À sept heures, le jour hésitait encore à sortir de son lit lorsque nous avons repris la route. Une lumière pâle glissait doucement sur les collines espagnoles tandis que ma fidèle Carapace ronronnait déjà sur les méandres de l’autovía, toujours en direction du Nord.
Mon lièvre, fidèle à lui-même, conduisait avec ce mélange de sérieux tranquille et de patience infinie qui fait de lui un capitaine remarquable. Les deux mains solidement accrochées au volant… enfin presque. Car de temps à autre, l’une d’elles s’échappait vers le levier de vitesse ou allait chatouiller le commodo d’un clignotant, comme un pianiste distrait retrouvant ses touches familières.
Moi, bien installée à mon poste de copilote, poste hautement stratégique, cela va sans dire, je donnais mes ordres au GPS qui, avec sa voix monocorde de maîtresse d’école fatiguée, nous guidait inlassablement vers Alaejos.
Autour de moi régnait mon joyeux désordre organisé : la carte routière dépliée à moitié sur les genoux, mon précieux carnet vert en équilibre instable, un crayon bien taillé glissé entre ses pages comme un marque-page improvisé, et l’appareil photo prêt à être dégainé au moindre coup de cœur.
La route, elle, déroulait son interminable ruban gris sous un ciel devenu d’un bleu éclatant. Par endroits, les bords de campagne semblaient avoir explosé en couleurs : des coquelicots rouges dansaient dans les hautes herbes au rythme du vent, des arbustes jaune vif accrochaient les premiers rayons du matin, tandis que surgissaient parfois, au détour d’un talus, des touches de rose fuchsia presque insolentes sous cette lumière espagnole.
Les fenêtres entrouvertes laissaient entrer les parfums changeants du voyage : l’odeur douce des fleurs sauvages chauffées par le soleil, celle des champs encore perlés de rosée… puis soudain, à l’approche des villes, un souffle plus âpre de gasoil et d’asphalte chaud. Tout autour de nous résonnait la musique familière de la route : le grondement sourd des camions que nous doublions lentement, le vent glissant contre la carrosserie de ma Carapace, et parfois, très haut dans le ciel immense de Castille, le passage d’un avion traçant une fine cicatrice blanche au-dessus de nos têtes.
Et lorsque nous avons franchi le pont au-dessus du Rio Tajo, je suis restée quelques instants silencieuse à regarder le soleil se mirer dans l’eau, comme si le fleuve lui-même emportait doucement avec lui un petit morceau de notre voyage.
Attentifs à la route et aux paysages qui défilaient comme des pages tournées par le vent, nous sommes finalement arrivés à destination à midi, baignés d’un soleil radieux.
La route reste longue encore. Non pas pour découvrir une Espagne que nous connaissons déjà du nord au sud et d’ouest en est, mais pour la traverser, d’Algéciras jusqu’aux Pyrénées françaises, comme on tourne les pages d’un livre déjà aimé.
Et les détails, me demanderez-vous ? Ils sont soigneusement consignés dans mon roman…
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«Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux.»
Marcel Proust (1871 – 1922), écrivain français
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Voici le dernier quiz, il y a 8 indices. Vous pouvez indiquer autant de solutions que vous souhaitez, elles ne sont pas limitées ! Attention, je me tairai sur vos réponses. Le résultat sera en ligne le 23 mai.
- Rare en Europe, on me trouve de façon industrielle en Suède ou en Finlande, et historiquement en Espagne.
- Je suis si malléable qu'une infime quantité de ma matière peut être étirée en un fil de plusieurs kilomètres.
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| Le jour hésitait encore à sortir de son lit |
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| les bords semblaient avoir explosé en couleurs |
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| Le Rio Tajo |
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| Nous voici à Alaejos |
| Ce soleil m'éblouit ! |
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| Doucement, je prends une photo ! |
À demain, pour de nouvelles aventures et découvertes !







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