samedi 18 avril 2026

Escadrilles Nocturnes et Manœuvres d'Élite

Hier soir, la chaleur refusait de desserrer son étreinte, transformant ma carapace en une étuve immobile. Fenêtres grandes ouvertes et moustiquaires abaissées, je pensais avoir scellé mon sanctuaire. Mais à peine la lumière fut-elle allumée pour me permettre de repartir en Nouvelle-Zélande, que je fus prise d'assaut par une escadrille de moustiques et de moucherons intrépides. Ces envahisseurs miniatures ont réussi l’exploit de s’insinuer entre les mailles pourtant si fines de mes filets. Vite, j'ai activé la lampe bleue, mais celle-ci n'a produit qu'un effet de discothèque sur ces insectes marocains, visiblement d'un tempérament festif. Quant à mon huile de citronnelle, dont je m'étais badigeonnée avec ferveur, elle semblait leur servir d'apéritif plutôt que de rempart. Fâchée et vaincue par ces bestioles immunisées contre tout, j'ai dû renoncer à mon roman et sombrer dans l'obscurité, les yeux entrouverts et les oreilles aux aguets, guettant le moindre bzzz menaçant.

Ce matin, l'inspection scrupuleuse devant le miroir fut un soulagement : pas une piqûre, pas une trahison cutanée. Mon corps est resté intact, préservé d'une boursouflure qui aurait ruiné mon allure pour la soirée mémorable qui s'annonce !

Aux aurores, le village s'est réveillé dans un vacarme de métal. C'était le branle-bas de combat : un groupe de trop grosses carapaces tentaient de reprendre la route, déchirant le silence par le grincement sec des débrayages et les rugissements d’accélérateurs superflus. Ces mastodontes recrachaient d'épaisses volutes de fumée noire, de lourds nuages qui venaient souiller l'azur naissant et troubler l'atmosphère sereine de notre petit village. L'odeur âcre du diesel s'invitait sans gêne, s'agrippant aux narines et masquant un instant le parfum des fleurs. Phil regardait sans prétention ces vaisseaux en perdition manœuvrer avec peine dans ce brouillard de pots d'échappement. Entre deux marches arrière et trois coups de volant désespérés pour éviter les palmiers, les bougainvilliers fuchsia et les parterres de rosiers, il fallait surtout réussir le contournement héroïque de l’obstacle suprême : la célèbre baignoire à toutous !

Rappelez-vous ce que j'écrivais le 31 janvier : «...Ici, la ligne droite est un concept oublié. Il s’agit de frôler sans jamais écorcher les carrosseries étincelantes des congénères et, surtout, de réussir le contournement héroïque de l’obstacle suprême : la baignoire à toutous ! Cette pièce d'eau improbable, où flottent parfois des effluves de shampoing canin, exige toute la concentration d'un lièvre. Hélas, certains n'ont pas le pied marin, ni le sens du virage... et c'est la catastrophe !»

Phil, qui a passé sa vie à dompter de gigantesques bahuts, gardait un silence amusé. Là où deux manœuvres précises auraient suffi à son œil d'expert, il laissait les autres s'épuiser en vrombissements inutiles, certain que son fier vaisseau, guidé par son pilotage d'élite, glisserait toujours entre les pièges sans jamais égratigner ma carapace.

En cette fin de matinée, le calme est revenu. Mon carnet vert, ce précieux cadeau d'Alice, ouvert devant moi, je savoure la vapeur parfumée et sucrée de mon thé à la menthe. Je n'écrirai pas cet après-midi ; je prendrai mon livre pour rejoindre mon endroit favori, à l'ombre d'un bougainvillier dont les fleurs rouges tombent sur mon écran comme des confettis. Trois ou quatre papillons aux ailes bigarrées voltigent autour de moi ; je relève parfois la tête pour savourer leur danse. La liberté d'un jour se partage...

Ma lecture sera brève, car mon esprit est déjà tourné vers ce soir. Je vous fais la promesse de reprendre la plume demain pour vous faire partager cet éclat de plaisir qui nous attend.

D'ici là, je laisse le soleil de Marrakech dorer les pages de mon carnet vert, tandis que la tortue et le lièvre s'apprêtent, en silence, à troquer son ombre pour la lumière des projecteurs.

***

«La lenteur est la condition même de l'émerveillement.»

Sylvain Tesson, écrivain et essayiste français.

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Vous aimez jouer ? Alors voici un nouveau quiz. Il y aura 13 indices et vous trouverez la réponse le 25 avril. Comme d'habitude, vous pouvez donner autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées !

  1. Je suis le doyen.
  2. Je suis une anomalie visuelle.
  3. Personne ne peut connaître mon âge.
  4. Je suis un réservoir vivant.
  5. Ma silhouette est en forme de «bouteille».
  6. Mes fleurs blanches ne s'ouvrent qu'à la tombée de la nuit pour être pollinisées par des chauves-souris.
  7. Je sers de lieu de justice et de réunion pour le village.
  8. Mon fruit est comestible et très nutritif est populairement appelé le «pain de singe».

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Photo du Net, je n'ai pas pu m'approcher
les propriétaires étaient tous là...
J'attends l'heure pour aller à la fête...

Ouah, ces drôles de manœuvres...

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

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