il abandonne non sans un pincement au cœur son fauteuil d'arbitre sur le terrain de pétanque, laissant les boules s'entrechoquer sans son verdict.

Je vous ai conté, au fil des jours, ce petit théâtre de la vie : l’odeur de la terre assoiffée qui exalte le parfum des fleurs après l'arrosage, la vapeur fumante d'un thé à la menthe dont les feuilles fraîches dansent dans le verre, et ce gazouillis incessant des oiseaux qui semble ponctuer le clapotis régulier de la piscine. Je garde en mémoire nos incursions dans le labyrinthe de la Médina, la splendeur du Musée de Marrakech ou encore les trésors du Musée du Patrimoine, témoins d'une histoire millénaire. Je revois aussi la cohue indescriptible du centre-ville, ce carrefour vibrant où la population mondiale semble s'être donné rendez-vous, se croisant et se bousculant dans un tourbillon de couleurs et de langues. Au milieu de ce tumulte humain, la valse des voitures dessinait une chorégraphie de carapaces d'acier où l'art de la conduite devenait une gymnastique de haute voltige. Mais je ne voudrais pas risquer l'ennui en vous proposant un medley trop long de nos aventures passées.

Nous emportons avec nous le souvenir précieux de nos «gardiens de l’invisible», ces ombres attentives qui veillent sur le repos des voyageurs. Un immense merci à toute l’équipe de notre petit village ; nous nous apprêtons à quitter un havre pour en rejoindre un autre, un peu plus loin, un peu plus frais. Mais ne nous cherchez pas de demeure fixe : cette fois, c’est l’itinérance qui nous appelle.

Nous abandonnons derrière nous le tapis d’or des mimosas, dont le parfum poudré embaume encore nos adieux. Nous laissons à regret les couleurs flamboyantes des bougainvilliers, la noblesse des rosiers et la silhouette immuable des palmiers et des oliviers qui ont bercé nos journées. Bientôt, le rose tendre des lauriers s'effacera pour laisser place au ruban noir et austère de l’asphalte. Quant à notre destination… je la garde encore précieusement à l’abri de ma coquille. Un peu de mystère est, après tout, le meilleur des bagages pour vous emmener, dès lundi, à la conquête de nouveaux paradis.

Mais avant de clore ce chapitre, une ultime veillée nous attend, comme un bouquet final à notre séjour. L'heure est déjà aux préparatifs. Phil a opté pour une élégance décontractée : un polo d'un blanc immaculé qui soulignera son teint hâlé, rehaussé par les détails subtils d'un col bleu marine. Sur son cœur, une petite ancre brodée semblera déjà lever l'ancre pour lundi, un symbole presque prophétique au-dessus de son jean classique.

Quant à moi, je me parerai d'un bleu infini, hommage royal au ciel marocain, avec un chemisier long au col officier raffiné. Il viendra sublimer une blancheur éclatante : ma jupe juponnée à volants, dont la dentelle délicate semblera avoir capturé la clarté du soleil. On imagine déjà cette fleur de coton onduler au rythme des mélodies d'Abeer Nehme, faisant ressortir l'éclat de ma «peau de bébé» retrouvée. C’est une tenue de «Reine de la Médina» pour cette dernière escale, un dernier éclat de rire partagé avant que nous ne pliions bagages, rangeant tapis, tables et chaises, demain, pour nous envoler vers de nouveaux horizons lundi... Je vous en conterai chaque détail dans mon prochain chapitre.

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«Le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité comme pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve.»

