lundi 27 avril 2026

L'Éveil des Cimes : Entre Vertige et Désillusions

Ce matin, dès l'aube, Marrakech n'était déjà plus qu'une silhouette ocre s'estompant avec nostalgie dans le rétroviseur. Nous avons quitté notre petit village, laissant derrière nous nos précieux gardiens de l'ombre et la chaleur des amis, avant que le soleil ne reprenne son assise de plomb. C’était une fuite nécessaire, un adieu à la fournaise pour offrir enfin à ma carapace le baiser frais et salvateur de l’air matinal.

Alors que les notes vibrantes de «L'avenir» suivies de celles, si opportunes, de «Voyageur» résonnaient dans l’habitacle comme un hymne à la liberté, nous avons dévoré les premiers kilomètres d’asphalte. Le cap était mis vers le Nord-Est, et avec lui, la promesse de découvertes inédites.

Juste avant d'affronter les contreforts montagneux, j'ai aperçu, suspendues dans la brume laiteuse, des montgolfières. Telles des bulles de silence, elles semblaient nous narguer. «Quelle chance !», me suis-je dit. Il me faudra pourtant patienter jusqu'à l'an prochain pour goûter à cette ivresse d'altitude ; après tout, chaque dizaine franchie est un présent qui s'apprécie au sol avant de s'envoler.

Le paysage s’offrait alors dans une splendeur exceptionnelle : un puzzle pharaonique de céréales aux teintes changeantes, bordé de champs de fleurs sauvages, des éclats violets, des touches d'or et le rouge sang des coquelicots. Un chef-d'œuvre éphémère, non signé, offert gratuitement au plaisir des yeux, que j'emporte avec moi comme un trésor dérobé au temps.

Mais la poésie a ses limites, souvent fixées par l'état de la chaussée. En voulant saluer le lac d’Aït El Bakoure, nous avons découvert une route capricieuse, truffée d'aspérités et de bosses. Par endroits, le ruban de bitume se faisait si étroit qu'il ne restait qu'une seule voie pour deux destins. Malgré mes prières, un titan des routes est apparu en sens inverse. Il a fallu jouer les équilibristes, frôlant le bas-côté dans une lenteur de métronome. Quelle ne fut pas notre surprise en atteignant le «camping» promis : une aire de terre battue, pelée, jonchée de scories, sans la moindre ombre salvatrice et avec une électricité fuyant à quarante mètres de là. Un bien grand mot pour un bien triste lieu !

Dans un quiproquo de direction, nous avons gravi la montagne pour mieux la dévaler, entamant malgré nous une circonvolution forcée autour du lac. Si la vue était imprenable, mon chauffeur, lui, était devenu insaisissable dans sa rouspétance ! Nous avons dévoré les lacets, enchaînant les courbes sur une piste que ma carapace aurait volontiers troquée contre un châssis de 4x4.

D’en haut, la perspective changeait de dimension : le monde semblait appartenir aux géants. Les villages, nichés au creux des vallées, apparaissaient minuscules comme des figurines de Playmobil, tandis que la route serpentait tel un fil de soie fragile, suspendu au-dessus du vide abyssal. L'air, plus vif, apportait avec lui l'odeur brute de la roche et de la terre remuée, contrastant avec le grondement sourd de notre moteur qui peinait dans l'ascension.

À Béni Mellal, nos souvenirs de la Gendarmerie Royale et de son parking accueillant ont été balayés par des barrières infranchissables. La ville nous a alors entraînés dans son labyrinthe. Mon lièvre au volant, multipliait les virages à droite et à gauche sous une chaleur redevenue souveraine. Un sauveur providentiel nous a finalement escortés jusqu'à un parc, pour nous apprendre que le repos y était interdit après minuit.

Dépités, mais l'esprit encore plein des images resplendissantes du lac et des parcelles cultivées, nous avons repris le ruban de l'asphalte en direction de Khénifra. C’est finalement sur le bitume anonyme d'une station-service que ma carapace a trouvé son repos pour la nuit. Le luxe est parfois simplement de s'arrêter, loin des précipices, pour laisser les images du jour décanter dans le silence de la nuit.

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«Voyager, c’est s’attendre à l'imprévu et l'accueillir comme un invité de passage.»

Anonyme

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Vous aimez jouer ? Alors retrouvons-nous le 30 avril pour un nouveau quiz, il y a aura 10 indices. Attention cette fois je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 13 mai.

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Mes clichés pèle-mêle : 










Béni Mellal vue d'en haut





Dans la brume du matin

Nous sommes à Kasba Tadla

Il n'était pas content, mais surtout fatigué...


Que les paysages sont magnifiques...

À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !

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