Quelle divine nuit, enfin ! Perchés dans les hauteurs de l'Atlas, le mercure a fini par capituler, offrant à ma carapace une fraîcheur presque virginale. Pour la première fois depuis des lustres, le silence s'est fait souverain. Pas un aboiement lointain pour troubler l'obscurité, pas un criaillement de paon mélancolique, pas la moindre pétarade de mobylette venant déchirer le velours de la nuit. Quant à mon Lièvre, miracle des cimes, il s'est tu lui aussi : pas le moindre ronflement n'est venu ébranler les parois de notre logis. En un seul mot : le calme, absolu, profond, presque irréel.
J’avais pourtant juré, dans mes lignes précédentes, que nous goûterions ici aux joies d’un repos mérité pendant quelques jours. Mais me «reposer», est-ce un terme que mon dictionnaire personnel a seulement pris la peine de répertorier ? À peine l'œil ouvert, mon esprit s'évadait déjà au-delà des cèdres.
Il faut dire qu'à quelques encablures de notre refuge, une tentation irrésistible m'appelait : la fromagerie de chèvre du Cèdre Gouraud. Passer à côté de ce temple du fromage sans en franchir le seuil ? Impensable ! Déjà, j'imaginais l'odeur caprine et sauvage du terroir se mêlant au parfum résineux de la forêt. Le repos attendra bien que nous ayons goûté aux trésors de la chèvrerie. La tortue a peut-être besoin de calme, mais son palais, lui, réclame l'aventure !
En quittant la route forestière, nous avons traversé une succession de pommeraies et de cerisaies, véritables jardins d'Éden suspendus sous un soleil radieux. C’est là que s’est dévoilée la façade de la chèvrerie. Sur le mur, une fresque colorée représentant une chèvre rose semblait nous faire un clin d'œil, tandis qu'un large panneau solaire au pied du bâtiment témoignait d'une alliance réussie entre tradition et modernité.
À peine la porte franchie, une odeur boisée et typée m'est montée au nez comme une promesse. Sur un élégant plat blanc, une jeune femme couverte d'un tablier écossait bleue nous a présenté son savoir-faire : des fromages à la pâte souple et onctueuse côtoyaient d'autres plus frais, d'une blancheur éclatante. La lame du couteau glissait sur la croûte fleurie de leur fameux «Camembert» caprin, révélant un cœur fondant dont le goût, délicat et typé, n'avait rien à envier à ses lointains cousins normands.
Nous nous sommes ensuite glissés dans l'écurie. C'est là que j'ai croisé le regard de ces petits chevreaux espiègles aux oreilles immenses. Au milieu de la paille, une miniature de chèvre jouait les sentinelles tandis que ses compères se livraient à une joyeuse gymnastique. Autour du râtelier, le petit troupeau s'affairait : certains nous fixaient avec une curiosité de lutins, leurs oreilles dressées comme des antennes vers nos voix. Juste au-dessus d'eux, les mères passaient leurs longs cous par-dessus les cloisons de bois, nous observant avec une sagesse un peu hautaine. J'ai adoré cet instant suspendu : l'odeur brute et rassurante des bêtes se mêlait au parfum sec et ensoleillé du foin. Phil et moi ne cessions de caresser leur tête tendue vers nos mains.
Quant à mon Lièvre, il a su faire preuve d'une tempérance inattendue ! Je n'ai même pas eu besoin de faire preuve de fermeté : il a contemplé les tomes avec le sérieux d'un expert. Enfin presque... puisque nous sommes repartis avec trois fromages frais et autant de «camemberts». Ce fut un moment délicieux, loin de la cohue et de la chaleur écrasante de Marrakech. Sous l'azur des cimes, nous nous serions presque crus transportés au cœur de la région Poitou-Charente en France.
Une fois de retour dans l’intimité de ma carapace, après avoir englouti nos plats de résistance, nous n'avons pas omis d'apporter sur la table le bon fromage en guise de dessert. Une apothéose gourmande pour sceller cette journée de «repos» si particulière.
Incapable de céder à l'appel de l'immobilité, mon regard a déjà capturé une nouvelle promesse, nichée à quelques battements d'ailes d'ici. Mais pour l'heure, je préfère en draper les contours de mystère ; ce jardin secret ne se dévoilera qu'au lever du prochain chapitre.
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«Le repos est une bonne chose, mais l'ennui est son frère.»
Voltaire (1694-1778), écrivain et philosophe français
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Vous aimez jouer ? Alors retrouvons-nous demain pour un nouveau quiz, il y a aura 10 indices. Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.
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| Photogénique |
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| Petits chevreaux |
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| Pourquoi vous tournez la tête ? |
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| Je me croyais en France |
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| Passons à la dégustation |
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| Hum ! Trois de chaque s'il vous plaît |
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| Entre ruralité et modernisme |
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| Et hop dans ma carapace |
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| Et trois de ceux là |
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| J'adore le fromage... |
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| Mais que fais-tu là ? |
À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !











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