Guy de Maupassant (1850 – 1893), écrivain et journaliste littéraire français

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Vous aviez les 13 indices du quiz, avez-vous trouver la solution ? Je vous rappelle les indices :

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.
  4. Je suis un réservoir vivant.
  5. Ma silhouette est en forme de «bouteille».
  6. Mes fleurs blanches ne s'ouvrent qu'à la tombée de la nuit pour être pollinisées par des chauves-souris.
  7. Je sers de lieu de justice et de réunion pour le village.
  8. Mon fruit est comestible et très nutritif est populairement appelé le «pain de singe».
  9. Aujourd'hui, certaines de mes espèces déclinent à cause de la consanguinité et du changement climatique.
  10. Mes origines sont de Madagascar.
  11. Mon surnom malgache est «Reny ala».
  12. Mon nom scientifique est Adansonia.
  13. Je suis une source de vie.

Je ne suis pas un accent circonflexe ^, ni la cataracte, ni le soleil, ni le temps, ni l'univers, ni l’œil, ni la terre, ni la mer, ni le chêne, ni le tilleul, pas plus l'orme ou encore de la vanille.

Mais, je suis bien le baobab

Bravo Brigitte, Ahmed, Francine, Amédée, Blandine, Lysiane et toutes les personnes qui se reconnaîtront.

Surnommé «l’arbre à l’envers» pour ses branches qui, à la saison sèche, semblent implorer le ciel comme des racines nues, le baobab (Adansonia digitata) est un titan millénaire. Véritable géant de l'Afrique et de Madagascar, ce monument végétal peut traverser les siècles jusqu’à 1.200 ans. Son histoire s’ancre dans la terre profonde il y a plus de 20 millions d’années, bien que ses racines génétiques remontent, selon les dernières études, à une lignée née il y a 41 millions d'années sur l’Île Rouge.

Sa silhouette, massive et insolite, cache un secret de survie : un tronc spongieux et fibreux, véritable éponge vivante capable d’emprisonner jusqu’à 120.000 litres d’eau. Cette réserve prodigieuse (environ 650 litres par mètre cube de bois) lui permet de défier les brûlures de l'aridité. Revêtu d’une écorce lisse aux reflets bleutés, son tronc en forme de bouteille peut atteindre 25 mètres de haut et plus de 20 mètres de circonférence. À ses pieds, ses racines s’étirent comme de longs bras invisibles jusqu’à 50 mètres du tronc, puisant la moindre rosée à fleur de terre.

Baptisé Adansonia par le botaniste Michel Adanson au XVIIIe siècle, il tire son nom vernaculaire de l’arabe «bu hibab», le fruit aux mille graines. À la nuit tombée, il déploie de grandes fleurs blanches pendantes, dont le nectar attire les chauves-souris, ses fidèles pollinisateurs nocturnes. Il offre ensuite le «pain de singe», une capsule à la pulpe généreuse et nutritive, trésor de bienfaits pour les populations locales.

Au-delà du végétal, le baobab est une âme. «Reny ala» (la mère de la forêt) pour les Malgaches, il est le pilier central du village africain : arbre à palabres, lieu de justice et de cohésion, il est vénéré comme un dieu protecteur, symbole d’une force immuable.

Pourtant, ce colosse est fragile. Si Madagascar est le berceau originel d'où les espèces ont migré vers l'Australie (A. gregorii) et l'Afrique (A. digitata), certaines souches comme A. suarezensis et A. grandidieri s'étiolent aujourd'hui. Menacées par le déclin génétique et les soubresauts du climat, ces sentinelles appellent désormais à notre protection pour ne pas s'effacer de l'horizon malgache.

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Vous aimez jouer ? Alors retrouvons-nous le 30 avril pour un nouveau quiz, il y a aura 10 indices.

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 Le lièvre délaisse ses boules de pétanque, la tortue sort de sa carapace...
Attention Marrakech, le duo de choc arrive !

Pour accompagner ce crépuscule, j'ai choisi les notes de "Lama Bada Yatathana" ("Quand elle s'est mise à onduler"). Interprété par la voix sublime d'Abeer Nehme, ce muwashshah andalou raconte la fascination éperdue d'un homme devant la grâce provocante d'une femme. Une mélodie millénaire qui semble ici faire écho à la splendeur éternelle de Marrakech. 

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

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